Bons baisers de Russie : critique sans le spectre d’un doute

Par Julien Foussereau
31 octobre 2020
MAJ : 31 octobre 2020
2 commentaires

Hommage à Sean Connery, acteur légendaire mort à 90 ans

C’était seulement le deuxième épisode de la saga James Bond et déjà, l’impression d’être face au meilleur de 007. Réalisé par Terence Young, déjà derrière James Bond 007 contre Dr. No (et qui reviendra pour Opération Tonnerre), Bons baisers de Russie est un des grands films de la saga, avec l’inoubliable Sean Connery.

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SANG CHAUD POUR GUERRE FROIDE

Il était une époque où le monde échappait de peu à l’apocalypse nucléaire après les explications diplomatiques musclées entre Kennedy et Kroutchtchev. En contrepartie, ce zénith paroxystique de la Guerre Froide permit de développer l’imagination fertile d’écrivains spécialisés dans le roman d’espionnage. Ian Fleming fut de ceux-là en créant 007, alias James Bond.

C’est en publiant en 1957 Bons baisers de Russie, l’une des premières aventures du permis de tuer au service de sa Majesté, qu’il atteignit une certaine légitimité avec cette intrigue reposant moins sur l’action spectaculaire que sur une tension que l’on pourrait presque qualifier de psychologique, et un art de la duperie que les récits postérieurs n’égaleront pour ainsi dire pas. La paire Johanna Harwood à l’écriture et Terence Young à la réalisation avait déjà montré sa valeur sur James Bond 007 contre Dr. No, et su reconduire ces qualités intrinsèques.

En témoigne le passage ferroviaire de l’Orient Express, devenu mythique, dans lequel Bond et son double maléfique Grant (Robert Shaw) s’observent silencieusement dans le wagon restaurant tels des prédateurs ; et surtout le climax autour de la valise piégée, précédant une sauvage empoignade qui demeurera le plus impressionnant combat chorégraphié de la série. La brutalité inhabituelle de ce mano a mano, magnifiée par le montage assuré de Peter Hunt, est le juste reflet de la tonalité générale de Bons baisers de Russie : un divertissement d’espionnage empreint du minimum syndical de réalisme et doté d’une identité propre, pas encore écrasée par le cahier des charges « Bondiens » (pépées de luxe, one liners de smicard, maîtres du monde en devenir et gadgets à gogo.) 

 

photo, Robert ShawBond et presque Bond

00-SEXE

Pas question ici de sauver le monde ou de dézinguer un fou dangereux, mais de s’emparer d’une technique de décodage et de la rapporter au MI6. En ce sens, James Bond ici est proche comme jamais de la vision Flemingienne : un instrument redoutable au service de son royaume, obéissant aux ordres de ses supérieurs, davantage accro à l’adrénaline qu’au sexe.

Ce principe comportemental permet de mieux comprendre le manque de conviction intentionnel de sa romance avec Tatiana Romanova (Daniela Bianchi), au point que Bon baisers de Russie expédie la traditionnelle scène de lit au profit du corps à corps meurtrier avec Grant. Cette cohérence se retrouve jusque dans les lieux puisqu’il s’agit d’un des rares Bond se déroulant entièrement dans une Europe inquiète (Londres, Istanbul, Venise) que le spectre de la Guerre Froide survole en permanence (sans mauvais jeu de mots).

 

photo, Sean Connery, Daniela BianchiBons baisers, pas longs

Cette peur se concentre non pas à travers les mains de Blofeld caressant sensuellement son chat angora, mais dans le regard torve de son bras droit : Rosa Klebb (Lotte Lenya), l’agent du KGB passé chez le SPECTRE, dont le caractère ignominieux est sous-entendu par ses penchants lesbiens (assez osé pour l’époque tout de même), et ses chaussures dissimulant des lames empoisonnées et utilisées dans un final ô combien symbolique.

Et, évidemment, il y a Sean Connery. Le seul, le vrai, l’unique James Bond. L’acteur est au sommet de son art dans son interprétation animale de 007, aussi crédible dans le numéro de charme viril fait de sourires en coin et de sourcils relevés, que dans la partie gros bras. Son économie de moyens et son élégance ravissent encore quarante-trois ans après (et quatre incarnations ultérieures peu convaincantes.) La somme de ces éléments fait de Bons baisers de Russie le volet le plus complexe de la franchise, voire le meilleur. Tout simplement.

 

Affiche française

Rédacteurs :
Résumé

Bons baisers de Russie serait-il le meilleur des James Bond ? Il est en tout cas au haut du podium, et reste un épisode particulièrement bien ficelé, avec une vision très proche de l'âme originelle des livres de Ian Fleming.

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Eddie Felson

James Bond et père d’Indiana Jones. tellement de rôles & de films iconiques.
Un grand acteur, un grand homme, la classe incarnée… éternel Highlander immortel dans nos coeurs de cinéphiles.
RIP Sir.

Laule Mastère

La légende dit que pour la plupart des critiques ciné de l’époque (qui souvent étaient pro-soviétiques ou maoistes), 007 est un anti-héros et non un héros ^^