La Femme à la fenêtre : critique complètement parano sur Netflix

Alexandre Janowiak | 14 mai 2021
Alexandre Janowiak | 14 mai 2021

Après avoir connu une production chaotique à cause d'une salve d'ennuis : projections tests peu concluantes, reshoots compliqués, rachat de Fox par Disney puis contexte pandémique ; La Femme à la fenêtre de Joe Wright a finalement été vendu à Netflix. Le thriller paranoïaque débarque donc sur la plateforme au N rouge après la longue attente de spectateurs de plus en plus inquiets du résultat final. Alors catastrophe inévitable ou jolie surprise psychologique ?

fenêtre sur rue

À la lecture du roman éponyme de A.J. Finn qu'adapte La Femme à la fenêtre, il ne faisait aucun doute (l'auteur le confiant lui-même) que le récit s'inspirait énormément des oeuvres du célèbre Alfred Hitchcock. C'est ce qui lui permettait, en partie, d'instaurer une ambiance particulièrement stressante, notamment à travers les nombreux films que regardait son héroïne, les fictions qu'elle dévorait se mêlant à sa réalité trouble. Et judicieusement, Joe Wright décide surtout de s'appuyer sur le style hitchcockien pour mettre en scène son long-métrage.

Ainsi, dès les premières minutes, le réalisateur enchaîne les références notamment à Fenêtre sur cour (le film sur la télé, un mini-panoramique sur les voisins d'en face, un appareil photo pour les observer de plus près...), La Maison du Docteur Edwardes (un extrait à la télé, la question de l'identité) et Sueurs froides (les jeux de lumière, l'atmosphère étrange), voire carrément Psychose lorsque le film bascule complètement dans l'horreur. Et c'est indiscutablement ce que le long-métrage réussit le mieux : créer une ambiance anxiogène et oppressante.

 

Photo Amy AdamsLa Femme à la fenêtre lève enfin le rideau

 

La Femme à la fenêtre raconte l'histoire d'Anna Fox, une psychologue agoraphobe qui ne sort jamais de chez elle. Du coup, elle observe ses voisins jusqu'au jour où elle assiste à un meurtre. Cependant, isolée, elle mêle son traitement médicamenteux à d'innombrables bouteilles de vin, troublant régulièrement son esprit. Difficile alors de savoir si ce qu'elle pense avoir vu est bien réel ou le simple fruit de sa paranoïa.

Un pitch de départ simple que Joe Wright va donc sublimer avec la force de sa mise en scène. Pendant 1h40, le long-métrage ne quittera jamais son héroïne, plongeant les spectateurs dans son esprit tortueux et le confrontant à son unique regard sur le monde (la référence à Les Passagers de la nuit n'est pas anodine, en plus des visages changeants).

Un moyen intelligent d'obliger le spectateur à douter, mais aussi d'accentuer la tension de manière perpétuelle. Avec son jeu de cadre renfermé, ses gros plans, sa lumière très sombre et son montage très dynamique (très peu de répit dans le récit), le long-métrage est particulièrement éprouvant à suivre.

 

Photo Amy AdamsAmy Adams, impressionnante

 

LA MAISON DU DOCTEUR FOX

En jouant énormément sur les couleurs - notamment le rouge, le bleu et le jaune -, La Femme à la fenêtre joue de son esthétique extrêmement déroutante (un superbe travail du chef opérateur français Bruno Delbonnel) pour donner un véritable cachet, mais également instaurer un malaise constant.

En suivant la souffrance et la démence de son héroïne d'aussi près, au coeur d'un huis clos noir et à travers une atmosphère emplie de paranoïa, Joe Wright se donne ainsi toutes les cartes pour parfaire la folie inhérente au récit. Parfaitement conscient du rôle majeur de son décor, il en utilise les moindres atouts. Dès lors, il se repose également, avec beaucoup d'intelligence, sur les sonorités de l'immense demeure : bruit sourd, porte qui claque, voix du téléviseur en fond ou échos extérieurs, tout est sujet à l'angoisse, à l'incertitude et à terme à la panique.

Une panique palpable qui doit beaucoup à la réalisation du réalisateur de Les Heures sombresmais qui doit également ses lettres de noblesse à la performance très précieuse (encore) de Amy Adams. La comédienne n'a plus rien à prouver avec une carrière aussi riche et impressionnante et pourtant elle parvient à livrer une prestation unique dans sa filmographie et prenante. Si les décors de Kevin Thompson (décorateur derrière Birdman et Ad Astra notamment) et la mise en scène de Joe Wright amplifient le suspense du scénario, elle en est le coeur émotionnel.

