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His House : critique Haunting of Netflix

Par Geoffrey Crété
31 octobre 2020
MAJ : 26 octobre 2021
7 commentaires

His House, c’est un petit film d’horreur Netflix sorti de nulle part et précédé d’une solide réputation. Sa sortie sur Netflix ce vendredi 30 octobre est une aubaine, vu le rayonnement du géant de la SVOD et Halloween. Un combo gagnant pour le premier film de Remi Weekes, qui le mérite.

photo

the haunting of his house

Un énième film de maison hantée ? Oui et non. His House a beau avoir une formule à la Conjuring ou Insidious, il penche plus du côté de Mister Babadook ou du récent Relic avec ses hanteurs chargés de sens, et vecteurs de mélancolie et douleur. Le premier film de Remi Weekes ne cache pas sa valeur symbolique, puisque l’histoire tourne autour d’un couple de soudanais, qui a fui l’horreur et trouve refuge en Angleterre, après une traversée infernale en bateau. Assignés à résidence en attendant une réelle liberté de vivre, ils voient alors leur nid d’accueil se transformer en théâtre cauchemardesque.

Ces créatures tapies dans l’ombre ne sont pas seulement là pour les cris et hurlements. Cachées dans les murs mais également dans les recoins de leurs esprits, ces présences fantômatiques sortent des ténèbres (symboliquement et littéralement) pour les hanter, et les confronter aux vrais monstres. Cette maison est à la fois une libération et une prison dorée, et c’est là encore chargé de sens : le couple ne peut pas la quitter selon les règles établies par les autorités, tout comme il ne peut échapper à ces démons intimes. Le huis clos sera alors mental, et la seule issue sera bien évidemment d’affronter la source du mal.

 

photo, Wunmi Mosaku, Sope DirisuFenêtre sur courroux

 

IT FOLLOWS

A l’origine, Remi Weekes a répondu à une vague demande de producteurs, pour un film d’horreur sur l’immigration. Un sujet idéal pour mettre en scène l’altérité, dans un cadre social et culturel tendu, qui offre un solide terreau dramatique. Le réalisateur et scénariste l’explore en partie : le couple déraciné atterrit dans un quartier d’une grise et lugubre banalité, planté dans un décor peu accueillant. Trop grande ou trop sale, trop vide ou trop encombrée, la maison a priori ordinaire cache quelque chose d’inhabituel derrière sa belle porte, laquelle s’effondre dès le premier contact.

A l’extérieur comme à l’intérieur de la maison et du couple, le décalage est là. Le regard des « autres » est trop agressif, ou trop sympathique. La parole de Bol et Rial est trop silencieuse, ou trop explicite. Le logement est rapidement trop petit pour espérer échapper aux monstres, mais les rues de la ville sont trop grandes pour ne pas s’y perdre et frôler un autre cauchemar – malheureusement plus familier.

 

photo, Wunmi MosakuAucune échappatoire réelle

 

Néanmoins, His House ne s’arrête pas là. Cette horreur n’est finalement qu’un bagage porté par les héros, une séquelle de leur périple terrible pour survivre. C’est la métaphore et donc l’incarnation d’un traumatisme irréparable, qui reviendra les hanter, gratter contre les parois de leurs têtes comme aux murs de la maison. Avec ce drame intime, Remi Weekes ramène les enjeux parfois abstraits de l’immigration à un niveau humain, tangible et déchirant. Et les acteurs Sope Dirisu et Wunmi Mosaku interprètent avec brio cette horreur.

Lorsque Rial explique qu’elle n’a pas peur de simples fantômes après tout ce qu’ils ont vu et vécu, et toute la folie humaine qu’ils ont affrontée, le nerf du cauchemar de His House devient évident. L’horreur du fantastique n’est qu’un écho à celle du réel, et c’est ce léger glissement qui donne tant de force à l’histoire.

