PEN15 : critique de la série d'ados la plus folle depuis longtemps

Geoffrey Crété | 4 juillet 2020
Geoffrey Crété | 4 juillet 2020

Diffusée sur Hulu aux États-Unis (oui, le service de SVoD qui appartient majoritairement à Disney), disponible en France via myCANAL, la série PEN15 est la très belle et étrange surprise de l'année, qui s'attaque à la série ado avec une originalité, une tendresse et une folie géniale. Avec la révélation de deux talents immenses : Maya Erskine et Anna Konkle, co-créatrices (avec Sam Zvibleman) et stars de ce cirque rétro-cringe.

ADO ET À CRI

D'emblée, une idée forte, cinématographiquement et symboliquement : Maya Erskine et Anna Konkle, scénaristes et actrices dans leur trentaine, jouent Maya et Anna, les héroïnes de 13 ans de la série. Entourées d'acteurs qui ont réellement l'âge d'être à l'école, les deux femmes évoluent comme deux poissons hors de l'eau, dans un océan de sébum, appareils dentaires et téléphones fixes. L'effet de malaise est d'autant plus troublant que très vite, ce duo se fond dans la masse, comme s'il n'y avait rien d'anormal dans cette troupe, hormis leurs personnalités décalées. Ado un jour, ado toujours.

Avec cette idée géniale, pour les actrices, mais également pour le spectateur complice, Pen15 (comme pénis) se déroule comme le récit ultime d'une adolescence déphasée. En mettant en scène des corps trop grands, des visages trop mûrs, des actrices trop vieilles au milieu de vrais mômes, la série raconte avec brio la gêne de cette période ingrate, où chacun se sent comme un alien, une anomalie, un monstre, car tout pousse trop vite ou pas assez vite.

À la croisée des chemins du teen movie, entre la cruauté de Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat bien sûr, mais également Palindromes où différentes actrices interprétaient l'héroïne de 13 ans, et notamment des adultes) et la candeur de John Hughes, Pen15 se révèle ainsi être un petit bijou, intelligent, drôle et unique en son genre.

 

photo, Anna Konkle, Maya ErskineSi Dawn Wiener avait des descendantes

 

MAYANNA

Impossible de ne pas s'attarder sur Anna Konkle et Maya Erskine les actrices, tant elles sont incroyables. Si chacune est passée par un élément physique pour créer ce flashback étonnant vers elles-mêmes (la coupe de cheveux pour Maya, l'appareil dentaire pour Anna), leur interprétation va bien au-delà. La manière de positionner le corps pour essayer de l'effacer dans le décor, de recoiffer ses mèches comme une barrière protectrice, de jouer face à des adultes ou des enfants : tout dans la performance du duo est fantastique. La gêne réelle des deux actrices, inconfortables dans leurs vêtements mal ajustés et leurs corps trop adultes, sert parfaitement le malaise de cet âge.

Le vertige est total lorsque Maya Erskine, dans la peau de Maya 13 ans, fixe d'un œil maladroit des hommes de 30 ou 40 ans, dans une scène étrange où elle pense retrouver un inconnu rencontré en ligne, avec tout le malaise de la pédophilie dans l'histoire. Dans une autre scène, Anna Konkle vit son premier baiser baveux avec un môme, et malgré la magie du montage pour ne pas réellement le filmer, la suspension d'incrédulité atteint des sommets.

 

photo, Maya Erskine, Anna KonkleDeux génies

 

La complexité des personnages n'est évidemment pas étrangère dans la réussite des actrices-scénaristes. Anna apparaît plus sage que Maya dans leur amitié et face au monde, mais elle régresse totalement devant Alex. Maya peut sembler plus immature dès qu'il s'agit d'elle, son physique et sa valeur, mais c'est elle qui a ses règles la première, et qui voit son corps s'éveiller avec la masturbation. Cette tonne de paradoxes permet de sortir des stéréotypes faciles, et créer deux héroïnes particulièrement attachantes, dans la plus pure (et belle) tradition du genre.

Et si quelques seconds rôles restent très simplets, notamment du côté des petites pouffes ridicules qui le resteront, les personnages de Brendan et Sam se révèlent bien plus attendrissants et fins que prévu.

 

photo, Maya ErskineLa sensualité des ados

 

LES MÉTAMORPHES DE CATA

Pen15 n'évite pas les étapes incontournables du genre. Il y aura les habituelles luttes dans l'écosystème de l'école, les essais de langue sur un miroir (ou un morceau de lit), et le festival des premières fois - premier amour, premier chagrin, première bière, première cigarette. Mais la série s'attaque à l'adolescence féminine avec une sincérité, une frontalité et une simplicité désarmantes, adoptant un point de vue inhabituel dans ce secteur.

Du fantasme du string pour enfin apparaître sur les radars du collège à la découverte mystique de la masturbation sur la moquette de sa chambre, en passant par la célébration du premier rasage des jambes sous le regard gênant des mères, Pen15 regarde l'adolescence avec une honnêteté touchante, remettant les pendules à l'heure sur le sujet des filles. Trop souvent privées de leurs pulsions sexuelles de la puberté, au contraire des garçons associés aux branleurs de catégorie 1, elles sont ici montrées dans toutes leurs étrangetés, excès, questionnements et instincts. Tout ça avec une légèreté déconcertante, comme lorsque Maya observe son premier tampon qui, à ses yeux, est un monstre inconnu de 40 centimètres.

 

photo, Maya Erskine, Anna KonkleRarement cette scène aura été filmée et racontée ainsi

 

Et derrière les rires, il y a les émotions, puisque Pen15 ne sacrifie pas tout sur l'autel du sketch. L'épisode centré sur la question du racisme est particulièrement fort, confrontant Anna à sa bonne volonté, et permettant aux deux amies de réaliser leur rôle, actif ou passif, dans ces comportements. La facilité aurait été de mettre en scène ce sujet avec les cruelles camarades et reines de l'école, mais les scénaristes ont préféré le raconter dans l'amitié de Maya et Anna, pour rendre compte de la complexité de l'éducation et des points de vue. Et derrière les airs amusés, c'est un épisode très fin, et intelligent.

Avec en plus une direction artistique réjouissante et une mise en scène soignée (l'hommage à Sexcrimes, avec Brendan à la place de Denise Richards : grand moment de rire) qui s'offre même un petit moment de danse, Pen15 est l'une des plus belles surprises récentes, qui mérite toute l'attention. Et elle en a déjà eu outre-Atlantique puisqu'une saison 2 a été commandée. Vive l'acné, vive la gêne, vive Pen15.

Pen15 est disponible en intégralité sur MyCanal

 

affiche

Résumé

Pen15, ce n'est pas une série sur des ados paumées : c'est ça, mais en mieux, plus fou, plus étrange, plus inventif et plus honnête. Et c'est la révélation de Maya Erskine et Anna Konkle, scénaristes et surtout actrices de génie.

commentaires

Doc
05/07/2020 à 21:47

Merci d'avoir signalé, je n'avais pas remarqué :-)

pen et trassion
04/07/2020 à 13:58

Disney qui finance une serie qui s'appelle "Penis"... on aura decidement tout vu (leve les yeux au ciel).

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