Bons baisers de Russie

From Russia with love

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26 oct. 2006 Par Julien Foussereau Star Rating 9

Il était une époque où le monde échappait de peu à l'apocalypse nucléaire après les explications diplomatiques musclées entre Kennedy et Kroutchtchev. En contrepartie, ce zénith paroxystique de la Guerre Froide permit de développer l'imagination fertile d'écrivains spécialisés dans le roman d'espionnage. Ian Fleming fut de ceux-là en créant 007, alias James Bond. C'est en publiant Bons baisers de Russie, troisième aventure du permis de tuer au service de sa Majesté, qu'il atteignit une certaine légitimité avec cette intrigue reposant moins sur l'action spectaculaire que sur une tension que l'on pourrait presque qualifier de psychologique et un art de la duperie que les récits postérieurs n'égaleront pour ainsi dire pas. La paire Johanna Harwood à l'écriture et Terence Young à la réalisation avait déjà montré sa valeur sur Dr No et su reconduire ces qualités intrinsèques. En témoigne le passage ferroviaire de l'Orient Express devenu mythique dans lequel Bond et son double maléfique Grant s'observent silencieusement dans le wagon restaurant tels des prédateurs et surtout le climax autour de la valise piégée précédant une sauvage empoignade qui demeurera le plus impressionnant combat chorégraphié de la série.


La brutalité inhabituelle de ce mano a mano, magnifiée par le montage assuré de Peter Hunt est le juste reflet de la tonalité générale, de Bons baisers de Russie : un divertissement d'espionnage empreint du minimum syndical de réalisme et doté d'une identité propre pas encore écrasée par le cahier des charges « Bondiens » (pépées de luxe, one liners de smicard, maîtres du monde en devenir et gadgets à gogo.) Pas question ici de sauver le monde ou de dézinguer un fou dangereux mais de s'emparer d'une technique de décodage et de la rapporter au MI6. En ce sens, James Bond ici est proche comme jamais de la vision Flemingienne : un instrument redoutable au service de son royaume, obéissant aux ordres de ses supérieurs, davantage accro à l'adrénaline qu'au sexe. Ce principe comportemental permet de mieux comprendre le manque de conviction intentionnel de sa romance avec Tatiana Romanova au point que Bon baisers de Russie expédie la traditionnelle scène de lit au profit du corps à corps meurtrier avec Grant. Cette cohérence se retrouve jusque dans les lieux puisqu'il s'agit d'un des rares Bond se déroulant entièrement dans une Europe inquiète (Londres, Istanbul, Venise) que le spectre de la Guerre Froide survole en permanence (sans mauvais jeu de mots).


Cette peur se concentre non pas à travers les mains de Blofeld caressant sensuellement son chat angora mais dans le regard torve de son bras droit : Rosa Klebb, l'agent du KGB passé chez le SPECTRE dont le caractère ignominieux est sous-entendu par ses penchants lesbiens (assez osé pour l'époque tout de même) et ses chaussures dissimulant des lames empoisonnées et utilisées dans un final ô combien symbolique… Et, évidemment, il y a Sean. Le seul, le vrai, l'unique James Bond. Il est au sommet de son art dans son interprétation animale de 007, aussi crédible dans le numéro de charme viril fait de sourires en coin et de sourcils relevés que dans la partie gros bras. Son économie de moyens et son élégance ravissent encore quarante-trois ans après (et quatre incarnations ultérieures peu convaincantes.) La somme de ces éléments fait de Bons baisers de Russie le volet le plus complexe de la franchise, voire le meilleur. Tout simplement.



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