Velvet Buzzsaw : l'art de la critique

Alexandre Janowiak | 1 février 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 1 février 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après avoir dénoncé avec minutie la course à l'actualité et l'infotainment dans son excellent Night Call, le réalisateur Dan Gilroy retrouve Jake Gyllenhaal et Rene Russo dans son nouveau long-métrage Velvet Buzzsaw. Porté par un casting impressionnant, le film Netflix a été présenté lors du Festival de Sundance 2019 quelques jours avant son arrivée sur la plateforme. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est plus qu'étrange.

ART : ORIGINE INCONNUE

Morf Vandewalt (Jake Gyllenhaal) est le plus célèbre critique d'art contemporain de Los Angeles et des États-Unis tout court. Alors qu'il découvre les nouvelles oeuvres présentées au Art Basel de Miami, une immense palette de personnages gravite autour de lui. L'ancienne rockeuse punk qui tient une galerie d'art Rhodora Haze (Rene Russo), la conservatrice Gretchen (Toni Collette), les artistes Piers (John Malkovich) et Damrish (Daveed Diggs), la jeune réceptionniste Coco (Natalia Dyer) et surtout Josephina, l'assistante de Rhodora et conquête de Morf.

C'est la découverte artistique de Josephina (Zawe Ashton) qui va enclencher le récit. Lorsqu'un de ses voisins décède, elle trouve une série d'oeuvres d'art macabres signées d'un certain Deaser, qui pourraient bien relancer la galerie d'art tenue par sa patronne. Alors que le monde de l'art embrasse cette trouvaille, ces oeuvres détiennent cependant un mystère insondable. Elles semblent vivantes et à l'origine du déluge de cadavres qui sévit depuis leur découverte.

 

 

FAR FROM MASTERPIECE

Velvet Buzzsaw se présentait comme un thriller artistique plongé dans le genre horrifique et aux portes du slasher. Au visionnage, aucun doute, le film de Dan Gilroy est bien les trois en même temps. Pourtant, le film ne trouve jamais le souffle jouissif, l'atmosphère angoissante ou la terreur saisissante qui confinent à chacun d'entre eux.

À quelques exceptions près, le long-métrage manque réellement de vigueur. Après une entrée en matière peu entraînante, Velvet Buzzsaw prend un peu de vitesse lors de la découverte de ces étranges oeuvres. Cependant, le cinéaste n'arrive jamais à créer un véritable suspense dans son métrage et le mystère posé tombe vite dans une formule classique lorsque les morts se multiplient. Les exécutions artistiques sont un peu limitées et expédiées malgré une mise en scène plutôt inspirée dans l'ensemble.

L'écart de traitement (ou d'approfondissement) des nombreux personnages provoque également la présence d'intrigues secondaires sous-développées. Des stries dont le film se passerait bien au coeur de son récit hétéroclite déjà bien sous-rythmé.

 

Photo Toni ColletteQuid du véritable intérêt du personnage de Toni Collette

 

Au-delà de l'horreur, et on pouvait aussi le déceler dans la bande-annonce du film, Velvet Buzzsaw se veut une critique acerbe du monde de l'art. Sur ce point-là, à quelques diatribes près, le long-métrage manque cruellement de propos. Avec des petites boutades aussi caricaturales que celles où un tas de sacs poubelles posé au milieu d'une pièce est pris pour une oeuvre d'art, la critique du marché de l'art proposée par le long-métrage ressemble plus à du bavardage bien vain qu'à une tribune réfléchie et mordante.

Loin d'être un film véritablement terrifiant et angoissant ou d'être une oeuvre incisive sur l'art contemporain, Velvet Buzzsaw se révèle en revanche profondément drôle lorsqu'il s'amuse à parodier la critique elle-même.

 

Photo Rene Russo, Jake GyllenhaalLes deux personnages les plus captivants du film

 

L'ART DE JOUER

À travers le personnage de Morf Vandewalt, le troisième film de Dan Gilroy joue brillamment avec les codes de la critique et offre quelques scènes particulièrement cocasses. À l'image de ce moment où le personnage de Jake Gyllenhaal, absorbé par son métier et une insatisfaction permanente du tout, en vient, naturellement, à critiquer le cercueil d'une des victimes du massacre lors d'un enterrement. C'est dans cette satire du critique et globalement dans ses multiples passages comiques (le running-gag mortel de Coco incarnée par Natalia Dyer de Stranger Things) que Velvet Buzzsaw est le plus efficace et percutant.

