Star Wars : L'Ascension de Skywalker - critique qui palpatouille sans spoiler

Simon Riaux | 12 mars 2021
Simon Riaux | 12 mars 2021

Star Wars : L'Ascension de Skywalker, ce soir à 20h50 sur Canal+ Family.

Le défi était cosmique. J.J. Abrams devait conclure trois trilogies, s'adressant à presque autant de générations, dans un climat de défiance inédit après la sortie du très polémique Star Wars : Les Derniers Jedi. Le réalisateur du décrié Réveil de la Force a-t-il remporté sa guerre des étoiles avec Star Wars : l'Ascension de Skywalker ?

FORCE AVEC LES STARS

Après un Réveil de la Force perçu comme une redite industrielle et une levée de boucliers extrêmement violente à l’encontre des Derniers Jedi, on pensait Disney aux abois, face à un public ne recevant pas la déclinaison de la saga avec la même indulgence que d’autres franchises industrielles. Coincé par un Épisode VIII qui choisissait de rompre avec certains codes établis par George Lucas, le studio a peut-être vécu le flop de Solo : A Star Wars Story comme le dernier clou dans le cercueil de ses modestes ambitions narrative. D’où une conclusion qui a des airs de quasi-reboot.

Dès son carton introductif, Star Wars : l'Ascension de Skywalker établit de tout nouveaux enjeux et bazarde l’héritage de Rian Johnson. Les forces en présence ne sont plus les mêmes, la dynamique entre rébellion et Premier Ordre remisée au placard… le scénario fait table rase des deux films précédents, dans des proportions saisissantes. Mais ce choix radical a des conséquences profondes sur le récit que doivent dérouler J.J. Abrams et son scénariste Chris Terrio. En l’état, l’intrigue s’articule autour de trois axes successifs, qui évoquent non seulement la trilogie originale, mais pourraient tout à fait soutenir un développement en trois longs-métrages, offrant une progression et un déploiement logique à ce nouveau point de départ.

 

photo, Daisy RidleyRey au milieu du désert

 

Devant réinventer une toute nouvelle dynamique, l’incarner dans de nouveaux protagonistes, sous-intrigues et décors, le scénario révèle rapidement son obésité morbide. Au gré d’un rythme initialement soutenu puis délirant d’intensité, nos héros migrent de planète en planète, tantôt poursuivis, tantôt poursuivants, collectant items et indices au gré d’escarmouches continues avec les émissaires du Premier Ordre.

En résulte une forme d’intensité qui interdit l’ennui, pourra évoquer la grande époque des serials et des pulps d’aventure, mais aussi un débit de mitraillette qui interdit l’émotion.

 

photo, Daisy RidleyEn avant pour l'aventure !

 

DARK CRAIGNIOUS

Comme pour nous interdire de réfléchir, Star Wars : l'Ascension de Skywalker empile les situations, les rebondissements ou les tours de force bravache. Mais chacun étant expédié par une caméra qui semble déjà préoccupée par le prochain morceau de bravoure, toute gravité est tuée dans l’œuf, aucun twist ne surprend réellement, et quand la tragédie survient, le découpage ne prend même pas le temps de nous offrir les réactions de protagonistes toujours dépassés par le tempo du récit.

 

photo, Adam DriverUn personnage passionnant, en grande partie sacrifié par la nouvelle orientation de la trilogie

 

Signe que toute cette précipitation assèche le film, J.J. Abrams se révèle incapable de proposer une scène d’action correcte, lui, qui en élève appliqué de Steven Spielberg, a pourtant toujours su se glisser dans les codes de glorieuses sagas, pour les décaler subtilement et leur offrir une bonne grosse dose de spectacle, pas forcément inventif, mais toujours fluide et cinégénique. Il se contente ici d’enregistrer plusieurs micro-confrontations, le plus souvent inconséquentes, trop rapides et précipitées.

À ce titre, le climax s’avère un des plus pauvres de toute la saga Star Wars. Obligé de détourner l’énergie de la trilogie pour la rediriger vers Palpatine, au gré d’incroyables incohérences, le metteur en scène ne peut que profiter de formidables effets spéciaux et d’une direction artistique grandiose pour essayer de masquer la brièveté et la platitude des confrontations qu’un montage atone imbrique sans inventivité.

 

photoUn lieu iconique...

 

SITH INTERNET

Mais ce qu’on redoutait le plus, c’est peut-être la gestion, forcément complexe, de l’héritage de Rian Johnson. L'Ascension de Skywalker ne se contente pas d’éjecter purement et simplement Les Derniers Jedi, puisque le film entreprend de vomir quasi-systématiquement sur son prédécesseur.

Qu’un revenant adresse, à une audace scénaristique passée, un pur doigt d’honneur, que se greffe une amourette minable (à la faveur d’un hommage absurde à La Belle au bois dormant) ou qu’on transforme certains personnages en quasi-figurants, l’objectif est limpide : atomiser Les Derniers Jedi, mais surtout prêter serment d’allégeance aux fans les plus toxiques de Star Wars.

