The House That Jack Built : critique qui sent la viande

Simon Riaux | 19 mai 2020
Simon Riaux | 19 mai 2020

The House that Jack Built, ce soir à 20h40 sur OCS Choc

Un tueur en série mégalomane, incarné par l'incroyable Matt Dillon, s’efforce d’assassiner gaiement, tout en bâtissant la maison de ses rêves. C’est ce point de départ dont use Lars von Trier pour se livrer à un exercice d’autoportrait décapant, aux formes et thématiques aussi troubles que passionnantes dans son The House That Jack Built, présenté en hors-compétition au festival de Cannes 2018 (sept ans après Melancholia et avoir été déclaré persona non grata sur la Croisette).

MORT DU RIRE

Depuis Antichrist, Lars von Trier a achevé sa mue de cinéaste techniciste, véritable métronome, maîtrisant aussi bien la rythmique de courtes séquences chocs, que le tempo profond et lancinant d’œuvres-mondes (Nymphomaniac). Curieusement, c’est précisément ce qui semble initialement pécher dans The House That Jack Built.

Dès le premier mouvement, à l’issue duquel une sardonique Uma Thurman apprend à roter ses dents à coup de cric, on sent ici et là des dissonances. Tel plan trop long, telle transition précipitée… Comme si soudain, la mécanique d’esthétisation à l’extrême cahotait, comme si le réalisateur n’avait plus la force, ni l’énergie pour alimenter une partition aussi ambitieuse.

Certains segments, celui du nettoyage intempestif comme celui de la chasse, souffrent même d’un comique de répétition atone, voire mollasson. L’effet est délétère et pourrait abimer terriblement la narration. Mais Lars von Trier a plus d’un tour dans son sac. Plutôt que de penser son récit comme un énième bras d’honneur à ses détracteurs, ordonné selon une logique ironique, conçue pour rappeler ses errements misogynes ou les polémiques qui ont émaillé sa carrière, il fait de ces questionnements le moteur même du récit et la source de son déséquilibre.

 

Photo Uma Thurman, Matt DillonC'est ce qu'on appelle démarrer son film sur les chapeaux de roue...

 

KILLER INSTINCT

En effet, le scénario ne se contente pas de nous confronter à la voix intérieure de Jack, meurtrier vantard, terrifié autant qu’obsédé par les femmes, enivré de ses propres conceptions fumeuses sur l’art et la prédestination. L’auteur préfère sonder sa progressive perte de contrôle, alors qu’au tournant de sa vie, le serial killer croise un mystérieux individu prénommé Verge (Bruno Ganz), qui entreprend de le révéler à lui-même.

 

Photo Matt Dillon, Bruno Ganz

photoCoucou Delacroix !

 

Ainsi, le métrage alterne fulgurances plastiques, citant Delacroix, Dante ou Johann Heinrich Füssli, et passages beaucoup plus crus, au numérique baveux et aux cadrages plus lâches. Alterner ainsi scènes ultra-explicatives et délires visuels entrecoupés de dissertations verbeuses devrait atomiser totalement le récit. Et miraculeusement, Lars von Trier, à la manière d’un joueur virtuose, rattrape précisément le spectateur quand celui-ci se croit sur le point de sombrer.

Au fur et à mesure que le récit se déploie, on apprécie ainsi avec von Trier de jouer à ce jeu du chat et de la souris thématique. Nous invite-t-il à nous vautrer dans le nihilisme bas du front de son héros ? Constate-t-il sa médiocrité ? Se jette-t-il aux pieds de ses adversaires ou leur offre-t-il un diabolique baiser de la mort ? Toutes ces hypothèses s'affrontent alors que Jack échoue encore et toujours à accomplir ses rêves, transformant ses expérimentations architecturales en grotesques massacres, tour à tour vomitifs et dangereusement orgastiques.

 

photo, Matt DillonCes gens qui gardent leurs chaussettes pendant la mort...

 

KILL ME I’M FAMOUS

Pour inconfortable et irrégulier qu’il soit, The House That Jack Built mute en un exercice d’auto-analyse passionnant. Le réalisateur n’hésite pas à penser contre lui, se représenter comme un odieux salopard en pleine folie des grandeurs, un sophiste à la mauvaise foi meurtrière. L’exercice est périlleux mais passionnant, faussement cynique et parfois vraiment hilarant.

Le film eût-il été plus libre et furieux si von Trier n’avait pas dû s’inquiéter de sa réception ? Probablement. Est-il la grande œuvre d’un artiste au sommet de sa forme ? Sans doute pas. Mais c’est parce qu’il use de ses limites comme autant d’ingrédients et de données de sa féroce proposition, qu’il parvient à surprendre et à hypnotiser.

 

photo, Matt DillonSi Jack vous lance ce regard... vous êtes mal barré

 

In fine et quand bien même il le traite avec tendresse, cet assassin minable, ce découpeur à la petite semaine, c’est le cinéaste lui-même, et tout un pan de la culture occidentale. Troublant, volontiers gore et vulgaire, Jack (Matt Dillon, brutal funambule) est un précipité solide de son époque, réalisant soudain qu’elle a outrepassé sa date de péremption.

Pour la première fois, la misanthropie de l’artiste semble appeler sa propre transcendance, comme en témoigne une conclusion à la fois grandiose et malicieuse, qui s’amuse jusque dans ses ultimes images des notions d’abandon et de châtiment.

 

Affiche

Résumé

Si certains segments du récit sont un peu trop inégaux, cet autoportrait radical et ravagé recèle quantité d'idées et de passionnantes mises en abyme.

