Snake Eyes : critique qui préfèrerait être aveugle

Raphaël Iggui | 22 septembre 2021
Raphaël Iggui | 22 septembre 2021

Alors que la concurrence multiplie les franchises super-héroïques juteuses, Paramount veut aussi rentrer dans la cour des grands et cherche à relancer la série G.I. Joe, adaptée des jouets Hasbro. Comment ? Avec une origin-story à 80 millions de dollars de budget sur son ninja taiseux, Snake Eyes. Destiné au cinéma, repoussé plusieurs fois depuis début 2020, le film est finalement arrivé directement en VOD en France. Alors, pari tenu ? 

La couleuvre qui louche 

Lorsqu'elle n'était qu'un dessin animé, la franchise G.I. Joe existait avant tout pour pouvoir vendre des jouets Hasbro à des enfants lobotomisés. Quand elle fut adaptée au cinéma en 2009 avec G.I. Joe : Le Réveil du Cobra, elle consistait surtout en une succession de scènes d'action avec des jouets qui explosent ainsi que des beaux gosses avec des belles gosses, les poitrines de ces dernières remplaçant les effets spéciaux pour distraire le public d'adolescents lobotomisés visé par le film

Surfant sur la vague de l'engouement super-héroïque et fantasmant sur les possibilités offertes par le MCU, Paramount tente donc d'introduire son univers étendu en donnant une origin-story à Snake Eyes. Dans les deux premiers volets, ce ninja tout de noir vêtu était joué par Ray Park, interprète iconique de Dark Maul dans Star Wars : Episode I - La Menace fantôme. En plus de bénéficier des talents du cascadeur britannique, le personnage avait une qualité essentielle : il était totalement mutique, laissant les dialogues insipides à Channing Tatum et consorts. 

 

Photo, Henry GoldingLà tu me vois

 

Ici, non seulement il parle, mais il a désormais le droit à la tête d'Henry Golding et une origin-story particulièrement clichée : notre fringant samouraï frelaté aura donc le droit au trauma d'enfance du papa zigouillé et à la soif de vengeance qui guidera son destin et le scénario contre vents, marées et bon sens.

Alors qu'il poutre un musclor dans une cage pour de l'argent, Snake Eyes est repéré par Kenta, un yakuza qui lui propose de l'aider à retrouver l'assassin de son père s'il accepte de travailler pour lui. Alors qu'on lui demande d'exécuter Tommy, un héritier de la maison Arashikage infiltré dans le gang de Kenta, il décide de le sauver. Tommy, reconnaissant, l'invite dans la maison du clan Arashikage afin de lui faire passer des tests pour lui permettre de rentrer dans le clan. Mais Snake Eyes est en réalité infiltré pour le compte de Kenta. Saura-t-il éviter la trahison

 

PhotoLà tu me vois plus

 

Le premier gros problème de Snake Eyes, c'est son scénario, clairement destiné à des enfants de 4 ans qui supplieront leurs parents d'acheter les jouets Hasbro jusqu'à finir au congélateur. Les rebondissements sont tous plus téléphonés qu'un centre d'appels au Pakistan et les raisonnements des personnages n'ont aucune logique autre que de faire avancer le scénario. Les personnages en sont réduits à être des véhicules à intrigue, et aucun ne dépasse jamais le stade d'archétype ou d'outils narratifs.

Aucune action ne suscite des émotions, puisqu’on a juste l'impression de voir des cases cochées à chaque réplique prononcée. Pire encore, si les motivations du personnage principal nous sont clairement présentées, elles empêchent toute attache à ce dernier, réduit lui aussi à une fonction du récit. Son changement d'attitude arrivera au bout de près d'une heure et demie de film, sur un rebondissement tellement prévisible qu'on pourrait presque apercevoir le post-it du scénariste trainer sur le côté de l'écran. 

