Joker : critique radicale

Alexandre Janowiak | 11 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 11 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

D'abord projet très critiqué, redouté voire méprisé, Joker de Todd Phillips est devenu l'un des films les plus excitants et incontournables de 2019. Triomphe critique et succès phénoménal en salles, l'adaptation DC a marqué l'histoire, de son Lion d'or jusqu'aux Oscars, où Joaquin Phoenix a été couronné. Et c'était mérité.

RENAITRE DC CENDRES

Avec la sortie de Man of Steel en 2013, Warner Bros et DC se lançaient dans une nouvelle aventure sur grand écran en instaurant un DCEU à l'image du MCU de Marvel lancé cinq ans plus tôt.

Hélas, après un premier film au succès correct, l'univers DC Comics n'a jamais réussi à convaincre pleinement les spectateurs et la critique. Ainsi, le DCEU a subi plusieurs échecs critiques (Batman v Superman : L’Aube de la justice, Suicide Squad) et un énorme couac commercial avec son Justice League fin 2017, remettant en cause l'ensemble de la franchise super-héroïque au cinéma (malgré le succès de Wonder Woman).

Depuis, le navire a été remis à flot grâce à l'aventure solo d'Aquaman, appréciée de la critique et devenue le plus gros succès public du DCEU. Cependant, si le long-métrage sur l'homme-poisson a marqué un tournant pour Warner et DC, ce n'est rien à côté du tremblement de terre qu'est le Joker de Todd Phillips (qui ne fait pas partie du DCEU cela dit).

 

photoQue la fête commence...

 

GODDAMN CITY

Ce Joker raconte l'histoire d'Arthur Fleck, homme méprisé par la société qui va devenir progressivement le Joker que le monde des comics connaît parfaitement. Difficile d'en dire plus sur l'ascension dans l'horreur et la folie du personnage culte sans spoiler les multiples séquences. Tout juste pourra-t-on confier que l'histoire qui y est dépeinte s'inspire en partie de deux des comics phares du Joker : Killing Joke et The Man Who Laughs (dont on vous parlait ici).

Pour autant, le film écrit sa propre légende en n'en piochant que quelques éléments pour mieux créer sa propre voie. Ainsi, le nouveau projet DC surprend voire stupéfie dans ses choix scénaristiques (un twist très marquant) et assurément, il y a aura un avant et un après Joker. En se détachant de l'arc de Killing Joke (celui dont il se rapproche le plus), le film de Todd Phillips s'offre une liberté créative dingue et sans limites.

S'ouvrant avec une certaine poésie, le long-métrage s'enfonce au fur et à mesure au coeur d'une danse macabre et sinistre inédite. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma, un film de comic book sombre dans une sociopathie choquante et radicale, où la brutalité n'est jamais cachée et la folie mise en avant (bien plus que dans The Dark Knight oui).

 

photo, Joaquin PhoenixCe rouge qui lui colle à la peau

 

On reprochait souvent aux films du genre de manquer de profondeur et de se contenter d'user des pouvoirs de leur super-héros pour créer un spectacle simple et efficace. Force est de constater que le Joker n'en a pas (des super-pouvoirs) et qu'avec des effets spéciaux invisibles et une action extrêmement rare, la force du film se trouve ailleurs. En cela, Joker est un séisme dans le cinéma de comics tant l'origin story du célèbre clown de Gotham sort de l'ambiance pop, décontractée, spectaculaire et frivole des films du genre (Marvel et les derniers DC en tête) pour nous plonger dans un cauchemar noir, sanglant, violent et pertinent.

Au contraire des derniers films de comics super-héroïque, Joker offre une réflexion poussée et profonde sur la société américaine, le pouvoir des médias et les élites politiques. Le film est un violent brûlot qui retourne le rêve américain pour mieux le transformer en cauchemar anarchique. À ce niveau, le film est de fait, comme ses bandes-annonces le sous-entendaient, très proche de deux chefs d'oeuvre de Martin Scorsese : Taxi Driver et La Valse des pantins. Le Joker de Joaquin Phoenix pourrait d'ailleurs être vu comme un hybride des deux anti-héros qui les composent avec une radicalité tirée à l'extrême.