Autre avis Alexandre Janowiak
Avec The House That Jack Built, Lars von Trier livre une perle cynique totalement jouissive et d'une cruauté étourdissante. C'est terriblement barbare, violent, politiquement incorrect, dérangeant mais étonnamment drôle ; en plus d'être une réflexion sur l'art, l'idée de création et finalement un autoportrait passionnant de LVT lui-même.

commentaires

Nico1
20/05/2020 à 13:04

Cynisme de pacotille, creux,vain, insupportable et plastiquement immonde Lars von Trier ne s'intéresse qu'à Lars von Trier dans ce film d'une vanité crasse.

beyond
20/05/2020 à 10:27

Je ne comprendrais jamais pourquoi Matt Dillon n'a pas eu une plus grande carrière. A moins qu'il ne se soit sabordé par son comportement..

Gregdevil
19/05/2020 à 20:46

Vu en Vost. Bon film, très barré dans le style, la fille joué par Uma ma grave gavé pourtant.
Tellement dérangeant et direct, la scène du camping est horrible et malsaine. Mais bon fau passer au-dessus et voir au-delà de la forme.
Dillon est impeccable.
Bon les femmes du métrages sont en général très teubé, mais ça passe.
Lars est un provocateur, mais il le fait tjs en nous faisais réfléchir sur notre société. Bravo.

Chris
30/03/2020 à 13:39

C'etait un plaisir de retrouver enfin Matt Dillon dans un bon rôle, le film est bon et puis patatra la fin arrive, quelle catastrophe cette fin de film, à réserver aux croyants sans doute, en tout cas moi j'ai détesté vers quoi le film à été dans sa conclusion, vraiment pas le genre auquel j'adhère.

Tom’s
30/03/2020 à 12:38

@ sylvainception tu soulève un problème avec le cas Uma Thurman !! Ça me fout les boules de voir ces actrices mythique (thurman/kidman) tombé dans la dérive chirurgicale (bien qu’ultra retouché et visible sa bouche ... Kidman reste expressive souvent fascinante.) le pire est qu’elle n’en n’ont pas besoin ou ne le font pas de la bonne manière à la française j’ai envi de dire. Thurman as un visage si atipique reconnaissable au 1er regard que la moindre modification se voit trop, les Yeux il est évident qu’elle as fait ce qu’on appel une blepharo plastie commun en ophtalmologie quand la peau des paupières supérieures tombe et peu barrée là champ visuel.. donc au Us s’en servent pour redonner un regard frais ce qui marche bien mais couplé au Botox + injection dans les pommettes dénature son visage d’origine c’est là je m’intérroge sur les névrose de ces femmes hyper exposé et visiblement mal conseillé .. 2 exemple qui je trouve sont les bons : Sharon Stone 62 ans ce mois ci résiste à l’inverse de toutes a la grosse chirurgie genre lifting qui pourrait changé la perception de sa beauté d’origine. Perso je la trouve d’une intelligence, elle as tout compris . Ensuite Michelle Pfeiffer y as cédé il y’a 3ans j’avais un doute, mais confirmé seulement il apparait D’une subtilité au point de douter mais confirmé par Maleficent 2, le truc est tellement bien fait en gérant ce qui trahit souvent le truc les oreilles qui souvent se positionne bizarre avec la mâchoire je le vois direct: Kim Basinger est méconnaissable car c’est fait à la truelle je pense on n’est pas prêt de la revoir dans un film valable le dernier étant 50nuances ou justement elle y apparais trop changé. Bref un dossier en soit. L’image et les expressions est ce qu’on perçoit d’elle en 1er Elle devrait toutes y réfléchir à 2fois avant d’y aller .

Dirty Harry
29/03/2020 à 22:50

Le Pendant masculin à "Nymphomaniac" où comment s'enfoncer dans son vice sans jamais relever la tête.
De mon coté j'ai bien rigolé (Uma Thurman est génialement exaspérante) et le rythme m'a apparu très bon. Dillon avec son imperméable de pedophile allemand et ses ambitions toutes pétées est aussi pathétique que repoussant tout en étant attendrissant (on a presque envie de l'aider dans son projet mais c'est le genre de gars à se tirer une balle dans le pied donc voilà...!). Et cette scène finale parodie de scène Hitchockienne mais dans l'au-delà...top !
Vivement le retour de Lars il manque beaucoup trop au cinéma...je me souviens qu'il avait été déçu que seulement 100 personnes aient quitté la salle, choqués, durant la projection. Il aurait répondu : "la prochaine fois j'en fait quitter 300 !" MDR.

Bob nims
29/03/2020 à 21:07

Excellent film de lars a voir absolument

sylvinception
18/10/2018 à 11:08

D'accord avec @satan lateube, surtout pour l'immense et trop sous-estimé Kevin Bacon, mais soyons réalistes, ça n'arrivera malheureusement jamais - pas plus que pour Dillon d'ailleurs.

Fin du HS. Et je pensais qu'Uma Thurman ferait partie des rares belles actrices à pouvoir résister au liftage de tronche, visiblement c'est pas le cas. Fin du 2e HS.

LJK
17/10/2018 à 10:21

@FredDoBrasil
On ne compare pas et analyse deux époques lointaines avec juste un seul échantillon.

Et puis c'est à se demander si vous ne vivez pas dans une grotte.
Aujourd'hui, n'importe quel ado a déjà vu seins et vagins en quantité industrielle depuis un écran. Vous pensez sincèrement qu'un ado des année 1800 en ait autant vu depuis quelques tableaux ?

Satan Lateube
17/10/2018 à 09:12

L'Académie des Oscars se décidera-t-elle enfin un jour à donner la statuette au grand Matt Dillon ?? (et puis à Kevin Bacon aussi mais je suis un peu HS)

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