 

photo, Henry GoldingThe floor is avoir un scénario solide

 

Le serpent aux mille coutures visibles 

Si le synopsis de Snake Eyes est aussi bancal, c'est aussi parce qu'il tente en permanence de vous rappeler qu'il est un film G.I. Joe comme un enfant à la morve abondante insistant pour connaître l'heure d'arrivée. Des références sont ainsi régulièrement faites aux JOE et à C.O.B.R.A, qui existe à la fois en toile de fond et comme personnages à part entière de l'histoire, à travers les personnages de Samara Weaving et Úrsula Corberó

De manière aussi prévisible que le scénario, le film se prend les pattes dans sa tentative d'hybridation et finit le cul entre deux chaises sans avoir la souplesse d'un de ses artistes martiaux. Il ne choisit jamais vraiment ce qu'il veut raconter et bien qu'il tente de rattacher les wagons vers sa conclusion, on a encore l'impression d'avoir assisté à une mise en place laborieuse pour un prequel inutile. Une conclusion malheureusement devenue banale ces dernières années...

 

photo, Henry Golding, Samara WeavingTrès réalistes, ces figurines

 

Évidemment, on pourrait largement arguer qu'il s'agit essentiellement de commentaires de rageux, que Snake Eyes est d'abord un film de ninjas et que la priorité est avant tout d'installer un simili-fil rouge pour enfiler des scènes de combats dantesques. Mais pas de chance, la déception est tout aussi grande de ce côté-là. Le réalisateur allemand Robert Schwentke, à l'origine du sympathique Red et du mauvais R.I.P.D, n'a jamais brillé dans les scènes de gunfight et les scènes de corps-à-corps ne font pas exception.

Si certains combats décrochent un petit sourire en coin de lèvres, le peu de bastons qui parsèment le film ferait presque regretter l'époque des American Ninja. Le découpage semble totalement hasardeux, le montage ne met rien en valeur et a même l'effet inverse, soulignant l'effet "chacun son tour" des confrontations gentils-méchants. Le film propose pourtant des cadres géographiques potentiellement rigolos (un poids lourd transportant des voitures, une ruelle avec un look d'inspiration asiatique), mais les exploite tellement peu qu'on a l'impression d'assister à un mauvais rip-off de mauvais film Hong-Kongais

 

photoFast and Kung Fury-ous

 

Un bilan d'autant plus dommageable que le casting compte dans ses rangs de vrais artistes martiaux qui ont déjà démontré leur talent ailleurs. Mais Iko Uwais est traité comme une vieille pétoire rouillée de Tchekhov par le scénario, jusqu'au climax final où il a le droit de faire de l'écrasé de rotule le temps de quelques plans. Andrew Koji ne retrouvera ni la physicalité de Warrior ni son écriture puisque l'acteur a beau être investi dans son rôle, son personnage d'héritier aux lourdes responsabilités est écrit à la pelleteuse

Le plus gros dommage collatéral reste sans doute Henry Golding. Si on était enchanté de le voir en porteur de blockbuster, le malheureux n'a strictement rien à jouer, se contentant de promener sa mine renfrognée et ses borborygmes gutturaux durant tout le long-métrage. Dans les moments d'arrogance pure du personnage, on se surprend presque à croire que tout ça n'est que l'origin-story d'Oeil Sec, son personnage dans The Gentlemen. L'idée vous aidera au moins à tenir les deux heures que dure Snake Eyes.

Snake Eyes est disponible en achat digital VOD depuis le 22 septembre 2021

 

Affiche

Résumé

Tiraillé entre son ambition de raconter une origin-story et installer un univers étendu, entre sa volonté de vouloir être un film de baston et celle de s'adresser au plus grand nombre, Snake Eyes oublie d'exister pour lui-même. Son scénario fait du même plastique que les figurines G.I Joe, devrait sans doute rappeler à Paramount qu'il est temps de laisser leurs jouets au placard et de commencer à plancher sur de vrais films

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commentaires
Braddock
24/09/2021 à 00:15

Ce film est une pure bouz, et rien est a en tirer...
Scénario ridicule, jeu d'acteurs aux fraises, scènes d'actions archi daté et pire qu'un nanard des années 80. Les mecs se frite aux sabres du début à la fin et il n'y a pas une goutte de sang (PG oblige)
Comment peut on encore miser des millions de dollars sur de pareilles idées.
La prod devait être en vacance ou confinée pour ne pas avoir stoppé les frais, ou juste ont ils des goûts de chiotte...
Passez votre chemin et rectifiez moi cette note d'une étoile et demi, s'il vous plaît...

