Nip/Tuck - Saison 2

Ilan Ferry | 3 septembre 2006
Ilan Ferry | 3 septembre 2006

« Dites moi ce que vous n'aimez pas chez vous »… depuis juillet 2003 (et septembre 2004 pour les français), cette phrase est presque instantanément rentrée dans l'inconscient collectif comme symptomatique d'un mal-être ambiant que les docteurs Troy et Mcnamara se proposent de régler en quelques coups de scalpel. Après une première saison brillante qui n'avait de cesse de nous interroger sur la vacuité des apparences et le dangereux équilibre sur lesquelles reposent les standards de beauté de la société actuelle, Nip/Tuck revient pour une deuxième année encore plus tranchante.

 


On ne change pas une formule qui gagne. C'est ainsi que cette saison va, plus que jamais, prendre un malin plaisir à ausculter les tréfonds de l'âme humaine. Personnages nymphomanes, incestueux, pervers ou tout simplement en quête du plaisir ultime, ils forment un tout dans l'univers chic et choc de Nip/Tuck où sexe et névrose sont intimement liés. De fait, les premiers épisodes détonnent immédiatement de par leur relative sobriété et nous montrent un Christian découvrant les joies de la paternité tandis que Sean semble plus que jamais amoureux de Julia. Tout semble aller au mieux pour les deux médecins qui connaissent chacun un bonheur aussi bien familial que professionnel, ou l'incarnation même du rêve américain transmis par tube cathodique. Cependant, force est de reconnaître que les apparences sont trompeuses, un adage que la série semble avoir élevé au rang de philosophie. Si vous pensiez que Christian s'humaniserait au contact de son « fils » et que Sean et Julia demeureraient l'incarnation du couple parfait, réfléchissez-y à deux fois, car cette deuxième saison risque de bousculer vos convictions les plus profondes !

 


Ainsi les crises existentialistes des protagonistes se matérialisent ici dans leur peur de vieillir, véritable leitmotiv de cette nouvelle saison plus pernicieuse qu'elle n'en a l'air. Ici, chaque personnage se trouve contraint de mener une lutte perpétuelle contre sa nature profonde : aussi bien Sean que Christian se verront amenés à faire des choix, qui contribueront à la subtile permutation qui s'opère entre eux pour ne plus être en filigrane que les deux faces d'une même pièce, le premier en laissant libre cours à ses pulsions destructrices (à l'image de son fils Matt) et le deuxième en s'humanisant petit à petit au contact de son « fils » et d'une femme aveugle. De même, Julia (personnage clé de la relation triangulaire servant d'axe narratif majeur à la série) fera les frais de ses choix passés. Autre élément primordial : l'apparition de nouveaux personnages comme autant de vecteurs négatifs et dont les pivots sont Vanessa Redgrave, parfaite en mère castratrice de Julia, et Famke Janssen thérapeute aussi trouble que sensuelle et dont l'influence sur Matt se révélera à long terme plus destructrice que jamais. Ainsi, tout le génie de la série consiste ici à transformer une simple goutte d'eau en véritable raz de marée prêt à tout embarquer sur son passage. Encore plus que dans son année inaugurale, cette deuxième saison transforme la série en un voyage unique au sein d'un univers où la morale, jamais sauve, est constamment remise en question par un facteur aussi déterminant qu'imprévisible : le facteur humain !

 

 

En l'espace d'une saison de seulement 16 épisodes, cette deuxième fournée deNip/Tuck fait se bousculer un nombre incroyable d'événements et ne laisse personne indemne. C'est avec une joie non dissimulée qu'on suit les turpitudes de ces deux chirurgiens (miroirs déformants de tout ce qui nous attire et répugne) à travers lesquels nous réalisons par procuration nos désirs les plus enfouis. Si la première saison se concluait sur une image d'Épinal, elle n'en laissait pas moins la (dés)agréable impression d'assister à un calme apparent avant la tempête. Et quelle tempête ! Dès ce point de rupture annoncé, le jeu de massacre continue jusqu'à trouver son point culminant lors d'un dernier épisode au cliffhanger proprement hallucinant qui préfigure une troisième saison encore plus sombre et nihiliste.

Ilan Ferry.

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