Les Aventures de Spirou et Fantasio : critique qui se tire sur le Spip

Simon Riaux | 21 février 2018
Simon Riaux | 21 février 2018

Bande-dessinée d’une richesse et d’une variété sidérante, porteuse d’épopées créatives, cinéphiles et positives, Spirou et Fantasio offre sur un plateau un univers inépuisable, dont nous découvrons une seconde adaptation, quelques mois après Le Petit Spirou.

 

THE GROOM

Spirou est un cas particulier de la bande-dessinée franco-belge, en cela qu’il appartient à son éditeur (Dupuis), et non à un dessinateur/scénariste. D’où la coexistence de plusieurs Spirou et Fantasio, aussi variés que ceux de Franquin, de Jijé ou de Tom et Janry, générant autant d’univers, d’atmosphères et d’ambiances. Par conséquent, il n’existe pas de dimension totalement canonique de cette bande-dessinée polymorphe et celui qui l’adapte bénéficie d’un matériau aussi incroyablement divers que potentiellement contradictoire.

Cette situation exige donc de faire de véritables choix, la fantaisie de science-fiction d’un Franquin cohabitant difficilement avec les tendances aventureuses et polar hard-boiled du duo Tome-Janry. Premier écueil de taille : le réalisateur Alexandre Coffre ne positionne jamais son film vis-à-vis de l’œuvre qu’il adapte, ne fait pas de choix, comme si Les Aventures de Spirou et Fantasio tentait de retranscrire cette épopée polyvalente en se basant uniquement sur les couvertures des albums.

 

Photo

De la très grande aventure

 

Par conséquent, on ne s’étonnera même pas de constater que comme les précédentes et abominables adaptations de classiques de la bande-dessinée qui l’ont précédé, le métrage ne se demande jamais comment retranscrire cinématographiquement une œuvre graphique. Coffre applique le catéchisme publicitaire qu’il employait déjà sur Eyjafjallajökull ou Une pure affaire, à savoir une photographie plastifiée, une mise en scène impersonnelle, plus adaptée à la revente de colostomies recyclées qu’à une quelconque forme de narration.

 

LA COMMUNAUTE DES ZEROS

Outre sa laideur et sa méconnaissance de la mythologie sur laquelle il se penche, le film trahit également ses personnages. La force du duo formé par Spirou et Fantasio provenait de leur dynamique, chacun élevant l’autre, malgré leurs différences, quand le scénario en fait ici deux ahuris dont on se demande régulièrement comment ils ont pu survivre à leur puberté respective. Oubliez leur hardiesse, leur énergie et leur évidente fraternité, vous n’aurez droit qu’à deux pantins, dont on se surprend à attendre – en vain – que les assassins lancés à leur trousse parvienne à les dessouder salement. Le résultat n’est pas plus heureux du côté de Pacôme de Champignac, écrasé ici par une nouvelle prestation monomaniaque de Christian Clavier.

 

Photo Ramzy Bedia

Zorglub, seul survivant de la bande-dessinée

 

Au moins ce dernier a-t-il la chance d’interagir avec Ramzy Bedia, impeccable en Zorglub et manifestement le seul à saisir la dimension grotesque de ce dictateur de pacotille, aux airs de pantomime. Il confère aux scènes où il apparaît quelque chose de la douce folie de Franquin, qui semble alors s’emparer un peu du découpage, des décors et de l’orientation du projet. Tout cela est bien peu et ne suffit pas à dissimuler l’indigence technique de l’ensemble, dont les effets spéciaux défaillants indiquent tristement avec quel dédain le projet a été envisagé par ses fabricants.

Les Aventures de Spirou et Fantasio a beau être écrit avec la sincérité d'un âne qui recule, construit avec la réussite d'un maçon manchot et joué par des otaries shootées aux anxiolitiques, le cinéma français a un passif en matière de comédies d'action suffisamment fort pour que le spectateur espère au moins un spectacle pyrotechnique et virevoltant. Malheureusement, l'ensemble paraît voué à agrémenter les longues après midi d'animaux domestiques dépressifs, las de déguster les cuticules de leur maître décédé au fond d'un sofa trop moelleux. Gageons que leur vue approximative leur épargnera les raccords approximatifs, les chorégraphies embarrassantes et le montage déficient qui achèvent de faire du tout un ratage quasi-intégral.