Raphaël Iggui - Rédaction
23/09/2021 à 13:04

@mokuren

Tout d'abord, bonjour et merci pour votre commentaire. Je comprends que ça puisse paraître insultant mais il s'agit plus d'un trait d'humour acide que d'une critique poussée. Par lobotomisés, je veux juste dire que les générations étaient alors exposées à énormément de dessins animés uniquement conçus pour vendre des jouets, la télévision devenant juste un moyen de laver le cerveau et de convertir les gosses en consommateurs (non pas que ça ait particulièrement changé).
Moi-même j'ai payé pour louer le Dvd de G.I Joe le film en 2009 alors que j'étais un de ses adolescents lobotomisés par des blockbusters pondus à la chaîne, tous plus ou moins calqués sur des modèles préexistants dont la qualité d'écriture chutait crescendo.
Mais au-delà de ça, l'idée est juste de faire une critique bête et méchante d'un blockbuster que j'estime méprisant pour son audience par l'infantilisation de son public. J'estime juste que les lecteurs ont suffisamment de recul pour se distancer d'eux-mêmes et comprendre le côté satyrique.
En espérant que la critique vous ait au moins été distrayante ;).

Mokuren
23/09/2021 à 07:33

J'ai lu la critique par curiosité et sans mettre en cause l'avis exprimé dans l'article, j'ai une remarque à faire au journaliste. Cher Raphaël, sachez qu'insulter le public d'une oeuvre n'est pas un argument, quelle que soit la (non) qualité de l'oeuvre. Au contraire, cela laisse penser que vous manquez d'arguments. Ce n'est finalement pas le cas, mais au bout du deuxième "lobotomisés", j'ai failli zapper. Les insultes sont désagréables à lire et c'est une marque de faiblesse de la part du journaliste. Pensez-y. ;)

Pseudo1235
23/09/2021 à 00:30

J'ai bien kiffé ! L'action est top, l'histoire est assez simpliste pour pas qu'on s'ennuie, et ça fait du bien un petit film de Ninja l'heure où on est inondée par les films de super héros, et rien que pour ça, je cracherais pas dans la soupe.

Les acteurs tiennent la route, les méchants font vraiment méchant, les vannes fonctionnent, cette pierre magique qui envoie du rêve, la bo pas mal, beaucoup de masterclass dans les combat, des money shot a coup de sabre a tout vas, l'univers est parfaitement bien posé. Enfin bref, il coche toutes les cases du bon blockbusters de l'été (ce qui n'a pas été le cas de beaucoup...). Qu'on connais ou pas (moi je connaissais pas du tout) les Joe, ça doit sans doute joué j'imagine, mais j'ai trouvé celui-ci plus réussi que les deux premiers réunis.

Ravis qu'il y aura un deuxième.

Pseudo1
22/09/2021 à 23:22

Merci pour la barre de rire avec la référence à American Ninja, je les avais presque oublié ces pépites ^^

Magnitude
22/09/2021 à 22:41

La critique est condescendante... lol
Je serai curieux de connaître vos âges @Hildegarnic et loulou48.

J'aurais mis aucune étoile, et qualifié le film de la matérialisation de la médiocrité à tout point de vue (scénario, combats sans imagination, un casting cheap, le cadrage oh my GOD...).

Il n'y a rien à sauver, même Andrew Koji qui est excellent dans la série WARRIOR es à la ramasse.

Et la véritable origine de Snake Eyes est dans cette daube ou dans GI JOE2 ?

Madolic
22/09/2021 à 16:37

"clairement destiné à des enfants de 4 ans qui supplieront leurs parents d'acheter les jouets Hasbro jusqu'à finir au congélateur."
Mais naaaaan Mdrrrrrr

Artsmienois
22/09/2021 à 15:42

Il restait un peu de béton de la série 'hawkeye' quelques clous et de la colle de 'black widow', par un beau soir d'orage alors qu'ils n'avaient plus de cacahuètes et surtout étaient complètement bourrés, c'est en voyant leur copain riri arboré son superbe casque de motards intégrale, que les scénaristes ont décidés de pondre ce chef- burpppsss (pardon j'ai vomi)....

XG58
22/09/2021 à 15:02

C'est marrant au mois d'Aout, je me serais pas dit. Pourquoi je reprendrais pas la serie anime, fin 80, debut 90. Ok elle est en 360p, mais c'est plus interressant

Astor
22/09/2021 à 14:17

Un respect de l'univers ? Ok là j'ai bien ri. Le scénario est pauvre et les scènes de combats sont façonnées à la truelle. Dommage le casting fonctionne plutôt bien.

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