Maquia : When the promised Flower blooms - critique ta mère

Christophe Foltzer | 1 juillet 2019
Christophe Foltzer | 1 juillet 2019

Qu'il s'agisse de Mamoru Hosoda, ou de Makoto Shinkai, il est plus qu'évident que le monde de la japanimation actuel met en avant des auteurs à l'univers riche sur la scène internationale. Objectif : trouver un successeur à Hayao Miyazaki et l'ancienne garde, tout en prenant le risque d'enfermer l'industrie dans un type bien calibré de productions dont le succès et la qualité ne sont pas à remettre en doute. Quand soudain arrive Maquia : When the promised Flower blooms, et on se dit qu'on tient peut-être un challenger qu'on n'attendait pas. Le film est disponible en Blu-ray et DVD depuis le 14 juin 2019.

LE FIL DE LA VIE

Si l'été s'annonce assez fantastique pour les amateurs d'animation japonaise (attendez qu'on vous parle des Enfants de la mer et vous comprendrez), Maquia : When the promised Flower blooms en constitue une très bonne introduction. 

D'autant plus qu'il s'agit du premier long-métrage de Mari Okada en tant que réalisatrice, l'une des plus en vue actuellement, qui a quand même 20 ans de bouteille en tant que scénariste sur différentes séries comme Kiznaiver, Basilisk, Black Rock Shooter ou encore Mobile Suit Gundam : Iron-Blooded Orphans. Bref, pas une débutante.

 

photo MaquiaLa jeune Maquia, une Iolph qui tente d'échapper à son funeste destin

 

Avec Maquia : When the promised Flower blooms, elle passe donc à la réalisation, s'occupant également du scénario, tout en proposant un univers bigrement original qui n'est pas adapté de quoi que ce soit de préexistant. Un fait plutôt rare actuellement pour le souligner. Le film nous raconte donc l'histoire de Maquia, jeune Iolph qui rêve d'un ailleurs. Dans un monde d'heroic-fantasy, les Iolph sont un peuple de tisseurs évanescents et immortels, qui périssent malheureusement sous la main de l'homme.

Maquia parvient à s'échapper et, au comble du désespoir, elle tombe sur une caravane massacrée. L'unique survivant est un bébé, qu'elle décide d'adopter et de nommer Ariel, tout en se cachant de ses adversaires. Nous allons donc suivre la vie de cette famille étrange sur différentes années, avec comme épée de Damoclès au-dessus d'eux, l'immortalité de Maquia. Comment et pourquoi vivre une telle relation quand on sait que, quoi qu'il arrive, on survivra à son enfant ?

 

photo MaquiaUne rencontre qui va tout changer

 

MÈRE COURAGE

C'est avec un vrai bonheur que nous découvrons ce film du studio P.A. Works (Another ou encore Shirobako), tant il apporte avec lui un souffle d'air frais dans une production qui se ressemble de plus en plus dans les thèmes qu'il aborde. Pourtant, le film est loin d'être parfait. Et le premier gros point noir qui apparait, c'est malheureusement son scénario.

 

photo MaquiaTransmission

 

En effet, si Maquia : When the promised Flower blooms nous embarque dans une aventure émouvante et passionnante, il apparait bien vite que le film ne pourra jamais rendre totalement justice à l'ambitieux sujet qu'il traite. Surtout dans le cadre d'une première réalisation. Aussi, pour passer d'une époque à l'autre, Maquia : When the promised Flower blooms utilise parfois de grosses ficelles scénaristiques, tout en se permettant des ellipses parfois maladroites, qui sacrifient la puissance dramatique gigantesque de son propos pour faire entrer toutes les péripéties dans une oeuvre de 2h.

Il en résulte un goût de précipité, d'inachevé et l'on se dit que le film aurait vraiment trouvé son tempo et son histoire s'il avait été une série télé tant il met en scène de multiples thématiques et personnages impossibles à gérer en l'état. Mais, si l'on accepte cette donnée de base très restrictive et qu'on lui pardonne un scénario dont on connait déjà l'issue, le voyage est fantastique.

