Charlie et la chocolaterie critique sucrée

Johan Beyney | 15 juillet 2005 - MAJ : 24/03/2019 11:46
Johan Beyney | 15 juillet 2005 - MAJ : 24/03/2019 11:46

La silhouette d'une cheminée d'usine se profile devant un ciel enneigé. Emportée par la musique, la caméra y plonge et nous emmène visiter une chaîne de montage : tapis roulants, bras articulés, tout un monde mécanique s'attelle à la fabrication de la barre de chocolat Wonka, celle qui changera le destin d'un jeune garçon dénommé Charlie. Dès les premières images (et les premières notes de musique), on pressent que le film répondra à toutes nos attentes. Du reste, comment pourrait-il en être autrement ? Réalisation du génial créateur d'univers Tim Burton, adaptation d'un chef-d'œuvre de la littérature enfantine signé Roald Dahl, rôle-titre tenu par le talentueux caméléon Johnny Depp, il aurait fallu un énorme malentendu pour que le résultat soit une plantade.

Après un Big Fish plus sensible et mature et un remake de La Planète des singes moins personnel, Tim Burton revient ici se frotter au monde de l'enfance et à l'univers du conte, domaine dans lequel il s'est forgé ses lettres de noblesse. 

Charlie et la chocolaterie n'est d'ailleurs pas sans rappeler les thèmes traités par le merveilleux Edward aux mains d'argent : comme le manoir délabré de l'inventeur fou, l'usine de chocolats qui domine la ville est un objet de fantasme pour ses habitants et abrite un homme solitaire et mystérieux. Une créature isolée certes, mais par-là même protégée du monde qui l'entoure et qui à tout à en découvrir. Décalé, maladroit, inadapté, asocial, Willy Wonka - le propriétaire de la chocolaterie - est à ce titre un personnage typiquement burtonien.

 

 

D'Ed Wood à Big Fish en passant par Batman, Burton s'est d'ailleurs toujours intéressé à ces personnages délibérément marginaux qui, refusant le monde tel qu'il est, l'enrichissent de leur propre imagination quitte à passer pour de parfaits cinglés. Tim Burton est d'ailleurs lui-même le plus burtonien des personnages que l'on puisse imaginer. Mélange d'architecture bancale, de macabre gothique et d'enfance, l'univers qu'il construit depuis ses débuts de réalisateur est reconnaissable entre tous.

 

 

Le plus frappant, dès l'ouverture du film, est de constater à quel point cet univers si particulier est compatible avec celui du célèbre Roald Dahl. Une alchimie qui contribue à faire émerger sous les yeux des spectateurs un paysage d'une richesse visuelle époustouflante : dans un feu d'artifices de couleurs, Burton s'approprie sans la trahir l'œuvre de l'écrivain, mêle des esthétiques gothiques, pop, victoriennes et naïves, et crée ainsi l'un des mondes les plus riches et aboutis qu'il nous ait jamais donnés à voir. Cette réussite, il la doit également à deux de ses fidèles collaborateurs. Alter ego musical du réalisateur, Danny Elfman est depuis les débuts l'un des éléments essentiels de la crédibilité et de l'atmosphère burtonienne. Un rôle-clé qu'il remplit encore une fois à merveille en offrant une bande originale lyrique, intelligente, drôle et d'une efficacité redoutable.

 

 

Vient ensuite Johnny Depp, qui signe ici sa quatrième collaboration avec le vilain petit canard d'Hollywood. Encore une fois, l'effet de symbiose est ahurissant : Depp compose un personnage ambigü, fragile et borné, sympathique et cruel, attendrissant et effrayant. Toujours sur le fil du rasoir, il laisse planer le doute sur les intentions de son personnage, multipliant les expressions avec grandiloquence et subtilité. Avec ce rôle, il montre encore une nouvelle facette de ce talent de métamorphose qui semble infini (et si on ajoute à ce talent indéniable une filmographie presque irréprochable et une compagne terriblement charmante, il est en bonne place pour remporter le titre de l'« Homme le Plus Énervant du Monde »).

Les courtes contributions d'Helena Bonham Carter (dont on se demande pourquoi elle n'a pas intégré le clan Burton plus tôt tant elle y est à sa place) et de Christopher Lee (qui se fait un devoir d'apparaître dans tous les blockbusters du moment) ajoutent encore ce qu'il faut d'humanité à ce qui n'aurait pu être qu'un simple défi technique ou visuel.

 

Résumé

Drôle, fascinant, fantastique, émouvant, Tim Burton semble avoir trouvé le parfait équilibre entre sa vision décalée du monde et l'humanité qui sous-tend chacun de ses films. Et pour ce qui est l'histoire en elle-même, que ceux qu'elle a bercé se rassurent, ils en retrouveront toutes les saveurs. Quant aux autres, qu'ils se laissent porter par cette aventure au bon goût de chocolat.

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