Interceptor : critique piège en grosse mer sur Netflix

Simon Riaux | 3 juin 2022
Simon Riaux | 3 juin 2022

Elsa Pataky doit sauver le monde libre de vilains terroristes désireux d'atomiser les États-Unis. Interceptor réalisé par Matthew Reilly débarque sur Netflix pour taper fort. La plateforme tient-elle là un missile capable de ressusciter le cinéma d'action américain ?

DES PAINS ET DES JEUX 

Auteur de best-sellers célèbre en Australie, Matthew Reilly mène de front sa carrière littéraire en parallèle de ses velléités de scénariste et producteur, depuis le mitan des années 2000. Une ambition qui l’aura porté du côté des séries, avec des succès inégaux. Mais ce collectionneur d’accessoires hollywoodiens réchappés des années 80 a peut-être trouvé avec Interceptor la recette qui lui permettra de transposer son amour des productions populaires de sa jeunesse. 

La couleur nous est annoncée dès l’ouverture : bienvenue dans l’actioner militaro-bourrin circa 84, celui où l’on joue le sort du monde libre à coups de tatanes, où la menace est toujours nucléaire, et les deltoïdes plus luisants que des gonades snackées dans une baignoire de Jim Beam. Ici, la nuance est l’ennemi, au même titre que le Russe. Le programme a de quoi réjouir, les nostalgiques des prods musclées, balayées par les blockbusters super-héroïques, et progressivement boudées par le grand public au tournant des années 2000. 

 

Interceptor : photo, Elsa PatakyMise au poing

 

Un – relatif - désamour, qui a une conséquence directe sur le film qui nous intéresse. Interceptor est un film de plateforme, produit pour moins de quinze millions de dollars, soit une somme microscopique en regard de ses ambitions spectaculaires. Cette modestie est criante dès que le récit doit brièvement s’aventurer hors de son décor principal, prenant soudain des atours de telenovelas filmée par des aveugles, ou lors des séquences en extérieur, aux incrustations particulièrement hasardeuses. Mais l’intérêt de ce quasi-huis clos gonflé à bloc réside ailleurs. 

 

Interceptor : photo, Elsa Pataky, Tim WongArriver à pied par la Chine

 

ELSA ET LES GARÇONS  

Qui dit petit budget, dit petit tournage, en l’occurrence, une mission commando de 33 jours à peine, et donc un récit ramassé. À l’heure où le cinéma de divertissement souffre régulièrement de dilatations narratives éreintantes, Interceptor ne dure que 96 minutes, et mène donc son récit à toute berzingue. Ce tempo soutenu permet en outre de limiter les errances du co-scénariste Stuart Beattie, coupable de quelques-uns des pires blockbusters de ces dernières années, et connu pour les caractérisations trépanées de personnages qui n’en demandent pas tant. 

La preuve avec cette pauvre JJ, interprétée par Elsa Pataky, dont le scénario ne sait jamais s’il veut en faire une walkyrie féministe, une fille à papa, une patriote bon teint ou un modèle d’inclusivité. Il en ira de même pour le vilain anarcho-terroriste Luke Bracey, qui se donne beaucoup de mal pour justifier son projet de raser l’Amérique à coups de bombes atomiques... afin d’en finir avec ses racines violentes et inégalitaires. Caractérisés au lance-grenade, les protagonistes ne devraient pas marquer au fer rouge les annales de l’écriture dramaturgique. 

 

Interceptor : photo, Luke BraceyLe côté série B de la force

 

Mais l’investissement des deux interprètes principaux n’en est que plus salvateur. Elsa Pataky s’en donne à cœur joie, ne s’arrête à aucune réplique mongoloïde, ne recule devant aucun bourre-pif pour s’imposer en militaire casseuse de bouche et raboteuse de vilain patriarcat. Sans forcément verser dans le vertige shakespearien, elle remplit à la perfection son contrat de combattante, et s’avère parfaitement crédible physiquement, un défi d’autant plus relevé qu’elle est seule à porter la charge physique de ce programme remuant. 

 

Interceptor : photo, Elsa PatakyCherche pas t'as Thor

 

KICK STARTEUSE 

Et derrière la caméra, Matthew Reilly ne démérite pas. On sent le primo-metteur en scène gavé de références, follement désireux de proposer un spectacle simple, largement inspiré de Piège de Cristal, Piège en haute mer, le tout saupoudré d’une pincée d’Ultime décision. À la fois contraint et libéré par son décor quasi-unique, il peut l’envisager à la manière d’un coffre à jouets dont il faut sans cesse renouveler les possibilités

 

Interceptor : photo, Luke Bracey, Elsa Pataky"Bonjour, c'est au sujet du solde de votre compte CPF"

 

Joutes à mains nues, fusillades, intrusion... tout y passe, et sans jamais que la caméra ne perde de vue l’essentiel, à savoir la lisibilité de l’action, ou l’impact des coups pleuvant à l’écran. C’est d’ailleurs un des humbles plaisirs de ce divertissement furieusement rétro, à avoir son goût pour une maltraitance des corps, qui investit le spectateur, décuple l’immersion, tout en offrant quelques plaisantes mises à mort. On pense ainsi souvent à l'inéluctable transformation de Bruce Willis en steak haché humain au gré des Die Hard. Car quand bien même JJ voit son visage relativement épargné par la violence qui déferle, l'amazone achève cette aventure sévèrement éprouvée.

