Le Bon Apôtre : critique sacrificielle

Simon Riaux | 14 octobre 2018 - MAJ : 14/10/2018 23:34
Simon Riaux | 14 octobre 2018 - MAJ : 14/10/2018 23:34

Révélé par The Raid et The Raid 2 : BerandalGareth Evans revient ici sous la bannière Netflix, avec un projet très éloigné des deux films d'arts martiaux qui l'ont fait reconnaître. Ce Bon Apôtre mené par Dan Stevens renoue avec tout un pan de son héritage gallois, qu'il muscle d'influences beaucoup plus contemporaines. Reste à savoir si Netflix était la bonne crémerie pour fabriquer cette tarte aux tripes.

LA FÊTE DE LA VIANDE

Après être longtemps passé pour mort aux yeux de sa riche famille, Richard (Dan Stevens) réapparaît afin de retrouver sa soeur. Enlevée par les membres d'une secte retirée sur une île, elle est retenue contre rançon. Manifestement peu enclin à signer un chèque ou faire usage de la diplomatie, le jeune homme se fait passer pour un converti et rejoint la petite communauté.

 

photo,  Dan StevensDan Stevens n'est pas là pour papouiller son prochain

 

Voilà pour le point de départ de notre récit, qui ne tarde pas à multiplier les appels du pied à quantité de créations diverses et variées. Les passerelles avec The Wicker ManBlack DeathL'Homme des hautes plaines, La Chair et le sang se multiplient rapidement, Gareth Evans les assumant toutes frontalement. Il faut dire que depuis The Raid 2 : Berandal, le cinéaste n'a rien perdu de son énergie, laquelle lui permet de mener ce récit, pas foncièrement original avec une hargne peu commune.

Et durant sa première heure Le Bon Apôtre gagne en puissance avec aisance, maîtrise, voire élégance, alors que son mystère s'épaissit. L'inquiètant Frère Malcolm (Michael Sheen), dévore l'écran, tour à tour berger et loup, tandis que le charisme brut de Stevens nourrit efficacement l'urgence de la narration. Enfin, Evans sait réinvestir les stéréotypes de l'horreur communautaire, de l'angoisse Lovecraftienne et du paganisme avec une joie ludique aussi évidente que communicative.

 

première photoUn culte faussement innocent

 

Ainsi, arrivé au milieu du film, lorsque tout ce petit monde commence à gaiement se massacrer pour la maîtrise d'une situation qui transformera l'ensemble des protagonistes en pains de viande disjoints, on retrouve la patte du metteur en scène, parfaitement à l'aise avec une violence tantôt organique, tantôt cartoonesque.

Et les premiers débordements gorasses de satisfaire pleinement, comme si Gareth Evans était parvenu à trouver un point d'équilibre idéal entre horreur poisseuse, thriller victorien et baston bourrine.

 

photoDan Stevens et Michael Sheen

 

SACRIFIST HUMAIN

Jusqu'à ce que le métrage ne s'écroule finalement sous le poids d'un scénario dont on peine à croire que quiconque l'a relu avant de le mettre en production. S'étalant sur deux heures, Le Bon Apôtre était pourtant un projet que son ADN et la vigueur juvénile de son réalisateur destinaient à une durée avoisinant les 90 minutes.

Par conséquent, on se lasse rapidement des innombrables allers-retours entre les trois (jolis) décors que compte le film, tout comme les soubresauts psychologiques des personnages deviennent progressivement source d'embarras. On comprend mal comment Quinn passe de butor demeuré à leader masculiniste, tandis que la sous-intrigue de Jeremy et Ffion (ça ne s'invente pas) s'embourbe dans un didactisme stérile. Il ne reste guère que le magnétisme diaphane de Lucy Boynton pour accrocher le spectateur en déroute.

 

PhotoAttention, il y a 2/3 rituels qui piquent un peu

 

Le même traitement, amphigourique et dilaté, est appliqué à la violence. De ressort efficace de l'horreur, elle se transforme progressivement en festival de complaisance malvenue, qui parasite jusqu'au discours du film, sorte de charge contre le patriarcat que son manque de subtilité rend contreproductif.

En témoignent plusieurs séquences de torture, inutilement longues et douloureuses, où l'inventivité du metteur en scène se dilue en effets de styles immatures et grotesques. Au final, c'est bien la méthode Netflix qui montre une nouvelle fois ses limites, tant le film échoue à magnifier ses qualités  propres, tout comme il laisse en jachère sa seconde moitié, étouffée par des scories scénaristiques grossières.

 

Affiche

Résumé

Après une première heure séduisante et intense, ce Bon Apôtre perd la foi et s'écroule totalement. La faute à un scénario qui ne sait pas quoi faire de ses enjeux et influences, comme si personne ne s'était inquiété de cadrer un auteur doué mais dispersé.

Lecteurs

(2.8)

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commentaires

Louch29
01/06/2019 à 10:35

Nul !!!

Miss
22/10/2018 à 22:44

J'ai pas tout compris...

MichMich
21/10/2018 à 09:42

Une déception Netflix de plus, c'est rageant, y a un peu de budget et quelqu'un d'intéressant derrière la caméra mais t'as envie d'éteindre après 1h de métrage. L'acteur principal est très mal dirigé c'est pas possible de jouer comme ça aujourd'hui, l'histoire s'enlise très vite dans le nawak et se complait dans le gore inutile car le contexte est bien trop faible. Oui c'est rageant car les promesses du pitch et Michael Sheen pouvaient laisser espérer un bon petit thriller gothique à mon sens.
Bref, à fuir.

