Gangs of London : 3 scènes incroyables qui prouvent le génie de la série de Gareth Evans

Mathieu Jaborska | 21 novembre 2020
Mathieu Jaborska | 21 novembre 2020

Enfin diffusée en France sur Starzplay, Gangs of London tabasse tous ceux qui s'y plongent. Et si vous doutiez encore, on va vous convaincre.

Le Journal du Dimanche parle d'une violence "brutale et radicale", Le Point Pop de "la série la plus violente jamais diffusée à la télévision". Nous-mêmes avons été mis K.O. (la rédaction est unanime) par la dextérité de Gareth Evans, qui y filme l'action avec une audace et une précision rarement atteintes dans l'histoire de la télévision et du cinéma. La brutalité qui se dégage de la série, largement commentée, donc, a tendance à être le seul angle pour l'aborder, ce qui a parfois déçu certains spectateurs, s'attendant à la densité des The Raid.

Mais sa richesse se niche justement dans ses nuances, et dans cet instant où la diplomatie se mue en sauvagerie. À cet égard, on propose une sélection de 3 scènes (dont une seule scène de baston et une seule scène qui spoile) pour convaincre les néophytes et satisfaire les convaincus. À noter qu'on ne reviendra pas sur l'ahurissant épisode 5, bien trop long pour être abordé ici, clairement un des sommets de la fiction filmée de 2020, tous formats confondus.

 

photo, Joe ColeDu sang plein la tronche

 

L'ouverture

Les premières minutes de Gangs of London sont déjà un sacré argument. Evans caractérise tout ce qui est à venir en une image, dévastatrice. La séquence ne fait pas dans la demi-mesure, ce qui correspond également très bien à la suite des évènements. Étalé sur 9 mois et au prix compris entre 30 et 40 millions de dollars, le tournage s'est déroulé entre le Pays de Galle (dont est originaire le cinéaste) et Londres, bien sûr.

Une torche humaine incandescente qui tombe vers la ville anglaise, illuminant ses buildings a priori bien rangés, quoi de plus iconique pour ouvrir une oeuvre qui va justement s'attacher à caractériser un fantasme des bas-fonds londoniens, où le crime et les joutes entre organisations pas très catholiques prennent des proportions aux limites de l'absurde. La scène d'introduction verse le premier sang, offrant en même temps un regard méchant sur le terrain de jeu qui s'offre aux metteurs en scène et aux spectateurs.

C'est également l'occasion de donner un aperçu de la violence intérieure qui hante le personnage principal (campé par Joe Cole de Peaky Blinders), laquelle va conditionner la façon dont le scénario dépeint cette famille de mafieux. Spectaculaire, crépusculaire et annonciatrice d'une noirceur qui se terre dans les rues londoniennes, la séquence fait démarrer la série sur les chapeaux de roue.

 

photoBienvenue à Londres

 

Un pub couvert de sang

C'est la première séquence de baston, et elle dépote. Quoi de plus anglais qu'un pub ? Quoi de plus gallois que la mise en scène d'Evans ? Celle-ci ne fait qu'un avec le travail des chorégraphes, pour former un tout organique et esthétique, où chaque coup ravageur d'Elliot (Sope Dirisu, la révélation de His House) brille grâce à l'angle parfait, un rythme adapté, un montage ciselé. Il faut voir une jambe se déformer sur le coin du bar, effet décuplé par la plongée ravageuse choisie par le cinéaste, où une mâchoire s'encastrer dans un cendrier, sans prévenir.

Un véritable ballet qui se permet en plus de traduire une progression. Le héros ne fait pas que rendre les coups : il se taille un chemin à travers la chair saoule et violente. Comme dans The Raid, Evans ne lésine pas sur les déformations corporelles. Xavier Gens, un des réalisateurs, parlait au Point Pop de Gangs of London comme d'un "anti-Marvel". Et en effet, la série prend le contre-pied de l'action calibrée hollywoodienne, où tout le monde se relève après un petit coup de poing, ou part mourir en hors-champ. Dans le monde de Gareth Evans, les coups font mal, très mal, donnant à la fois une crédibilité et une nouvelle dimension spectaculaire aux affrontements, dantesques.

 

photo"Mais aïeeeeeeuh"

 

Une réunion de famille qui tourne mal

Attention, spoilers !

La famille est une thématique très importante, dans une logique directement héritée des grands contes mafieux classiques du cinéma. Sauf qu'ici, la tendance est à la destruction, pas forcément physique. On citait l'épisode 5, mais le gros point de rupture de la série réside dans la fin de l'épisode 4, lors de la tentative de meurtre qui touche la famille Wallace. C'est le moment où la survie se transforme en barbarie : l'action, bien moins présente dans la deuxième moitié, se transforme en étalage de violence pure, évoquant presque les expérimentations d'Haneke. Une référence assumée par le réalisateur Xavier Gens dans Mad Movies.

Progressivement fragilisée dans ces quatre premiers épisodes, la cellule familiale finit par se briser, littéralement puisque Corin Hardy filme son implosion à travers un miroir. Une métaphore certes usée jusqu'à la corde, mais pleine de sens dans une série où tout ne fait qu'exploser en permanence. C'est la concrétisation visuelle des ambitions thématiques de l'oeuvre : récupérer des archétypes du thriller mafieux pour les pousser dans ses derniers retranchements, et observer les effets sur des humains qui ne peuvent qu'encaisser. Une descente aux enfers contrôlée, menée d'une main de maître par trois artistes cinéphiles qui ont tous su tirer le maximum de leurs références.

Tout savoir sur Gangs of London

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commentaires

Yan
22/11/2020 à 21:05

Une très très bonne série peut être la meilleure que j'ai eu à regarder en 2020 !!! Gareth Evans c'est le meilleur réalisateur des scènes de baston et que dire de l'épisode 5 ? Mais non putain c'est du lourd.

Dredd*
22/11/2020 à 12:37

La fin de la série et le petit clin d'œil à Game of Thrones (les livres et la série). Ceux qui ont lu les bouquins comprendront.

Téou?AhttilaToi?
21/11/2020 à 22:29

j'ai vu la série il y a quelques mois en VO. Je suis resté scotché! Ca m'a vraiment plu. Je k'ai conseillée autour de moi; Tout le monde a adoré! Je vais me la refaire en français.

tnecniv
21/11/2020 à 21:13

@Snake88 ,

Ooooohhh oui !
Alors ce qui est marrant c'est qu'avant de regarder la série, j'avais juste lu le synopsis en me disant " tèh, un énième série sur la mafia mais les critiques ont l'air bonnes, voyons voir " et surtout sans savoir qui était le réal ... En regardant je me suis dit " mais bordel ... on dirait du The raid " Et bah pas loupé hahaha, comme quoi le mec a un style à lui, enfin je trouve .
Sinon j'ai quelques réserves mais dans l'ensemble j'ai bien accroché, surtout sur les phases action évidement, et cet épisode 5 est vraiment très bon .

Lambdazero
21/11/2020 à 15:56

Un vrai régal, cette saison 1. Le plan séquence de la réunion de famille qui part en cacahuète est tout bonnement incroyable.

Snake88
21/11/2020 à 12:47

Il y aussi l'intégralité de ce p**ain d'episode 5 !

Eddie Felson
21/11/2020 à 12:35

Vu l’enthousiasme débordant de cet article, je vais m’empresser de satisfaire ma curiosité

Flash
21/11/2020 à 11:50

Et dire qu'un film sur Deathstroke réalisé par Evans était en projet.
P...., ça restera qu'un rêve.

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