Missions : avertissement, mention ou encouragements pour la série de science-fiction française sur Mars ?

Alexandre Janowiak | 6 juillet 2017
Alexandre Janowiak | 6 juillet 2017

On fait le bilan de la série française de science-fiction Missions diffusée sur OCS en juin dernier.

Créé par le trio tricolore Cohen-Debeurme-Lacombe, Missions raconte la première colonisation humaine sur la planète Mars. Après 10 mois de voyage, l’équipage d'Ulysse composé de six scientifiques, une psychologue et du milliardaire suisse finançant le projet spatial, prépare leur amarsissage.

Cependant, quelques heures avant de se poser sur la planète rouge, ils apprennent qu’une mission menée par la NASA les a devancés grâce à des moyens plus modernes et plus rapides. Le contact avec la mission américaine a en revanche été perdu. Sur le sol martien, les membres d’Ulysse vont donc se lancer à leur recherche avant de faire des découvertes fascinantes et de vivre des événements mystérieux angoissants.

Diffusée à partir du 1er juin dernier sur la chaîne OCS, la première saison de la série de science-fiction française vient de se terminer. On avait passé en revue cette nouvelle série après avoir vu les quatre premiers épisodes lors du Festival Séries Mania. Quelques jours après les résultats du bac, le temps est venu de tirer le bilan complet et de donner nos appréciations sur l'élève Missions. Audacieuse ? Confuse ? Généreuse ? Inégale ? Attention spoilers !

 

 

MENTION TRES BIEN : AMBITION REMARQUABLE

De plus en plus, la France essaye de produire des séries télévisées de grande envergure au budget assez conséquent : 16 millions et 13 millions pour les séries Canal + Le Bureau des légendes et Les Revenants, 7,2 millions pour Marseille  la série Netflix. Sans parler de Versailles dont le budget était estimé à 27 millions d'euros pour sa première saison de 10 épisodes.

Alors quand le co-créateur ce Missions, Julien Lacombe expliquait à nos confrères du Figaro que la série "bénéficiait seulement d'un budget d'un million et demi d'euros (dont un tiers consacré aux décors)", on se dit que la science-fiction française a de beaux jours devant elle.

Malgré son budget étriqué, la série OCS / Empreinte Digitale nous ancre totalement sur Mars. Pendant ces dix premiers épisodes, on y croit et on se sent pleinement dans une oeuvre SF d'envergure internationale et qui n'a (presque) rien à envier aux blockbusters américains visuellement. En décidant de s'attaquer à un genre si compliqué avec un aussi petit financement, Julien Lacombe, Ami Cohen et Henri Debeurme ont pris des risques. Des risques qui portent leurs fruits esthétiquement nous offrant une série audacieuse et ambitieuse, et ça c'est toujours une bonne nouvelle dans le paysage télévisuel français.

 

PhotoVisuellement, la série française remplit sa mission ©OCSTV 

 

PEUT MIEUX FAIRE : UNE ECRITURE (TROP) CONFUSE

A priori, Missions ne faisait pas preuve d'une très grande originalité en mettant en scène la première colonisation de Mars. De Planète rouge à Seul sur Mars en passant par Contact et Mission to Mars, la conquête du sol martien n'est pas une nouveauté. Et pourtant, Missions arrive à nous surprendre dans son scénario. Notamment grâce à un point particulièrement intéressant : intégrer la véritable histoire de la course aux étoiles au coeur de cette fiction.

Dans le même temps, elle ne trahit pas non plus son public. Les créateurs promettent de la science-fiction et on est servi. Mars est au rendez-vous durant toute la saison et nous ne quittons quasiment jamais la planète rouge. Un choix scénaristique qui permet d'installer une sensation de huis-clos au sein même de ses immensités désertes ou des cavernes anxiogènes découvertes.

 

PhotoD'Alien à Interstellar, les influences hollywoodiennes sont nombreuses ©OCSTV

 

En revanche, si quelques élements du scénario de Missions nous surprennent, l'écriture de la série pèche également sur de nombreux points. L'intrigue principale concentrée sur l'astronaute soviet Vladimir Komarov a beau être captivante, elle finit par être totalement surpassée par les multiples sous-intrigues (dont la plupart n'ont pas vraiment d'intérêt).

On a la sensation que les scénaristes avaient développé des scripts prévus pour des épisodes de 50 minutes et qu'ils ont finalement du les condenser dans un format de 25 minutes sans pour autant revoir leurs copies. En faisant des choix et en supprimant des élements, la série aurait gagné en crédibilité et surtout en cohérence. Cela aurait également permis de nous donner de véritables réponses et de ne pas installer des arcs scénaristiques avant de les abandonner.