La richesse des décors et des oeuvres exposées sont également de jolis atouts dans la besace de Velvet Buzzsaw, qui doit surtout ses plus grandes qualités aux prestations du toujours excellent Jake Gyllenhaal et de la trop rare Rene Russo. La mise en scène de Gilroy est, elle aussi, souvent inspirée à l'instar des superbes plans où les tableaux prennent vie (les singes de Billy Magnussen, cette main fugace, ce feu mouvant...). Dommage que le cinéaste succombe parfois à des procédés artificiels (une caméra qui passe dans une coupe de champagne) pour se donner un faux style branché.

 

Affiche

Résumé

À la fois oeuvre horrifique et thriller farfelu, satire de la critique et caricature du monde de l'art, Velvet Buzzsaw est un OVNI dont les éléments n'arrivent jamais vraiment à cohabiter. En résulte, un film captivant, étrange et drôle par instants ; fade, brouillon et artificiel à d'autres. Seuls Rene Russo et Jake Gyllenhaal sont toujours parfaits.

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Lecteurs

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commentaires
Ju
09/02/2019 à 00:05

Malheureusement... Même si j'adore le casting, le film manque de consistance. N'est pas Lynch qui veut ! Il manque cette hauteur psychique arrogante et perverse mais extrêmement subtile et complexe du monde de l'art pour crédibiliser l'intrigue. Tout se décode comme dans un dessin animé pour enfant. Mais bon j'ai passé un bon moment. C'est dur de faire un film en voici encore un exemple.

KLM
05/02/2019 à 00:08

A ce que je vois, y'en a toujours qui, lorsque confrontés à des avis différents, cherchent des étiquettes ou des raisons. Au lieu de simplement se dire, "Tiens quelqu'un a un avis différent du mien, c'est la vie"

Le Caribou
04/02/2019 à 23:32

A ce que je vois les mignons d'écran large déteste toujours autant ce qui passe sur Netflix (@Sanchez un navet ? Serieusement, vous savez vraiment ce qu'est un navet au moins ?)...
Je ne vais pas m'étendre avec une déclaration ampoulée. C'est un bon film, avec un bon rythme et un côté grinçant nécessitant un minimum de recul (et donc ne servant pas tout sur un plateau). La fin est particulièrement réussie et je ne parle pas seulement de John Malkovich faisant la ballerine sur la plage, mais du dernier tableau).

Sanchez
04/02/2019 à 14:47

Un vrai navet sans aucun rythme, des personnes digne des scketchs des inconnus, ne parlons pas des scènes horrifiques qui m’ont rappelé le Hantise de ian de bont. Du cynisme à 2 balles pour un nouveau ratage Netflix

Stridy
02/02/2019 à 08:08

Ca fait trop plaisir de revoir Rene Russo.

CG
01/02/2019 à 17:59

Votre article, j'trouve résume assez bien le sentiment général.
J'ai eu vraiment l'impression d'une œuvre inachevée.
Tout est superficiel, même le traitement de personnage, je me suis à un moment demandé si ce n'était pas fait exprès car Gilroy nous présente que des défauts, t'as pas envie de t'attacher à eux (excepté pour Gyllenhaal) à la manière de la superficialité du monde de l'art capitalisé. Alors que dans NightCall, Gilroy avait fait un travail sur Jake de malade, on le comprend et on vient à se dire, qu'il fait ça par passion (et non qu'il est fou).
Ce style de film californien, je le sais que ça va décevoir. T'as l'impression que c'est des bobos à la réalisation qui ont envie de parler de leur environnement, une sorte de journal intime d'un pré-adulte. Under the Silver Lake, c'était le même sentiment inachevé ou non maitrisé.
Il y a tellement de choses à redire sur ce film, et la déception est réelle, ce film avait vraiment un bon pitch..

sylvinception
31/01/2019 à 17:37

@coucou, c'est nous ?

Alexandre Janowiak - Rédaction
30/01/2019 à 15:38

Salut @coucou,

oui en effet petite erreur dans les liens hypertextes qui ont fait un petit raccourci. On corrige, c'est bien Daveed Diggs (excellent dans Blindspotting d'ailleurs) qui joue dans le film ;)

Coucou
30/01/2019 à 15:25

Petite erreur concernant l'interprète de Damrish, non ? C'est pas plutôt Daveed Diggs ?

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