 

photo, John BoyegaDe héros à figurant de luxe...

 

La conséquence de ce retournement de veste est funeste, puisqu’elle pousse le récit à enchaîner des facilités scénaristiques grotesques. Transformés en vignettes conçues pour ne pas déranger le fan, les protagonistes sont réduits à de simples traits de caractère dénués de progression ou de tout arc narratif.

Cette béance est comblée par la méthode industrielle devenue chère à Disney, au fur et à mesure que la recette Marvel prend le contrôle des opérations. Ainsi, chaque évènement dramatique ou coup dur se voit presque instantanément désamorcé, voire renié, et provoque une anesthésie irrémédiable sur le spectateur.

 

photo, Carrie FisherN'attendez pas trop des adieux à Leïa...

 

SABRE RASOIR

Face à ce cahier des charges aussi kamikaze que sinistre, il faut néanmoins souligner l’impressionnante application de J.J. Abrams, ainsi que l’énergie herculéenne qu’on le sent déployer pour sortir son bousin spatial de l’ornière où le studio a décidé de le crasher.

Ultra-dynamique, le cinéaste tente l’impossible pour épouser le rythme délirant du film et sa boulimie de péripéties. Jamais il ne se laisse aller au pilotage automatique. Au contraire, il tente de donner de la chair au moindre plan, de proposer un point de vue, de donner aux séquences les plus anodines de la matière et une direction.

Il y parvient parfois, comme lors de la confrontation humide entrevue durant les bandes-annonces, où Kylo Ren et Rey croisent le fer au sein d’éléments déchaînés. Soudain, la musique s’interrompt, le décor se fait quasi-abstraction, et nous observons, enfin fasciné, le ballet contraint de deux belligérants fascinés l’un par l’autre.

 

photo, Adam Driver, Daisy RidleyEn voilà une bien belle scène

 

Dans cet affrontement qui prend place très littéralement sur les ruines de la saga, on sent la belle ferveur avec laquelle le réalisateur tente l’impossible pour ranimer le cadavre de Star Wars. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si tout s'électrise dès que le duo apparaît à l'image, Abrams n'hésitant pas à tordre encore un peu plus les possibilités de la Force pour les réunir à la moindre occasion. Dernier organe encore vivant de ce récit ampoulé, le cinéaste y insuffle tout le sang dont sa mise en scène est capable, leur offrant quelques puissantes joutes oratoires.

Mais à l’impossible nul n’est tenu. Face à des écueils conceptuels irrécupérables, J.J. Abrams ne peut opérer la résurrection tant espérée. L’artiste doit se contenter d’un embaumement de première classe. Force est de constater qu’avec son amour des détails, la sincère passion qui l’anime, il rend souvent L'Ascension de Skywalker flatteur à l’œil, dissimulant ses défauts derrière une technique fantastique, une attraction foraine faussement somptueuse.

C’est à la fois beaucoup et très peu. Suffisamment pour regarder la chose d’un œil distrait, sans s’ennuyer outre mesure, mais bien loin de ce qu’on est en droit d’attendre de Star Wars.

 

Affiche française

Résumé

Reboot inavoué et cynique d'une trilogie désormais fondamentalement incohérente, L'Ascension de Skywalker n'a pour lui que l'énergie déployée par J.J. Abrams et la fantastique direction artistique dont Lucasfilm a le secret, tant cet épisode d'une platitude extrême préfère se complaire en facilités et reprises confortables plutôt que de raconter quelque chose.

Autre avis Geoffrey Crété
Dans un mouvement final qui a tout de désespéré, L'Ascension de Skywalker tente de panser les plaies, créer l'illusion d'une trajectoire maîtrisée, et offrir une conclusion fédératrice et douce. Le savoir-faire de J.J. Abrams n'a jamais été aussi froid, pour un résultat étonnamment fade et facile, sans émotion ni puissance.
Autre avis Christophe Foltzer
Terriblement creux, vain et inconséquent, L'Ascension de Skywalker trahit qu'il n'existe que pour montrer patte blanche aux fans déçus par l'opus précédent. C'est d'autant plus dommage que J.J. Abrams maitrise son sujet techniquement et artistiquement. Une ascension extrêmement timide et paresseuse qui, en plus, ne raconte rien d'intéressant.
Autre avis Arnold Petit
Malgré la générosité artistique et visuelle offerte par J.J. Abrams, l'Ascension de Skywalker manque d'inspiration et préfère se raccrocher avec affliction aux vieilles branches de la saga qu'il doit conclure. Un spectacle étourdissant, au rythme effréné, mais incohérent, dépourvu de profondeur et sans aucune véritable intensité.
Autre avis Alexandre Janowiak
Avec une structure narrative ignoble, des plots twists affligeants et un scénario digne d'une fan fiction, L'Ascension de Skywalker est un ratage mémorable et la preuve ultime que la postlogie existait sans ligne directrice. Tout juste pourra-t-on sauver la direction artistique, mais avec un tel budget, c'était le minimum syndical.
Autre avis Mathieu Jaborska
Quitte à s'infliger un scénario vaseux remettant en cause tout ce qui a été établi au profit d'insupportables clins d’œil référencés, autant passer un peu de temps sur un site de fan-fictions pornographiques. Certes, on fait une croix sur des effets spéciaux réussis, mais au moins, on pourra y trouver quelques scènes mémorables.
Autre avis Lino Cassinat
Beaucoup d'agitation mais aucune intensité dans cet über-Star Wars qui se subit beaucoup plus qu'il ne se suit. Mélange de doigt d'honneur au film précédent et de pathétique opération à Skywalker ouvert pour sauver ce qui peut encore l'être à coup de millions de dollars, The Rise of Skywalker est un bordel magmatique de tout qui n'aboutit à rien.
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Lecteurs

