Critique : Le Silence

Par Patrick Antona
21 décembre 2004
MAJ : 25 février 2020
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Pour son deuxième film, après De l’histoire ancienne primé dans plusieurs festivals, Orso Miret a choisi de retourner dans la région dont il est originaire, la Corse, pour camper à nouveau une histoire fondée sur l’intériorité et la force du non-dit. Mais cette fois-ci, au lieu de se focaliser sur la notion de famille et d’héritage, le cinéaste va s’intéresser aux mécanismes de la vie sociale dans la Corse profonde et aux efforts d’un individu à s’y conformer, sous peine d’être rejeté, pour développer son récit dramatique. Dans une première partie, Orso Miret s’attache ainsi à nous décrire le personnage d’Olivier (Mathieu Demy, quasiment omniprésent à l’écran), qu’il met immédiatement en situation critique. Ce dernier nous est présenté « à la traîne » dans une chasse au sanglier censée le faire accepter au sein de la fratrie du village, au sommet duquel trône son cousin Vincent (Thierry de Peretti, dans un rôle tout en nuances). Des difficultés, Olivier en rencontre aussi au sein de son couple, la grossesse de sa femme, Marianne (Natacha Régnier), laissant transparaître une inquiétude latente.

En décrivant avec justesse l’environnement quelque peu machiste dans lequel évolue Olivier, et les rapports de force où le rôle du fusil et des armes constitue un atout plus que manifeste, Orso Miret donne à son Silence des allures de western (la scène de confrontation des deux groupes de chasse), tout en faisant la part belle à une nature omniprésente et presque enchanteresse (les scènes de baignade de Natacha Régnier). Le réalisateur se permet même d’évoquer au passage avec efficacité l’abandon des villages, phénomène social d’actualité autant pour l’île de Beauté que pour le « Continent ».

Lorsque le drame survient (Olivier, témoin d’un meurtre particulièrement abject, se refuse à dénoncer l’assassin pour préserver ses chances d’être reconnu du groupe), Le Silence souffre de s’appuyer avant tout et uniquement sur le talent de Mathieu Demy, l’acteur réussissant à nous faire passer cette « tempête sous un crâne » de manière assez juste. Le traitement tout en intériorité de son drame finit un peu par lasser, et ce en dépit des visions oniriques en noir et blanc matérialisant ses remords ou des fameuses scènes de chasse. Là où, justement, il aurait fallu décrire de manière plus appuyée et imagée cette fameuse « loi du silence » et la manière dont elle empreigne et pourrit les relations sociales, Orso Miret, comme dans son précédent film, se cantonne à nous exposer les faits et à laisser le spectateur seul juge. Seulement voilà, le risque est alors grand que ce dernier, mis devant le fait accompli, puisse trouver les atermoiements d’Olivier un peu inconséquents au regard du meurtre d’une femme. Ne lui restera alors plus qu’à apprécier un casting de seconds rôles insulaires forts en gueule très convaincant, et pour une fois exploité à bon escient et sans caricature.

Le film qui réussira à dépeindre la Corse de manière plus crue, avec son particularisme et la violence sociale qui y est conséquente, reste donc à faire. Dommage pour Le Silence, qui rate sa cible de peu.

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