 

PhotoLes effets spéciaux sont vraiment très réussis malgré un budget étriqué ©OCSTV

 

AVERTISSEMENT : UNE DIRECTION D'ACTEUR INEXISTANTE ?

Parmi les points négatifs de l'écriture, nous n'avons pas cité celle des personnages. Pourtant, c'est sûrement le point le moins bien géré dans Missions. De l'héroîne copier-coller de Contact (interprétée par Hélène Viviès) au geek-puceau (Côme Levin), les personnages sont soit déja-vus soit beaucoup trop clichés pour vraiment nous satisfaire.

Ces caractérisations plutôt ratés ne sont pas aidés par les interprétations inégales. Comme on ne peut pas blâmer des musiciens de mal jouer une partition mal orchestrée, le jeu poussif des comédiens est sans aucun doute du à une direction d'acteur au mieux faiblarde au pire inexistante. Et malheureusement, les dialogues peu inspirés amplifient le problème. Un souci à régler rapidement dans la saison 2 normalement commandée.

 

Photo Hélène VivièsMathias Mlekuz et Hélène Viviès, deux des acteurs de Missions ©OCSTV

 

LARGE ENCOURAGEMENT

La première moitié de saison de Missions était plutôt satisfaisante et recevait des félicitations amplement méritées. Néanmoins, l'élève Missions a flanché dans sa deuxième partie. Les mauvais points prenant le dessus sur les bons, la série française convainc moins dans son finale et rend une copie trop brouillone pour nous satisfaire pleinement.

En dépits de quelques défauts, le show français mérite de vifs encouragements grâce aux risques et à l'audace qu'il a eu. Le conseil d'Ecran Large espère qu'il apprendra de ses erreurs pour nous surprendre à tous les niveaux si l'aventure continue. 

 

Affiche

commentaires

Birdy
07/07/2017 à 11:52

Et pour ceux qui cherchent les références c'est assez simple : Abyss mélangé à Contact et Seul sur Mars.

Birdy
07/07/2017 à 11:50

Complètement en phase également avec la critique. visuellement et thématiquement, j'ai été curieux jusqu'au bout. J'ai cependant du faire un énorme effort pour supporter les acteurs ( sauf le russe ). Dans une série centrée sur ses décors et ses personnages ( la situation reste quasi la même du début à la fin : bloqués sur Mars ), il est impensable de rater autant l'écriture des dialogues et la caractérisation des personnages dignes d'un mauvais téléfilm. ça plombe tout. Heureusement l'ambition est là, l'amour de leur série transpire quand même malgré ces maladresses de "débutants", la musique et l'atmosphère générale maintiennent un rythme parfois faiblard. C'est simple ils ont enfermés 8 personnages dans 3 pièces, et 4 d'entre eux ne servent quasi à rien. Pourtant j'ai tenu, et la fin ouverte sur la saison 2 pourrait m'intéresser.

Tom la pomme
07/07/2017 à 10:32

"le jeu poussif des comédiens est sans aucun doute du à une direction d'acteur au mieux faiblarde au pire inexistante. Et malheureusement, les dialogues peu inspirés amplifient le problème. Un souci à régler rapidement dans la saison 2 normalement commandée"

Complétement d'accord, on dirait une webserie et je n'en regarde plus du tout (du moins Française) car le jeu d'acteur est le plus souvent horrible.
Je sais que la critique est facile, mais je peux passer sur le manque de moyen et quelques soucis d'écriture, mais le jeu non c'est pas possible.
Très souvent symptomatique des films de genre à la française d'ailleurs, mais pas systématique dans ce cas c'est vrai

thierry
06/07/2017 à 22:15

Je plussoie totalement cette critique.
Très bonne facture visuelle, bonne ambition, mais :
C'est quoi ce pole nord martien même pas orange, c'est légal ça ?
C'est quoi ces voix totalement inaudibles et incompréhensibles dès qu'ils ont mis leur casque ?
(déjà que sans le casque, accent et compagnie..c'est parfois imbitable.)
Peut être aussi qu'un petit effort sur l'étalonnage serait pas du luxe (sauf Mars, qui est très bien.).
Et puis, c'est dommage ce 2.35 prétentieux, du 2 sur 1 eut été bien suffisant et commence à être utilisé dans les séries? (oui, je sais que c'est de l'anamorphique, mais quand même.)
Je vois pas trop ou va aller la saison2, mais je l'attend avec intérêt.

votre commentaire