Search Party : le Columbo chez les hipsters que vous auriez tort d'ignorer

Geoffrey Crété | 23 décembre 2016
Geoffrey Crété | 23 décembre 2016

Search Party avec Alia Shawkat est la petite série amusante de cette fin d'année, diffusée dès le 23 décembre sur OCS en France.

Ce n'est pas la première fois que la chaîne TBS surprend. Début 2016, l'irrésistible Angie Tribeca avec la fantastique Rashida Jones avait donné un coup de fouet à la comédie, avec une parodie de série policière à la sauce ZAZ d'une drôlerie fabuleuse. Fin 2016, c'est au tour de Search Party de s'amuser et amuser, avec un Columbo chez les hipsters.

 

Photo

 

MYSTERE A MANHATTAN

Les créateurs de Search Party (Sarah-Violet BlissCharles Rogers et Michael Showalter, de We Hot American Summer) ont été inspirés par Meurtres mystérieux à Manhattan, la comédie de Woody Allen où il se lance avec sa femme et un couple d'amis sur la piste d'un voisin qu'ils soupçonnent d'avoir tué son épouse. En 2016, à l'ère des fameux hipsters, le quatuor a un autre visage : Dory et son copain Drew, leur pote gay Elliott et leur amie actrice Portia, quatre new-yorkais à l'image de leur époque.

C'est au cours d'un brunch, entre quatre smartphones et mots futiles, que le groupe apprend la disparition de Chantal Witherbottom. Le nom de cette ancienne camarade de lycée reléguée au fond de la classe, loin d'être leur amie, résonne en Dory pour une étrange raison. Elle est intriguée, obsédée même. Elle commence à se passionner pour cette fille oubliée, ressurgie de son passé. Elle est vite persuadée que sa disparition cache quelque chose de tordu et dangereux : Chantal a été enlevée, et a besoin de son aide. Sous les yeux un peu ébahis de son entourage, Dory mène l'enquête.

 

 

LE MONDE DE DORY

Search Party s'amuse de toute évidence à dresser le portrait d'une génération narcissique, d'une bêtise ordinaire, qui évolue dans une petite bulle dorée. Une génération un peu désoeuvrée, un peu vide, trop intelligente pour se contenter de la normalité mais trop bête pour s'en créer une meilleure. Qui regarde trop de films, lit trop de livres, et finit par voir la réalité comme un feuilleton.

Dory vit dans un appartement rempli de pièces discrètement branchées, Drew joue du ukulélé, Portia et Elliott sont scotchés à leurs téléphones. Il y a même une scène où une blonde oisive présente sa machine à eau gazeuse, fière de "sauver la planète", avant de goûter et abandonner l'idée. Cette moquerie dans l'air du temps, qui prend des cibles faciles, est le point d'entrée de la série. La satire est évidente dans les premiers épisodes, avec l'étrange impression que Search Party est un miroir de Girls, la série de Lena Dunham. Comme si les personnages avaient suffisamment parlé de sexe et d'amour pour regarder à côté d'eux. 

 

Photo Alia Shawkat

 

LE CHARME DISCRET DE BOBOLAND

La chose tourne malheureusement vite en rond, pour plusieurs raisons. La première : les personnages secondaires restent enfermés dans leur valeur satirique, qui les réduit à des stéréotypes peu attachants. Seul Drew tire son épingle du jeu grâce à l'interprétation de John Reynolds, et une écriture moins superficielle.

Search Party peine aussi à avancer sur le territoire du thriller et du polar, malgré quelques bonnes pirouettes sur certains des premiers épisodes. Entre amuser et tenir une intrigue de petit polar, la série hésite un peu, d'où une trop grand prudence et tiédeur. L'enquête étirée sur 10 épisodes manque ainsi de matière, et résiste un peu trop aux péripéties rocambolesques attendues. Entre les premiers pas très excitants et les révélations finales, l'histoire flotte trop, malgré une pause bienvenue dans une secte avec l'excellente Parker Posey, égérie du cinéma indépendant new-yorkais.

 

Photo

 

Arrive alors le deuxième problème : les personnages. Dans le milieu de saison, la série se focalise sur les mésaventures personnelles de chacun, de la vie d'actrice de Portia qui encaisse l'indifférence féroce de sa mère aux interrogations sentimentalo-sexuelles du couple de Dory et Drew, en passant par Elliott l'insupportable. Si Alia Shawkat et John Reynolds apportent un peu de vie et d'émotion à leurs petites histoires ordinaires de couple, les moments centrés sur leurs amis restent très faibles, à la fois parce que les personnages sont creux et parce que leur vie est une masse de clichés à peine écrits. 

 

Photo Alia Shawkat

 

ARRESTED IN LOVE

Search Party a donc beaucoup de défauts, mais repose sur une force indéniable : Alia Shawkat. Les fans de l'excellente série Arrested Development se souviennent qu'elle était parfaite dans le rôle de Maeby Fünke face à Michael Cera et Jason Bateman. Métamorphosée, l'actrice vue depuis dans Green Room est ici d'une fraîcheur et d'un naturel irrésistibles. C'est bien simple : Search Party, c'est elle.

Parce qu'au fond, la série parle de cette fille perdue dans la jungle de la vie, incapable de choisir son chemin et assumer sa place. La disparition de Chantal est une excuse pour fuir, pour se cacher d'elle-même, comme une sortie de secours. Elle flotte entre une vie de couple pas bien épanouissante et un travail ridicule, à un âge où elle est censée ne plus errer mais accepter la réalité.

Cette scène où Dory décide de se détourner d'une perspective professionnelle claire, qui était à l'origine sa seule ambition à peu près claire, montre bien qu'elle est prête à tout pour s'échapper. Peu importe où, pourquoi, pour qui. La valeur symbolique de l'enquête est évidente, comme en témoigne même le décor où traîne un aimant "Live the life you've imagined !". Dans une moindre mesure, tous les personnages partagent cette illusion (le métier d'actrice de Portia, les mensonges d'Elliott). De quoi comprendre ce qui lie ces gens, qui n'ont sinon pas beaucoup en commun.

C'est cette idée qui fait de Search Party une série touchante dans le fond, avec une tendresse et une certaine mélancolie omniprésentes - nourrie par la bande originale, et notamment la musique du générique Obedear de Purity Ring. 

 

Photo

 

RESEARCH PARTY

Une saison 2 a été commandée, après un final qui promet un virage net. Pas véritablement nécessaire tant Search Party avait tout d'une amusante mini-série, qui aurait eu plus de force et d'assurance sous cette forme.

Aussi imparfaite qu'elle soit, Search Party reste une petite surprise amusante et suffisamment décalée pour emporter. Elle rappelle au passage que TBS, qui a lancé à la même période la comédie de science-fiction People of Earth, est une chaîne à ne pas oublier.

 

Search Party est diffusé sur OCS City dès le 23 décembre.

 

Affiche

 

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire