Bienvenue stranger!
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Critique
Comme les formes épurées de la spirale d'ADN en double-hélice, Bienvenue à Gattaca concentre plus qu'il ne déroule. Dans un univers pas si éloigné du nôtre, l'ingénierie génétique devient le passage obligé pour la procréation, engendrant une génération d'humanoïdes boostés génétiquement. Leur sélection repose sur la richesse de leur génotype, aux inséminés les meilleures places dans la société, aux conçus naturellement d'être les nouveaux exclus. Andrew Niccol présente un monde crédible et terrifiant dans lequel le moindre échantillon sanguin, poil ou cheveu est sujet à analyse, vérification et revérification jusqu'à la nausée.
La filiation avec George Orwell ou Aldous Huxley saute aux yeux. Andrew Niccol donne toutefois à Gattaca son identité propre par des choix esthétiques fondamentaux. A la différence d'un pari plastique sur l'avenir réussi comme Blade Runner, Gattaca repose sur deux piliers garantissant son intemporalité : l'architecture dépouillée et retro-futuriste des années 50 dont le plus grand ambassadeur fut Frank Lloyd Wright, et une garde-robe d'un classicisme à toute épreuve, issue des meilleurs polars des années 40. Dans ce dédale de couloirs glacés et superbement dessinés, Niccol filme des regards vides et des visages alourdis par une perfection dont ils ne savent que faire.
Au milieu de cette existence aseptisée, Vincent, le conçu, tente de surnager en se faisant passer pour un autre, lui qui rêve d'être astronaute pour quitter ce monde qu'il vomit. Un meurtre est commis dans son centre spatial. Surgit alors un flic. Son frère, l'inséminé, le préféré. Tout ceci pourrait servir de prétexte narratif un brin lourdaud. Or, c'est par cette alliage parfait entre fable morale, thriller efficace et drame psychanalytique que Gattaca résiste encore et toujours au poids du temps ; que, encore aujourd'hui, la révolte de Vincent face à cette discrimination sociale (crédible... pour ne pas dire annoncée) n'en finit pas de nous toucher.