 

photo MaquiaLes jours heureux

 

SEULE AU MONDE

Parce que Maquia : When the promised Flower blooms compense cette grosse tare qui aurait pu lui être fatale par un traitement exemplaire. Visuellement dans un premier temps puisque le design du film nous transporte réellement dans un monde inédit et intrigant que l'on a envie de connaitre davantage. Dans le design de ses personnages aussi, loin des canons actuels et qui rappellera sans aucun doute aux plus anciens le character-design du jeu Final Fantasy Tactics par exemple.

Dans sa musique également, puisque Mari Okada s'est adjointe les services du légendaire Kenji Kawai qui signe une partition tour à tour épique et touchante sans jamais oublier son fond mélancolique. Mais là où  Maquia : When the promised Flower blooms se démarque le plus, c'est dans les thèmes qu'il aborde. Si l'on pouvait s'attendre à une histoire classique et destinée avant tout aux adolescents (cible principale de l'animation japonaise), le film nous surprend rapidement en nous prouvant qu'il n'en sera rien.

 

photo MaquiaGarder le cap, tout faire pour sauver sa famille, quoi qu'il arrive

 

Maquia : When the promised Flower blooms se révèle effectivement très sombre et s'attaque de façon très frontale à la place de la femme dans la société, l'instinct maternel, le temps qui passe et qui détruit, les malheurs de la vie et les moyens d'y faire face. L'identification à Maquia et Ariel est totale, leur progression psychologique limpide et efficace et le tout est extrêmement touchant et émouvant. On rit et on pleure en compagnie de ces personnages perdus dans le tourbillon de la vie, lorsque les sociétés s'effondrent et que les astres jouent contre eux.

Nous avons au final droit à un vrai parcours de vie terriblement humain, qui prête à réfléchir sur nos propres envies parentales et notre relation avec notre ascendance. Quelle est notre place ? L'existence n'est-elle que fatalité ou nous laisse-t-elle une marge de manoeuvre ? Et surtout, probablement la question la plus importante d'entre toutes : si l'on sait comment se termine une histoire et que l'on ne peut rien y changer, vaut-elle la peine d'être vécue malgré tout ?

 

photo MaquiaMême lorsque le monde autour de soi devient fou

 

Sous son design innocent et son univers fantasmatique, Maquia : When the promised Flower blooms nous met en réalité face à nos questionnements d'adulte et nos choix de vie. Il se permet même une distanciation philosophique qui renforce encore plus notre attachement à l'héroïne et nous donne envie de la retrouver une prochaine fois, ailleurs, sous d'autres cieux, pour continuer sa longue aventure.

Au final, Maquia : When the promised Flower blooms, s'il n'est pas un chef-d'oeuvre, n'en reste pas moins un film à découvrir absolument parce qu'il marque probablement la naissance d'une réalisatrice avec laquelle il faudra compter sans aucun doute. Perfectible sur la forme, bouleversant sur le fond, le film nous montre qu'une alternative aux auteurs établis existe bel et bien et qu'elle a énormément de choses à nous raconter de la plus belle des manières. Chic alors !

 

photo Maquia

 

Résumé

Si Maquia pêche par un scénario qui précipite ses événements et sa narration, le reste est un quasi sans faute. Attachante, bouleversante, émouvante, la petite Iolph hantera longuement votre esprit et votre coeur après le film.

commentaires

dojo
03/07/2019 à 19:04

bonjour savez vous ce que voulez maquia quand elle dit a la fin je suis sur qu'on se reverra a ariel agé,

fax
01/07/2019 à 18:49

C'est une très belle oeuvre en effet.
L'histoire est touchante, et on s'attache rapidement aux différents personnages.
J'avoue que j'ai eu les yeux rouge humide à la fin du film ;)

Poulet
01/07/2019 à 13:31

Je l'attendais depuis un moment ce film. Vous confirmez la bonne impression que j'ai eu en voyant la bande annonce. Je le verrai dans les prochains jours. Merci pour la critique.

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