The Rider : critique qui va à la selle

Simon Riaux | 27 mars 2018

Après Les Chansons que mes frères m’ont apprises, Chloé Zhao retrouve une communauté de natifs américains. Mais si elle entend une nouvelle fois mêler fiction et documentaire, elle ne s’attendait pas à ce que le réel percute si puissamment la fiction, et chamboule son projet de fond en comble.

 

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TOUT EST BON DANS LE CANASSON

Quand Chloé Zhao prend sa caméra pour enregistrer le quotidien de Brady Jandreau et ses proches, cowboys de rodéo et derniers tenants d’une tradition américaine ainsi que de ses symboles, elle ignore que le projet qui est le sien va prendre une direction inattendue. Jandreau se blesse, perdant ainsi son gagne-pain, sa passion et le sens de son existence. Le crâne fragilisé par une chute terrible, il ne pourra remonter qu’au risque de sa vie. Mais qu’importe, Zhao continue à filmer. La première conséquence de cette situation est un film impossible.

Un documentaire en terre de western condamné à ne pas aboutir, une errance immobile. Comment raconter le quotidien d’un cowboy de Rodéo alors que ce dernier constate justement qu’il vient de voler en éclat ? Initialement, le drame paralyse d’autant plus le film que la documentariste, si elle prétend ne pas être familière avec les westerns, a dans un premier temps du mal à se détacher des représentations stéréotypées de ces dompteurs de canassons. Comme si Zaho restait coincée dans ses représentations schématiques et ne constatant pas immédiatement leur inanité, ne savait comment s’en extraire.

 

PhotoL'impossible chevauchée...

 

AMERICAN GRIM

Et c’est justement cet empêchement qui va devenir le cœur de The Rider, et constituer sa plus belle réussite. En scrutant la mine ahurie de Brady alors qu’il observe ses collègues d’hier, les corps martyrisés par des chevaux fous, balancés à travers l’image tels de misérables fétus de paille, l’artiste capte quelque chose d’une Americana irrémédiablement contrariée. Portée par un spleen magnifique, qui la situe dans la continuité d’un James Lee Burke, elle donne à voir une terre de paradoxe fascinant.

 

PhotoBrady Jandreau dans son quasi-propre rôle

 

Un espace où les indiens sont devenus les cowboys, un lieu où un homme poursuit désespérément le rêve qui a pulvérisé son frère, réduit à l’état de quasi-légume, un territoire enfin, où la dernière source de bonheur brut, animale, est l’origine même du mal qui mutile notre héros. Quand il établit ces contradictions et les livre aux fantastiques paysages américains, véritable machine à métaphore, The Rider se pare d’une grâce et d’une cinégénie peu communes. Et c'est dans ces scènes suspendues, où le protagoniste parvient à retrouver un semblant d'humanité au contact de son cheval, destiné à être vendu, quand la caméra scrute les humains pour ne plus les lâcher, qu'une émotion dévastatrice envahit l'écran.

  

affiche française

Résumé

Si Claire Zhao s'empêtre parfois un peu dans l'héritage westernien qu'elle ne peut esquiver, son film devient absolument bouleversant quand il se fait l'évocation d'un continent mythologique en plein naufrage.

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