 

Photo

Résumé

Trahison totale de son matériau d'origine, cette adaptation n'est qu'une énième réclame indigente pour le mauvais goût à la française.

commentaires

Georges Paul
14/07/2018 à 05:27

Un navet, Spirou un voleur à la tire, Fantasio un journaliste médiocre et Spip qui est animal de pacotille. Ça va pas un dollar.

Espérons que Gaston Lagaffe ne sera pas un navet lui aussi.

Satan LaBite
07/07/2018 à 23:40

Faire de Spirou un voleur picpocket, rien que pour ça le réalisateur mériterait la gégenne pour n'avoir sin compris à ce qu'il adaptait. Quelle honte que des studios soient capables de gâcher de l'argent comme ça. Au bucher !!!!

Bubu
01/03/2018 à 12:37

J adore la bande dessinée Spirou mais la c est une catastrophe les acteurs sont nuls bientôt Gaston la lagaffe je crains le pire

Dirty Harry
22/02/2018 à 12:42

@ Yann : absolument d'accord avec toi, ces deux BD constituent le meilleur de Tome & Janry car ils sont loin de leurs parodies de trucs connus faites précédemment (New York et sa parodie du Parrain, Cyanure et sa parodie de Terminator ou d'aller faire du "Franquin Revival".
En premier lieu il y a le sens de vivre une aventure ("la frousse aux trousses") et le pourquoi de ce qui fait vivre ces personnages et dans l'album suivant on a le sens de la relation Spirou & Fantasio. Et rien que le bestiaire de "la vallée des bannis" cela permettrait des séquences bien marrantes de fantaisie...
Fantasio Magaziiiiiiiine !

sylvinception
22/02/2018 à 11:59

Brûler une centaine de cierges pour le film Gaston Lagaffe ne suffira pas.
(soupirs...)

Pulsion73
22/02/2018 à 11:53

La solution, c'est l'adaptation en anime effectivement. Le Domaine des Dieux même un peu sage et manquant de rythme je trouve bénéficiait de bonnes idées visuelles, d'une très bonne animation, en respectant l'esprit et l'humour de la BD, et je pense réalisé avec passion et sincérité, important. Tintin, autre adaptation sacrément réussie mais plusieurs crans au dessus. Bref, arrêtez de foutre de l'argent par les fenêtres, laissez tomber le live!

Zanta
22/02/2018 à 10:45

En effet @Yann, "la Frousse aux Trousses" aurait fait un formidable premier film, et aurait pu viser un public plus jeunes adultes.
Et une suite adaptant "La Vallée des Bannis" aurait été un prolongement parfait, plus psychologique et intimiste.
Mais non seulement l'échec de "Seuls" a dû décourager les producteurs de viser un public de jeunes adultes, mais surtout l'univers 60s de Franquin reste la référence pour les parents qui amèneront leurs gosses.

Shin
22/02/2018 à 10:40

L'existence de ce film aura au moins permis la sortie en parallèle de la BD "Le triomphe de Zorglub", que je conseille fortement.
Un exercice fascinant où les vrais Spirou et Fantasio se retrouvent sur le tournage de ce même film et découvrent au fur et à mesure le je m'en foutisme de son adaptation (le réalisateur va même jusqu'à les confondre avec Tintin), ainsi que les décisions purement marketing allant à l'encontre du matériau d'origine (on explique à Spirou que s'il joue les pickpockets dans le film, c'est parce que les spectateurs sont sensés préférer les bad boys aux héros lisses). Mais surtout, Spirou et Fantasio vont découvrir que le producteur du film ressemble non seulement fortement à Zorglub, mais qu'il joue également son rôle dans le film, où il est plutôt présenté à son avantage...
Et quand on sait que les créateurs de ce tome ont eu réellement accès aux scripts du vrai film pour mieux s'en inspirer, cette BD devient un objet très particulier, qui au lieu de promouvoir le film vient presque justifier son ratage, avec l'approbation de Dupuis...

Yann
22/02/2018 à 09:48

Ils nous adaptait la "Frousse aux Trousses" suivit de la "Vallée des Bannis" et on avait là une super aventure sur grand écran...
Mais non.

Max
22/02/2018 à 00:36

@ Sky Captain

Astérix : Le Domaine des dieux en animation 3D, c'était plutôt bien fait. Ils auraient pu reprendre l'idée pour Spirou et Fantasio et Gaston Lagaffe, le trait s'y prête bien.

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