 

photo,  Joaquin PhoenixUn rire incontrôlé terrifiant

 

VERY MACABRE TRIP

Par ailleurs, on pouvait légitimement avoir des craintes en voyant Todd Phillips, le réalisateur de la trilogie Very Bad Trip au CV bien peu glorieux, aux commandes d'un projet si ambitieux. Bien mal nous en a pris tant il offre un long-métrage bluffant de maitrise dont plusieurs séquences marqueront longtemps par leur sens du rythme et de la narration. La première scène du métro est ainsi une petite leçon de mise en scène, jouant parfaitement des lumières, du découpage et de la musique imposante de Hildur Guðnadóttir pour créer une tension allant crescendo avant de finir par exploser dans une rage salvatrice pour son personnage principal. 

Bien sûr, Todd Phillips ne réalise pas un sans-faute et on pourrait pointer du doigt plusieurs de ses choix. Ainsi, sa mise en scène est parfois trop poseuse et joue excessivement des ralentis. Au-delà, un arc du récit, même s'il n'est pas totalement dénué d'intérêt sur ce qu'il dit de l'Amérique et d'Arthur Fleck, se révèle également très superflu au fil de son avancée. Enfin, sans doute rongé par le dilemme de clôturer fermement son film ou d'ouvrir au contraire la possibilité à une franchise, le réalisateur a également du mal à terminer son métrage sans zigzaguer.

De menues stries qui empêchent le Joker d'être un film totalement parfait malgré la performance impeccable de son interprète principal : Joaquin Phoenix.

 

Photo Joaquin PhoenixÀ quelques minutes d'une scène mémorable

 

THE MASTER

En effet, impossible de ne pas s'attarder sur la prestation remarquable du comédien dans la peau d'Arthur Fleck et futur Joker, tant il est le souffle, l'âme et la raison d'être du long-métrage. Avec la carrière impressionnante qu'il s'est forgée en plus de 20 ans, Joaquin Phoenix n'a plus rien à prouver au monde sur ses qualités d'acteurs. Pourtant, encore une fois, il réussit un tour de force.

Si la comparaison avec Heath Ledger sera inévitable avec le temps, le Joker de Joaquin Phoenix est bien différent. Ce dernier se révèle avant tout un homme pathétique et méprisable qui ne prend de l'ampleur que par accident. Ainsi, le comédien offre une interprétation jonglant entre la pitié et la démence, portée par des envolées dansantes hypnotisantes ainsi qu'un rire incontrôlable provoquant simultanément un sentiment de compassion et de terreur chez le spectateur.

Et ce n'est finalement qu'après une ultime apparition de l'anti-héros que ce dernier plongera définitivement dans un sentiment de dégoût et d'horreur, lorsqu'Arthur Fleck disparaît à jamais sous les traits et l'esprit d'un Joker cruel et macabre. Fort.

 

Affiche fr

Résumé

Malgré ses imperfections, Joker est un véritable séisme pour les films du genre. Un brûlot radical contre les médias, les élites politiques et la société retournant le rêve américain en cauchemar brutal, sanglant et macabre. Un film puissant mené par un Joaquin Phoenix habité et monstrueux.

Autre avis Geoffrey Crété
On entend souvent que le cinéma hollywoodien des studios n'a plus de courage et d'audace, que tel ou tel film corrosif des années 70-80 ne pourrait plus être produit, et qu'en 2019 on ne peut plus rien dire ni montrer. Joker est la réponse parfaite et inattendue : noire, sèche, brutale, qui ne cherche ni excuse ni amour.
Autre avis Simon Riaux
Todd Philips récite son bréviaire du petit Scorsese illustré, mais le fait avec un brio et une intelligence qui imposent le respect. Phoenix et la caméra peuvent dès lors entamer une danse macabre qui adresse à l'époque un réquisitoire implacable.
Autre avis Arnold Petit
Un film doté d'une profonde noirceur, avec un discours corrosif à souhait. Dans les tréfonds d'un Gotham aussi malade que lui, un homme humilié, moqué et avili se change petit à petit en une force incontrôlable du chaos, jusqu'à devenir un ouragan séditieux qui renverse tout sur son passage. Joaquin Phoenix est habité par le Clown Prince du Crime.
Autre avis Déborah Lechner
Un drame social très sombre au discours intemporel qui suit un homme malmené par la société qui se laisse entraîner dans une spirale de violence que les habitants de Gotham n'auront de cesse de légitimer, politiser et donc nourrir jusqu'à un dénouement chaotique. Le film a ses défauts, mais qui n’entachent en rien la puissance du récit.
Autre avis Lino Cassinat
Joker jongle avec une témérité folle avec quantité de thèmes et de représentations qui affolent notre époque. C'est bien, mais c'est dommage que son amoralisme semble camoufler ses impensés - c'est probablement d'ailleurs ce qui explique la polémique ridicule qui l'entoure. Pourtant, c'est l'évidence, Joker résonne terriblement avec notre temps.
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Lecteurs