 

Photo Amy Adams, Julianne MooreUne rencontre qui va tout changer

 

Bouffie, pas maquillée, habillée quasi-exclusivement d'une simple robe de chambre... l'actrice est presque méconnaissable dans le rôle d'Anna Fox. À travers son regard hagard et sa mine de déterrée, elle transmet la détresse émotionnelle de son personnage aux spectateurs sans jamais trop en révéler. À ce niveau, le scénario joue habilement des fausses pistes et errements psychiques de l'héroïne pour suffisamment aveugler les spectateurs avant les révélations qui perturberont leurs ressentis.

L'atmosphère très théâtrale de certaines séquences (le scénario a été écrit par Tracy Letts, dramaturge de formation) aide d'ailleurs à déployer la folie d'Anna. Les personnages secondaires (Gary Oldman particulièrement) entrent et sortent du champ souvent de manière inattendue, repoussant les limites conscientes de l'héroïne. Ivre et droguée, elle est incapable de discerner ce qui l'entoure dans son entièreté, forçant le spectateur à subir son absence de lucidité et donc à vivre ses affolements et prises de conscience abruptes.

 

Photo Gary OldmanSoudainement, un Gary Oldman dans le champ

 

i'm thinking about too many things

Malheureusement et malgré toutes ces belles qualités, impossible de ne pas constater que La Femme à la fenêtre est un film aussi malade et torturé que son personnage principal. Obligé de passer par la case des reshoots et sur les bancs du montage après une mauvaise réception du public des projections tests, le long-métrage a indiscutablement dû faire des concessions. L'objectif ? "Clarifier certains points" du scénario, selon Joe Wright lui-même afin de rendre l'ensemble moins "confus ou opaque".

Et c'est évidemment là où le bât blesse. À plusieurs reprises, la mise en scène du Britannique se permet des expérimentations visuelles (notamment avec une voiture enneigée) donnant à son oeuvre, plus qu'une dimension hitchcockienne, des airs lynchiens (voire Kaufmanien, pour ceux qui ont vu l'excellent Je veux juste en finir sur Netflix également). Le montage joue d'ailleurs avec ses idées plutôt séduisantes pour octroyer au long-métrage une autre épaisseur au milieu de son scénario finalement très classique.

 

Photo Amy AdamsLes fantômes du présent cachent ceux du passé

 

Toutefois, alors qu'il réussit largement sa mission, La Femme à la fenêtre semble trop déterminé à célébrer tout un pan du thriller et de ses sous-genres. En résulte une excentricité inopportune et des mélanges hasardeux où le film sombre parfois inexplicablement dans la série B. Difficile de comprendre l'intérêt des giclées de sang aspergeant l'écran dans le premier tiers. Si l'on suppose que la superposition et le jeu des fondus se veulent des similis-hommages au genre, l'effet de style en question vient surtout annihiler la tension de la séquence et l'enliser dans le grotesque.

Et ce n'est pas le pire puisque c'est lors de son climax final (dont on ne dévoilera rien ici) que le thriller part complètement en vrille pour plonger tête la première dans le grand-guignol (encore un hommage ?) digne d'un nanar déniché dans un vieux vidéoclub. Un sacré gâchis pour le film sans doute né de la production chaotique et des demandes du studio.

Une touche finale salée qui vient surligner les défauts du métrage (la musique herrmannienne de Danny Elfman en fait souvent beaucoup trop) et sabote le travail accompli jusqu'ici. Dommage tant le film parvenait à éviter, par miracle, la catastrophe industrielle plausible après tant de galères, voire à s'en acclimater avec un certain brio.

La Femme à la fenêtre est disponible sur Netflix depuis le 14 mai 2021 en France

 

Affiche française

Résumé

Malgré ses défauts non-négligeables, La Femme à la fenêtre est un thriller parano assez envoutant et au tempo éprouvant porté par la mise en scène de Joe Wright et le jeu d'Amy Adams. Loin de la catastrophe annoncée, il s'en sort avec les honneurs au vu des circonstances de sa création. 

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Lecteurs

(3.0)

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commentaires
Francis Bacon
12/06/2021 à 05:38

Moi aussi trouvé naze. Trop d'incohérences, de réactions bizarres, pour marcher 1 thriller doit sembler réaliste, on doit sentir l'inéluctabilité de l'étau qui se resserre et pas le sentir venir à coup de ficelles. Les ref à Hitchcock m'ont aussi fait sortir du film (j'adore le maître hein), trop facile (la télé tourne : regardez c'est La Maison du docteur Edwards, whaou quelle inventivité), juste histoire d'empiler des ref.

Katchak 974
19/05/2021 à 04:55

Une actrice qui se donne au projet mais qui est vite desservie par une fin pop corn et une renaissance inexplicable ! Pourtant il y avait matière : la dépression, l'alcoolisme a viser anxiolitique,.... tout cela est balayé sur la fin du film ! Dommage

Yvan Dureve
18/05/2021 à 23:02

Cette chronique représente parfaitement ce que je pense de ce film. Bien foutu dans l'ensemble l'angoisse monte bien, la photographie est très bonne, la musique bien que un peu caricaturale sert bien les scènes mais le climax final serie b associé à quelques inepties du au mélange foutrarque de styles rend l'ensemble presque sans interet. Un bon film si vous vous endormez avant la fin....

