Psychokinesis : critique révoltée

Christophe Foltzer | 26 avril 2018
Christophe Foltzer | 26 avril 2018

Sorti en 2016, Dernier train pour Busan avait calmé tout le monde et particulièrement les fans de World War Z. Forcément, on attendait au tournant le nouveau film de Yeon Sang-Ho. Et avec Psychokinesis, disponible sur Netflix, il s'attaque à un genre très différent.

MON PERE, CE SUPER-HEROS

Que les super-héros dominent le monde du divertissement, ce n'est un secret pour personne et c'est visiblement fait pour durer tant le public en redemande. Mais tandis qu'Hollywood se contente le plus souvent de transpositions de comics, se vante d'un discours parfois audacieux pour au final nous abreuver de twists dignes d'un soap-opera, les autres cinémas prennent le genre plus à bras le corps et en profitent régulièrement pour s'amuser avec ses codes, voire le remettre en question. Voire même l'utiliser et le détourner pour parler de tout à fait autre chose.

 

Photo Psychokinesis

 

Comme Dernier Train pour Busan, Psychokinesis s'attaque à un genre populaire (les super-héros donc) pour raconter une histoire familiale et populaire comme seuls les Coréens en sont capables. Et ici, point d'Origin Story ou de mecs en collant, mais un type un peu pataud, agent de sécurité lâche et loser qui, après avoir bu l'eau d'une source contaminée par une matière extra-terrestre, se découvre des pouvoirs hors du commun. Et ça tombe bien puisque son ex-femme et sa fille qu'il n'a plus vu depuis 10 ans risquent d'avoir besoin de lui alors qu'elles s'opposent à la transformation de leur restaurant de poulet en galerie marchande destinée aux touristes chinois.

La grande force du cinéma coréen moderne a toujours été de mixer les genres pour constamment nous surprendre. Qu'on se rappelle Memories of Murder avec son intrigue on ne peut plus terrible et dramatique, menée par des flics incompétents et ridicules, ou encore Old Boy et son histoire tragique toute empreinte d'un second degré bien mordant. Bref, le cinéma coréen brouille toujours les pistes et c'est l'un des raisons pour lesquelles on l'aime autant. Et c'est évidemment de nouveau le cas avec Psychokinesis.

 

Photo Psychokinesis

 

SUPER POUVOIRS...

Il apparait évident dès les premières minutes que le film ne nous racontera pas une histoire de super-héros classique mais se servira de son postulat pour nous emmener sur un tout autre terrain. En effet, le parcours initiatique du loser qui devient une figure de légende est totalement passé à l'as, le coeur de l'histoire se trouvant dans l'opposition entre une petite communauté et une grande corporation ultra-puissante. C'est donc à une critique en règle de l'ultra-libéralisme et des transformations actuelles de la Corée du Sud que nous assistons avec une description au vitriol d'un système qui avance masqué pour mieux anesthésier les citoyens..

Qu'il s'agisse des attaques violentes pour déloger des personnes jugées indésirables, de la manipulation des médias officiels pour transformer un événement en terreur collective, ou encore de la corruption de la police, tout y passe, dans la joie et la bonne humeur. Parce que le film est drôle, très drôle. Typique du cinéma Coréen, toujours à la limite du cartoonesque. Et voir notre héros se tordre dans tous les sens, grimacer à s'en déformer le visage pour fermer un verrou de porte par télépathie fait son petit effet.

 

Photo Psychokinesis

 

...MAIS GROSSE FAIBLESSE

Malheureusement, Psychokinesis a un gros défaut : il veut trop en faire et hésite sur l'histoire qu'il veut raconter. Si la première partie, sur l'individu fonctionne très bien d'un point de vue dramatique, pose des enjeux clairs amenés à être développés plus tard, la seconde partie abandonne ses précédents acquis au profit d'une dénonciation de la corruption. C'est un peu dommage parce que, du coup, nos personnages principaux n'évoluent plus du tout alors qu'ils étaient bien partis pour connaitre un joli parcours. Il faut donc accepter ce changement de cap à mi-parcours pour vraiment apprécier le film dans sa globalité. Mais une fois que c'est fait, le spectacle est à la hauteur.

 

Photo Psychokinesis

 

Si Psychokinesis n'enchaine pas les grosses scènes d'action, tous ses moments fantastiques sont gérés d'une main de maître, même si les effets visuels sont un peu limites par instants. La manière dont sont amenés les pouvoirs est subtile, dramatique ou drôle, voire tout à la fois, les morceaux de bravoure impressionnent et fourmillent d'idées et son explosion finale vaut clairement le détour.

En tant que film de super-héros, Psychokinesis rate le coche. Mais en tant que film grand public, divertissant et très, très critique vis à vis du système, il est une réussite. Pas aussi impressionnant que Dernier Train pour Busan, certes, mais bien plus incendiaire dans le fond social qu'il exploite, rappelant même par moments le cinéma de Stephen Chow. On aimerait d'ailleurs que tous les producteurs et distributeurs français regardent ce film sur Netflix pour comprendre que le vrai cinéma populaire existe, qu'il peut être de qualité, sans prendre son spectateur pour un imbécile. 

 

Affiche

 

Résumé

Bancal et imparfait dans sa construction, Psychokinesis rate sa cible mais demeure un spectacle réjouissant et impressionnant, en plus d'un constat terrible sur l'évolution de la société Coréenne. A voir sur Netflix.

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commentaires

niklapolis
27/04/2018 à 20:04

Yeon Sang-Ho et Romero même combat.

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