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commentaires
Y Boy
15/03/2021 à 20:52

Arrêtez de dire du mal de ce film, qui est une véritable bouse incohérente qui viole les attentes de deux générations de... OH MON DIEU J'AI REDIS DU MAL DE CE FILM, IMPOSSIBLE DE S'EN EMPÊCHER !!!

Kyle Reese
14/03/2021 à 09:16

Le but de Disney était de ramener tous les fans, et donc les personnages historiques, de clôturer la saga Skywalker en tuant les « vieux » avant que les acteurs ne soient plus capables de revenir ou décèdent afin de rentabiliser au plus vite son achat et avoir les coudées franches après.
En l’état pas sûr de revoir certains des persos de la postlogie

Tuk
13/03/2021 à 23:33

@ Zapan

Le message aurait du apparaitre à la fin du 8 lorque tout les survivant s sont dans la Faucon Millénium, à bout... Et au bout du bout, 3PO qui arrive en disant avoir intercepté un message impérial ! Là, ça aurait eu un peu plus de gueule...

Tuk
13/03/2021 à 23:19

@ Ethan
Tout fais d'accord, je pense que c'est la trilogie entiere qui est une transition Elle est raté certa, mais elle élimine tout les vieux... Je le répete, l'on va avoir droit à une Rey qui va basculer Impératrice (Pas pour rien qu'elle défend son role, l'actrice) contre un clone de Yoda § Voila la prochaine trilogie ! Avec de vieux acteur comme Hyden de retour pour maintenir le lien dans le temps....

Ethan
13/03/2021 à 22:21

En fait la trilogie qui va commencer d'ici deux-trois ans c'est celle là qui aurait fallu.
Ils se sont dit pas tout de suite attendons, faisons d'abord 3 films tout pourris comme ça les gens seront plus indulgents

Zapan
13/03/2021 à 13:09

Une belle M***e....

ET on ne parlera pas de leur FAMEUX MESSAGE DE L'EMPEREUR, littéralement la première ligne qui nous ai dites dans le crédit d'ouverture, qui a été diffusé sur ..... FORTNITE!!

Putain mais sérieux ! Donc pour entendre le message secret diffusé dans la galaxie, il fallait jouer à FORTNITE avant la sortie du film. Donc FORTNITE c'est CANON avec cet étron qui se prend pour un skywalk...un star wars...

Moi j'ai vu un mauvais épisode télé d'une série complètement rincée/pétée... mais j'ai pas vu du star wars depuis bien longtemps sur grand écran.

JJ Abrahcadabra
13/03/2021 à 08:17

JJ merite d'avoir un Prix pour l'ensemble de son oeuvre,
on se souviendra de lui pour toujours,en 2 films il laissera des souvenirs qu'on oubliera pas de sitôt
il merite le Prix Lifetime Achievement Award, du grand Cineaste Griffith a qui ils doivent tout
Respect

Tuk
12/03/2021 à 20:26

Si c'est un clone, pourquoi Palpatine est-il dans cette état ? Et puis comment a fait Lando pour convaincre les personnes lambda de toute la galaxie de venir presque avec leurs véhicules personnels pour participer à la bataille spatial finale... Que de n'importe quoi ce film, à l'image des deux pauvres ewoks que l'on voit à fin lol, c'était trop pour JJ de nous montrer un nouveau beau plan d'ensemble de cette planete,.... Le pire, impardonable ! Et ils osent dire qu'ils n'on pas eu le temps, qu'ils auraient fallu un film pus long... Mais lol ! Ils n'avaient qu'a déjà supprimer la premiere heure. Celle ou il faut un objet, puis un code, puis un traducteur, puis une dague, puis un holocron... Franchement, ils auraient expliquer un peu mieux Snoke ou Palpatine à la place, mais non ! Un scénario bidon et un Abrams qui ne sait faire que de bonne copies ou des trucs sans fin... Prochain film, copie de superman avec plein de belles images pour les fans !

Pseudo
11/11/2020 à 21:50

Ça prouve juste qu'il faut arrêter de cracher sur les grands cinéastes créateurs et arrêter de croire que tout le monde peut faire ce qu'ils ont accompli

Rouge carré
11/11/2020 à 18:48

Cette trilogie lamentable n’a de star wars que le nom

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