Piégée

Haywire




03 juil. 2012 Par Simon Riaux Star Rating 7

 

On pouvait légitimement s'inquiéter de voir Steven Soderbergh, dont l'inspiration semble s'être irrémédiablement diluée dans l'exploration de concepts aussi creux qu'alléchants sur le papier, donner dans le film d'espionnage à tendance bastonnante. Car depuis le succès de la trilogie Bourne, le style « Paul Greengrass bourré » est devenu la norme en matière d'action (même si la paternité et la maîtrise de ce dispositif revient en réalité à John McTiernan), et l'on voyait mal comment le metteur en scène allait pouvoir trouver sa place dans cet univers avec le très balisé Haywire. C'était sans compter sur la genèse du projet, un coup de foudre professionnel nommé Gina Carano, combattante professionnelle issue des écuries MMA, dont la seule présence pervertit les mécaniques d'un genre usé jusqu'à la corde.

C'est peu dire que l'actrice irradie l'écran. Car contrairement à la plupart des icônes de la tatane virile, Gina, artiste martiale accomplie, réalise elle-même toute ses cascades, accompagnée par la photographie anthracite du réalisateur, qui n'a qu'à la nimber d'un halo blafard pour en consacrer la dimension mortelle. On sent la caméra et le reste du casting fascinés par la créature qui évolue parmi eux, calme ou furieuse, toujours dangereuse. Son corps à la fois agile et lourd, puissant et gracile déjoue les pièges de mises en scène, tord les conventions du découpage et du montage, pousse Soderbergh à ne pas couper ses plans, à s'attarder sur la mécanique musculeuse de cette machine de guerre à forme humaine. Les poursuites languissent, les duels s'éternisent, les coups pleuvent, chaque séquence physique échappe tout à fait à leur cahier des charges hollywoodien pour ne plus se concentrer que sur la bête sauvage qui incendie l'écran d'un simple craquement de mâchoire.

Le scénario se révèle un pur prétexte, et se garde bien d'approfondir ses enjeux politiques. On ne saura jamais précisément quelles sont les forces en puissance, ni quelles sont les agences, entités ou autorités représentées par chacun des protagonistes, le script se contentant de précipiter Carano dans une machination dont on comprend vite que les ressorts sont plus personnels que stratégiques. D'où une apparente faiblesse des personnages, qui n'apparaissent finalement que pour prendre une sévère dérouillée, et n'ont jamais tout à fait le temps d'exister, même au cours d'un anti-climax où il ne faudra chercher ni explosions ni paroxysme spectaculaire, mais l'aboutissement d'une logique létale.

L'intensité et l'immersion de Haywire ne s'en voient pour autant pas menacées, puisque même cette faiblesse finit par servir le dispositif de Soderbergh, qui agence ses personnages masculins comme autant de facettes d'une virilité embarrassée par la présence de Mallory, ange de la mort que rien n'arrête, et qui ne sait trop s'il faut l'étreindre ou l'étrangler. Fassbender, Tatum et McGregor deviennent ainsi les parties d'un corps symbolique que Gina va s'échiner à pulvériser les unes après les autres. Résulte de cet étrange mélange un film tour à tour animal et technique, où la mise en scène, le montage et le scénario se détournent des canons habituels du genre. Et le spectateur d'admirer le temps d'une interminable poursuite pédestre, au détour d'une clef de bras sauvage, ou d'un étranglement impitoyable, la force d'une femme que tous les hommes du monde ne sauraient mettre à genoux.



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Stéphane Argentin :

Star Rating 8
Un thriller d’action espionnage qui porte une belle attention aussi bien à sa mise en scène, son intrigue qu’à son héroïne et parvient ainsi à se démarquer d’un simple ersatz de Jason Bourne au féminin.

Didier Verdurand :

Star Rating 7
Un exercice de style un peu déroutant par moment, mais rarement déplaisant. Et Gina… Ah Gina…

Melissa Blanco :

Star Rating 7
Il y a quelque chose de réjouissant dans le fait de voir une inconnue (Gina Carano, révélation) mettre à l’amende une jolie brochette d’acteurs. Toujours là on ne l’attend pas, Steven Soderbergh surprend dans ce ballet des corps et vrai-faux film d’action.

Tonton BDM :

Star Rating 7
Un drôle de film d’action, parfois aux limites de l’expérimental. Soderbergh est vraiment un cinéaste étonnant.

Laurent Pécha :

Star Rating 7
Le film d’action-espionnage à la sauce Soderbergh. Aussi déroutant que fascinant. Et que Gina Carano fait une belle héroïne de cinéma !

Simon Riaux :

Star Rating 7
Les trous béants de la narration sont comblés par la mise en scène de Soderbergh, littéralement fasciné par Gina Carano, la révélation de cet actioner faussement classique.

Sandy Gillet :

Star Rating 7
Soderbergh continue ses déviantes pérégrinations pour trouver sa nouvelle égérie le temps d’un film. Ici, Gina Carano, ex « ultimate fighteuse », est nettement plus convaincante que Sasha Grey à l’image d’un vrai-faux film d’action racé et à contre-courant des codes du genre.

Patrick Antona :

Star Rating 6
Le concept est marrant, Gina Carano a un charisme de folie, dommage que la caméra de Soderbergh reste un peu molle mais l’essentiel n’est pas là. Vivement un COMMANDO 2 avec la belle combattante en fille à Schwarzie, j’en rêve maintenant !


borntosmell25/07/2012 13:11 par borntosmell

Je vous propose de lire ma critique (en temps réel !) ici : http://ilaose.blogspot.com/2012/07/piegee.html LIRE LA SUITE
goldgoten24/07/2012 01:15 par goldgoten

Bon mes chers deux camarades précedent : Gina Carano n’a jamais fait de catch dans sa vie. [et d’ailleurs la copine de l’ami Georges, même si elle a fait des matchs n’en n’est pas une non plus mais bon c’est autre chose] Sinon j’ai pas encore vue le film malheureusement. J’ai [...] LIRE LA SUITE
De Morgan21/07/2012 12:39 par De Morgan

Vous m’avez intrigué avec ce film. Bah c’est plutôt sympa en fait. La patte Soderbergh est bien là. C’est beau, clinquant, glamoureux. En plus le travesti en premier rôle se débrouille plutôt bien dans les combats (ah, on me dit que c’est une fille) même si par moment c’est fait de [...] LIRE LA SUITE

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