GTB
17/05/2021 à 22:21

Je rejoins l'avis de Simon Riaux: il y avait les ingrédients, mais la sauce ne prend pas, mais alors pas du tout. A part la photographie, il n'y a pas grand chose à sauver. J'ai eut l'impression de revenir 20 piges en arrière, à cette vague de thrillers psychologiques produits à la chaine, essayant d'atteindre les ténors mais tous plus débiles les uns que les autres. Avec ce même dernier quart d'heure de révélations où on lève les yeux au ciel en soufflant. Bref, c'est non.

Sanchez
17/05/2021 à 00:21

Un petit film du dimanche soir pas désagréable , enrobé dans une réalisation qui en fait des caisses. C’est un thriller amusant ponctué par des révélations à la fraise (le twist ahlala). La musique est complètement à côté de la plaque dés la première minute, à se demander si le compositeur a vu une image du film. Le scénario pêche par des réactions de personnages parfois complètement ubuesque (Anthony Mackie dans la voiture... ouloulou). Sinon ça joue bien mais il est amusant de voir qu’ils ont pris Jennifer Jason leight pour un rôle de potiche blonde qui a 3 répliques. Le chèque devait être agréable mais elle mérite mieux.
A noter des clichés de notre monde actuel bien présents (personnages « racisés » tous plus parfaits et gentils les uns que les autres pendant l’homme hétéro blanc est coupable de tous les maux) et un puritanisme américain qu’on croyait disparu depuis les années 90 (ne trompez surtout pas votre conjoint ok ???)
Sympa mais oublié dans l’heure , intéressant uniquement pour les plans ultra travaillés
6/10

Matrix R
16/05/2021 à 13:57

Si on ne peut plus rester à nos fenêtres par peur d'être témoin d'un événement bizarre, et par risque de se voir assassiner, je dis dans quel monde vivons nous

Terryzir
15/05/2021 à 19:34

Rien de franchement mémorable là-dedans, sinon le sentiment d'un immense gâchis.
Chaque plan sent le film de studio à plein nez. Ca se donne un genre à travers un étalo clinquant (c'est du Jeunet ou du Kieślowski mal digéré?), un montage qui cabotine, des acteurs souvent poseurs, pour ne pas dire vitreux, parfois.
Quand ils osent parler de "taudis" et qu'on voit l'appart qu'elle a, franchement... C'est pas assez le chaos dans la déco pour qu'on y croit une seconde. Un détail (comme tant d'autres) qui révèle que rien ne va dans ce film.
Je me demande bien pourquoi de telles pointures ont accepté d'apporter leur triste contribution à ce pastiche hitchcockien raté de bout en bout...
Amy Adams peut désormais s'enorgueillir d'avoir tourné dans Nocturnal Animals et son parfait contraire !
Dans le genre reclus chez soi, privilégiez le trop sous-estimé Bug du grand Friedkin.

Kyle Reese
14/05/2021 à 23:50

Je partage votre critique. Un bon thriller à l'ancienne, efficace, mais qui rend peut être un peu trop hommage à ses illustres prédécesseurs ce qu'il l'empêche un peu d'avoir sa propre identité (trop de "bonnes" citations). Belle photo intérieure, décor et musique, adapté à l'ambiance je trouve.
Une excellente Amy Adams qui n'a pas peur d'être totalement anti-glamour. Une fin en effet qui surprend avec cette rupture de ton qui m'a rappelé les grandes heures du thriller avec parfois un coté excessifs qui n'est pas toujours pour me déplaire. Et une très belle scène autour d'un flashback qui montre tout le talent de l'actrice principale. Après rien de révolutionnaire qui marque profondément les esprits, mais j'ai passé un bon moment.
Par contre je suis déçu de ne pas avoir vu plus de scènes avec l'excellente Jennifer Jason Leigh. Ne pas l'avoir utilisé plus c'est gâcher du talent. (remember Jeune fille partagerait appartement, Dolores Claiborn etc ...). Ou bien son perso a été pas mal coupé au montage.

Kyle Reese
14/05/2021 à 14:29

@Sanchez

C'est vrai mais comme j'ai cru avoir lu à l'époque qu'une suite était peut être envisagé, je demande. Ta voisine c'est pas celle qui a un problème de stores (cf une pub idiot mais sympa)
;)

T.
14/05/2021 à 13:45

Ok en lisant entre les lignes la critique pour pas se spoil on voit que c'est pas une révolution mais un thriller qui fait le taff, et puis Amy Adams oblige je vais pas manquer ça.

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