Le Caribou
18/10/2018 à 23:42

Mouais bof, comme d'habitude je suis en total désaccord avec ce site qui n'a jamais l'air de trop savoir ce qu'il veut, surtout devant un film aussi cohérent avec lui même.
J'ai adoré. De la première image à la dernière, ce film plonge dans une atmosphère faisant fi de l'aseptisation énervante et constante du cinéma actuel. La photographie est par ailleurs excellente et la réalisation ultra-maitrisée (ce qui rend au passage les commentaires type "ce film est une merde" absolument risible). Bien que ce ne soit pas parfait (scènes d'action violente à rallonge), le résultat hisse le film bien au-dessus du statut de "petit film du vendredi soir" au profit de film Netflix (produit et non réalisé par la plateforme) n°1 du mois easy (accompagné du très agréable mais surjoué Errementari).

Manu4551
18/10/2018 à 22:02

Rien a dire de plus... Ce film est une merde. Courses fois on dirait plus belle la vie version gore tellement c'est mal joué.

MystereK
17/10/2018 à 20:55

@Gmou

"Vous ne prenez pas "ce qui existe", vous prenez ou vous ne prenez pas. "

Nannnn... Vous prenez ce qui existe, parce que si ça n'existe pas, vous pouvez pas le prendre... Ou alors vous le produisez et vous avez de l'influence sur le produit, mais comme en l'occurence "ils ont pris quelque chose d'existant, il n'ont pas eu d'influence dessus et on ne peut pas dire que c'est un film Netflix comme il est dit ici plusieurs fois. C'est juste un film distribué par Netflix mais pas un film Netflix... Cela ne peut pas être autre chose quelque soit la position de Netflix, il n'ont pas injecté de l'argent dans le produit lors de sa production, ils ont acheté un produit fini, déjà écrit.

Après, si vous voulez pas, vous prenez pas, c'est clair, mais le film existait et il a été acheté, pas produit par Netflix. Faut pas tout mélanger.

J.Pinkman
17/10/2018 à 17:47

Encore une fois (en désaccord avec vous) ^^.

Très bon film.

Alors il est vrais, le film a quelque scène au rythme lent (comme c'est autres long métrage), mais trés franchement ce n'est rien tant j'était a fond dans l'intrigue, et que l'univers me fasciner. Plus je regarder, et plus j'avais envie de découvrir tout les secret de cette petite île. L'ambiance est aussi un gros plus je dois dire.

Et je dois avouez que le film va de surprise en surprise, tout d'abord le genre en lui même. Du Thriller d'horreur a du drame, au séquence purement horrifique (tout droit sortie d'un Silent Hill), a l'action hyper nerveuse (mais TOUJOURS lisible), d'Evans.

Et de ce point de vu la, Gareth Evans n'a clairement pas perdu la main. La vache le mec te donne toujours des scène visuellement sublime, que ca soit lors de déchaînement de violence (le plan de la croix en feu...whoo, le combat Quinn/Jeremy). Ou bien des plan plus onirique (la fin).

Le mec a clairement pris du galon depuis les The Raid (niveau technique et en tant que conteur aussi), il maîtrise bien plus de chose.

Le casting est excellent, rien a jeter de se coter la. Que ca soit l'excellent Dan Stevens (Legion), le toujours trés charismatique Michael Sheen (Masters Of Sex), et la jolie découverte Lucy Boynton, que je connaissait que trés peux.

L'équipe technique a fait un superbe boulot, que ca soit la photographie ou L'OST, un superbe travaille de se coté la (la même team du réa depuis Merantau).

Bref trés bonne surprise, un film de genre superbement bien exécuter, et qu'on voudrait voir plus souvent (en tout cas, qui soit d'aussi bonne qualité). Que les portes du cinéma accueille a bras ouvert G.Evans...

Non car j'aurais cru qu'avec les The Raid il aurait eu sont ticket d'entrée. Et au final, il la pas forcément eu non plus (c'est cool Netflix, mais j'aimerai que les grand studio lui ouvre c'est portes aussi).

Dans tout les cas, si il préfère restez sur ce terrain, et qu'il continue de faire CE QU'IL LUI PLAIT....AMEN mon pote !

4/5

T-Rex
17/10/2018 à 02:00

C'est un bon ptit film de genre. Ne serait-ce que pour son originalité, son univers et sa mythologie. Oui on peut trouver le jeu des acteurs parfois "too much" mais j'ai trouvé cela cohérent avec l'ensemble (scénario et visuel) car c'est un film assez "malade" dans l'ensemble, étrange, gore et généreux, pas mal influencé par certains jeux vidéo comme le faisait remarquer un commentaire précédent (on pense à Resident Evil 4 et Evil Within notamment). Il vaut bien 7/10 selon moi.

Simon Riaux - Rédaction
15/10/2018 à 12:45

C'est effectivement un peu passé inaperçu.

Tom's
15/10/2018 à 12:25

ok merci pour ces précisions Simon. Sinon j'aurais voulu des infos concernant Mosaic de soderbergh j'attendais ca de pied ferme pour le come back de sharon stone qui est formidable et apparait dans 2 episodes et mme pas un emmy pour le role;j'aimerais savoir si ca as marché ou pas car j'ai l'impression c'est passé un peu inaperçu

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