Carnivores : critique vengeresse

Geoffrey Crété | 28 mars 2018
Geoffrey Crété | 28 mars 2018

Derrière Carnivores, il y a Jérémie et Yannick Rénier, deux demi-frères acteurs qui s'essayent pour la première fois à la réalisation avec un thriller sur la relation tordue entre deux sœurs actrices. Leïla Bekhti y incarne une jeune femme qui vit dans l'ombre de sa sœur actrice de renom (Zita Hanrot), jusqu'à ce que la chose prenne évidemment une sale tournure. Un programme a priori bien fade, mais se révèle pourtant plutôt très intrigant.

SŒUR PARTAGERAIT APPARTEMENT

Au démarrage, Carnivores ressemble à un film déjà vu mille fois, quelque part entre un Hollywood Night et JF partagerait appartement avec une très vague pincée d'Eve, le grand classique de Mankiewicz : une jeune femme effacée et serviable, qui vit dans l'ombre de sa célèbre et caractérielle petite sœur actrice, rêve de lumière. Un point de départ qui appelle immédiatement une série de situations éculées, de la petite humiliation à l'épanouissement jusqu'à l'inévitable basculement de pouvoir.

Pour le premier film qu'ils signent comme réalisateurs et scénaristes, les demi-frères Rénier s'inscrivent donc clairement dans un certain type de thriller psychologique très balisé. Avec un risque évident : reproduire une formule vieillotte sans aucune autre ambition que d'emballer un exercice de style au service des actrices, aisément servies par des rôles tordus et complexes. Ceci dit et accepté, Carnivores se révèle moins plat que redouté, avec quelques sorties de route fort intrigantes.

 

Photo Leïla BekhtiLeïla Bekhti 

 

MA SŒUR EST ACTRICE

Carnivores est un film qui emprunte différents embranchements. Tout commence sur des rails bien droits, pour une plongée aussi amusante qu'ordinaire dans les coulisses d'un tournage, avec son réalisateur un peu fou et son actrice un peu folle. Puis, un premier à-coup, aussi brutal que significatif pour le déroulement de l'intrigue. Puis, un autre, qui permet à l'histoire de bifurquer à nouveau.

 

Photo Zita Hanrot, Leïla Bekhti

 

C'est grâce à cette mécanique que le duo Rénier empêche le film de sombrer dans un circuit trop facile et attendu. Si la plupart des motifs prévus au programme, et attendus par le spectateur un minimum adepte du genre, seront bien au rendez-vous, les réalisateurs les assemblent avec suffisamment de malice, de sobriété et d'efficacité pour que la machinerie soit plaisante. Le récit glisse ainsi vers une tonalité particulièrement étrange et inquiétante dans une dernière partie qui flirte avec les codes du film d'horreur, prenant un malin plaisir à désarçonner celui qui se sera senti dès le debut en territoire conquis et connu.

Sans surprise, Carnivores souffre de défauts souvent attachés aux premiers films, de moments trop significatifs (la scène trop limpide sur les rapaces) à des ficelles si évidentes qu'elles traduisent avant tout un désir de coller au plus près à un genre de toute évidence très apprécié des réalisateurs. Lorsque le trouble et l'étrangeté apparaissent, grandissent et envahissent l'écran, au fil des ruptures de rythme, l'envie de voir une version plus énervée, plus extrême et frontale devient évidente.

 

Photo Zita HanrotZita Hanrot  

 

Sans surprise également, Yannick et Jérémie Renier, acteurs aux filmographies solides, font preuve d'un vrai talent en terme de direction d'acteurs. Leïla Bekhti trouve dans cette partition de petite chose fragile un rôle remarquable, qui utilise sa voie fluette et sa beauté silencieuse comme rarement par le passé. En face d'elle, Zita Hanrot se révèle particulièrement charismatique. Révélée par Fatima qui lui a valu le César du meilleur espoir, tout comme Leïla Bekhti avant elle, elle imprime ici une sensualité et une force étonnante à l'écran. Les deux actrices, électriques, apportent une dimension obscure et envoûtante au film, pour en faire un objet bien plus troublant et intéressante que prévu.

 

affiche

Résumé

De grosses ficelles mais de belles choses pour ce premier film troublant de Jérémie et Yannick Rénier, porté par les excellentes et électriques Leïla Bekhti et Zita Hanrot.

Lecteurs

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commentaires

Arscol
22/08/2018 à 15:10

" l'envie de voir une version plus énervée, plus extrême et frontale devient évidente".Car si le jeu des actrices/acteurs est parfait, si le tout est bien filmé (quoique des plans inutiles de 10secondes cuttés permettraient de réduire le film à 1h et... c'est peut-être cela qu'il aurait fallut pour faire bouriner et exploser le tout!), cela reste plat et frustrant.

Geoffrey Crété - Rédaction
03/04/2018 à 18:23

@jaja

Sans spoiler, on peut y voir une manière de décrire le métier d'acteur, qui dévore la personne et son entourage à force de passion et investissement ; une métaphore de la relation malsaine entre les deux soeurs, l'une des deux étant écrasée par l'autre ; et également un lien évident avec l'intrigue dans sa dernière partie, explicité avec la scène où le film montre des rapaces dans le studio d'enregistrement.

jaja
03/04/2018 à 18:02

pourquoi ce film s'appelle carnivore?????? vous pouvez me le dire ou pas merci pour le temps que vous consacrez a la réponse

Ilhame
01/04/2018 à 23:03

Trop nul! Fuyez

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