À condition de passer outre une paire de dialogues fumeux, des motivations de personnages fumées comme un saumon norvégien et un budget aux limites un peu voyantes, Interceptor propose donc un contrat largement rempli, qui sonne comme un coup de boule à l’aube, idéal pour entamer un glorieux week-end, ou achever une soirée placée sous le signe de l’élégance. Un équilibre pas évident, qui doit peut-être au compagnon d’Elsa Pataky, Chris Hemsworth, ici producteur exécutif, visible dans un caméo qui rappelle malicieusement que c’est peut-être du côté de la comédie que Thor éclaire le plus. 

Interceptor est disponible sur Netflix depuis le 3 juin 2022

 

Interceptor : Affiche officielle

Résumé

Amis de la finesse, abandonnez tout espoir. Amis des tartes dans la tronche, réjouissez-vous, vos pains de ce jour sont arrivés, et ils sont distribués avec générosité par une Elsa Pataky parfaite en botteuse de fondements.

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(2.4)

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commentaires
mattog
18/06/2022 à 21:18

Moi aussi j'ai regardé en voyant la critique mais c'est vraiment une bouse absolue. Acteurs caricaturaux qui ne savent pas jouer, absolument rien de crédible et de tous petits moyens qui se voient à l'écran. Franchement un vrai navet sans intérêt aucun.

Pap3dutr
15/06/2022 à 11:54

Je me suis laissé tenter par ce film en ayant lu la critique. Mais quel désastre ce film....
C'est un navet....

Cinoche
07/06/2022 à 22:57

C’est nul encore les états uniens et leur propagande contre les méchants mdr

Lt Winter
07/06/2022 à 11:40

Tout à fait d'accord avec Simon Riaux : un gros risque sur le film avec la contrainte de situer 85% de l'action dans une seule pièce et pourtant l'inventivité de l'équipe permet de ne pas s'ennuyer.
Je ne connaissais pas le réal' mais son manque d'expérience n'enlève rien à la qualité de ses scènes de bastion : bien filmées, bien chorégraphiées. J'ai pris du plaisir à regarder ce film aux grosses ficelles et aux personnages caractérisés à gros traits, Le secret de l'héroïne était casse-gueule et le film s'en sort plutôt bien sur ce sujet. Effectivement, gros clin d'œil à Piège de Cristal quant aux motivations profondes du méchant. Et je comprend mieux pourquoi Chris Hemsworth était là et m'a bien fait rire : il n'est pas seulement coproducteur du film...

Journalope
07/06/2022 à 01:49

Simon qui crache sur Guns Akimbo en disant que ca se croit subversif blabla euh à quel moment ? Mais qui par contre adore le cinéma pompeux tel que The Witch
Au moins dans Guns Akimbo iil y a du rythme et les scènes d'action sont lisibles contrairement à cette purge !

Terminéator
06/06/2022 à 17:08

Alors là pour le coup j’avoue que je suis plus que surpris par la critique de Simon Riaux . Soit il est tombé in love de Elsa au point de perdre toute notion d’objectivité soit Netflix l’a payé une somme astronomique (a d’accord , je comprend maintenant pourquoi le budget du film est aussi mince pour une prof de ce genre , ils vous ont tout refilé !!! Mdrrr) pour n’en dire que du bien (en toute objectivité bien sur lol) ?! Mdrrr . Non plus sérieusement Simon je pense assister là à une critique tout droit sortie de la 4ème dimension , réalisée sous acide pendant le vision âge de cet étron du cinéma d’action mdrrrr . Nan honnêtement il ´ y’a quasi rien à sauver dans ce film (bon allez un ou deux combat , l’investissement de melle Pataky et c’est à peu près tout) . Histoire basique et prévisible qui n’est en rien relevée par la mise en scène ou le jeu des acteurs. Les scènes d’action sont déjà vues même si celles ci restent honnêtes . Les FX !!! Oh mon dieu , on voit les effets désastreux sur leurs qualités du au budget rachitique alloué à cette prod. Ajouté à cela des situations et des dialogues écrits par un enfant de 8 ans et des clichés en pagaille , une photo horrible et vous aurez un sous sous sous Die Hard . La seule satisfaction et bonne idée du film c’est le cameo de Chris Hemsworth qui m’a bien fait marrer . Toujours dit que ce mec avait un talent comique incroyable et qu’il devrait un peu plus l’exploiter en marge de cases grosses productions d’action . Bon en tout cas MR Riaux votre critique m’a , à l’image du film , bien fait rire . Je peux au moins vous reconnaître cela mdr ;)

Alain
04/06/2022 à 23:09

Mais bordel le nanar null a chier...

Geoffrey Crété - Rédaction
04/06/2022 à 18:45

@Liam

Depuis le temps qu'on vous dit que Simon raconte n'importe quoi.

Liam
04/06/2022 à 18:19

Pour le coup j'ai suivi votre avis avec 3 étoiles je me suis dit ça devrait être pas mal et franchement je me suis demandé si cous aviez vu le même film que moi...

yannski
04/06/2022 à 13:38

En voyant le jeu des acteurs, il ne fait pas de doute que c'est une parodie, ou au mieux un nanar assumé. Manquait juste les punchlines.

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