 

photo« Il va faire noir… »

 

LA MAISON DES HORREURS

His House ne se contente pas non plus d’être un film à discours. Au-delà de la théorie de l’horreur, bien ancrée dans une réalité politique et sociale, il y a sa réalité. Bruits dans la nuit, silhouettes dans l’encadrement d’une porte, apparition brutale, visages tordus… Remi Weekes connaît la grammaire du cinéma de genre, et l’utilise avec efficacité, à défaut de véritablement lui apporter du sang frais. En revanche, le réalisateur orchestre quelques vrais beaux moments, entre frousse pure et imaginaire envoûtant.

En utilisant avec brio le sound design (notamment les bruits de pas) et sans trop abuser des jumpscares et effets faciles, Remi Weekes met en scène une poignée de solides moments d’angoisse. C’est particulièrement efficace lorsque la menace reste floue, tapie dans l’ombre, à la fois trop lointaine pour être saisie et trop proche pour ne pas donner la chair de poule. Et l’idée des corps cachés dans les murs, qui renvoie à quelques classiques parfois très politisés comme Le Sous-sol de la peur de Wes Craven, ajoute une touche d’étrangeté intime bienvenue.

 

photo, Wunmi MosakuGet Out !

 

Dans ses meilleurs moments, His House va plus loin, avec des visions visuellement étonnantes. Il y a notamment une magnifique et terrassante scène de glissement au-delà du réel, où une cuisine étouffante se transforme en territoire infini des angoisses. Avec de simples mais très beaux effets de montage et de découpage, le film bascule, change de couleur et de nature. Un moment très inspiré, qui sert à la fois l’émotion et la peur, et illustre à merveille la valeur du film.

Le climax offre aussi une image particulièrement saisissante et chargée de sens, où la terreur pure s’infiltre (littéralement) sous la peau d’un personnage. L’amour des effets à l’ancienne est palpable, et le design du monstre ultime en atteste. Là encore, la bête n’est pas inédite, et devrait rappeler l’univers de Guillermo del Toro à certains. Mais Remi Weekes sait comment la filmer, notamment lorsqu’il s’agit de créer une aura mystique autour de ses yeux qui percent l’obscurité. Et même si rien de tout ça n’est du jamais vu, c’est emballé avec suffisamment de maîtrise, intelligence et savoir-faire pour donner envie de suivre de près ce jeune réalisateur.

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Dans His House, la maison est aussi hantée que les personnages eux-mêmes. Le film reprend les codes classiques du genre mais grâce à quelques scènes très réussies, et un beau scénario ancré dans une réalité cauchemardesque, il se place au-dessus de la moyenne.

Autres avis
  • Maya Boukella

    Une bombe horrifique, émotionnelle et politique. Côté épouvante, le film est efficace de bout en bout tant il maîtrise le hors-champ, l'obscurité, mais aussi l'idée que les murs d'une maison peuvent abriter bien des cauchemars, à l'instar des traumatismes qui s'emmurent dans des recoins de la conscience et du corps.

Tout savoir sur His House
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Commentaires
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Tonto

Tout-à-fait d’accord avec cette critique ! Un film vraiment intelligent qui ne se laisse pas enfermer dans une vision politique bornée (dans un sens ou dans l’autre). C’est fin, c’est nuancé, ça fait peur, et ça émeut sans verser dans le tire-larmes.
Le scénario emprunte des virages qui secouent violemment, émotionnellement parlant. Et la gestion de l’horreur est globalement bonne : voilà enfin un film où les fantômes ne disparaissent pas (tous) dès qu’on allume la lumière…
Franchement une excellente surprise !

Ozymandias

Bon ben je l’ajoute à ma liste hein 🙂

Kyle Reese

Allez hop, parfait pour ce soir !

Mouais Bof...

Je l’ai vu hier. Et Franchement surpris par le film.

J’attends un peu avant un second visionnage, mais j’étais surpris par le traitement des personnages. Avec un Docteur Who assistant social et un couple d’Afrique qui traîne et ramené ses horreurs avec elles.

On peut même y voir une certaine allégorie. Parfois un rythme très lent. Pas le chef d’œuvre du siècle mais un bon moment

Je le recommande. J’y vois plus qu’un simple film d’épouvante.

William Foster

Film très quelconque et ne sachant pas marcher sans les gros sabots qu’il s’est choisi.