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commentaires
Ryuzo
14/09/2020 à 09:36

Ce film est une très bonne surprise alors qu'il ne fait pas partie du DCEU, et c'est tant mieux. Car l'univers et l'approche n'a strictement rien à voir vu que ce n'est pas un film de super-héros (ou de bad guy dans ce cas) à coup de super pouvoirs et d'effets spéciaux. Non ici l'approche se veut psychologique et ça marche.

Kriss
13/09/2020 à 16:41

Un chef d'ouvre , c est la 4 eme fois que je le regarde..,et toujours impressionné par le jeu d acteur de joaquin phoenix et de cette musique
Bravo

Alainauxon
13/09/2020 à 12:20

Vraiment nul

Gayounet
13/09/2020 à 10:11

C est un super film.....
Moi qui ne connait quasiment pas Batman , j ai été subjugué par Joker..
L ambiance est extraordinaire....
La réalisation splendide et la photo digne d un Scorsese est magnifique...
Et que dire de Joachim phoenix , le rôle de sa vie...
Un chef d œuvre.....19/20

Kyle Reese
12/09/2020 à 18:37

@Flo

Je n'avais pas lu ton commentaire à l'époque, enfin ton essai très inspiré sur le film.
Bravo, j'ai pris le temps de le lire et c'est vraiment très bien écrit et étayé avec de belles références et connaissances. Un véritable érudit du cinéma tu es.
Impressive, m*st impressive.

Ca m'a donné envie de le revoir tient.

la Magie de Ped-ohollywood
12/09/2020 à 10:35

la musique des marches, la fameuse scene, de 1 minutes 20 seconde..; pas bien de faire la promo d'un film malaisant comme tout, faussement provoquant, tres surcôte, tu entends donc la musique "Rock and Roll part 2" de Gary Glitter alias Paul Gad,un Child Molester notoire
honte à la prod et au cineaste d'utiliser ce genre de melodie de criminel sexuel , a vomir, litteralement, ne me dîtes pas qu'ils sont pas au courant, on sait ce qu'est Hollywood depuis Chaplin, c'est le ballet en limousines avec des gosses

Numberz
12/09/2020 à 09:01

C'est vrai que c'est quasi un remake de la valse des pantins. Le personnage porté quasiment le même costume que de Niro à la fin. De Niro qui est a la place de Jerry Lewis. Les scènes où Fleck s'entraîne seul renvoie à celle de de Niro. Le héros vit seul avec sa mère.

En fait c'est presque gênant même de voir tant de similarité. Et pourtant, la folie du futur joker est tellement bien mené, les interprètes tous bons. L'atmosphère est belle tout comme la musique. Bah moi je lui pardonne.

Un bon 15/20 pour moi.

Flash
12/09/2020 à 08:14

C'est vrai que l'influence de Scorsese est très présente, mais c'est un excellent film, l'un des tous meilleurs de l'année 2019.
Espérons juste qu'il n'y ait pas de suite.

Nan
11/09/2020 à 23:19

Ce film est une boursouflure.

L'hebdo geek youtube
11/09/2020 à 22:34

Perso moi je le trouve bidon. Jamais tu ne pourrais le mettre dans un film contre batman. Ou alors ça ferait une daube... Je n'ai pas compris la folie autour de ce film.... Se serait une histoire sur un dingue OK.. Mais le joker rien à voir. En plus il n'a rien à voir avec ses vraies origines.... Bref... Trop '' sur côtes'' ce film...

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