Retour à Colorado Springs avec Dr. Quinn, femme médecin qui a marqué la carrière de Jane Seymour, du soap-opera médical et du western TV dans les années 90.
Écrasée par Urgences dans les années 90 et plombée par sa réputation de feuilleton niais "pour ménagères de moins de 50 ans" à la La Petite Maison dans la prairie, Dr. Quinn, femme médecin mérite pourtant plus d'égards. Avec 6 saisons au compteur, 142 épisodes diffusés dans une centaine de pays, un pilote de 90 minutes et deux téléfilms pondus par CBS pour apaiser la grogne des fans après son annulation, la série créée par Beth Sullivan fait partie des productions cultes des années 90 qui n'ont pourtant pas réussi à s'imposer aux générations suivantes.
Le fait qu'elle fasse encore le bonheur du groupe M6 en France, en squattant la même tranche horaire du début d'après-midi que la famille Ingalls pour ses rediffusions n'y est sûrement pas pour rien.
Il est donc temps de redorer le blason de Dr. Quinn (et de se repasser le générique, pour le plaisir).
FEMME MÉDE-SAINTE
Si on n'y retrouve pas de jargon scientifique toutes les deux répliques, de défilés en blouses blanches ou de ballets de brancards, Dr. Quinn peut malgré tout se ranger avec les autres soap-opera médicaux, dans la lignée du Jeune Dr. Kildare, Hôpital central, St. Elsewhere ou Casuality (transcendés par Urgences et pérennisés par Grey's Anatomy). Pour autant, la série a esquivé quelques figures imposées pour trouver sa propre dynamique et singularité.
La série respecte le traditionnel mélodrame plein de bons sentiments et la romance à l'eau de rose, mais s'éloigne des cadors du genre en prenant pour cadre la petite ville de Colorado Springs et non les habituels couloirs et blocs opératoires de grands complexes hospitaliers, où sont cloîtrés les personnages et les intrigues. À l'inverse aussi de The Knick ou A Young Doctor's Notebook & Other Stories qui auscultent la pratique de la médecine sous un angle historique sans trop en dévier.
Michaela a beau ne jamais être loin de son stéthoscope, l'exercice de la médecine au XIX° siècle, s'il sert de fil conducteur et trouve une récurrence certaine, n'est donc pas obligatoirement au coeur de tous les épisodes, qui brassent un nombre considérable de thématiques sans forcément les raccrocher à un quelconque patient. La série parvient à aborder des sujets de société malheureusement intemporels comme le racisme, la condition féminine, la ségrégation, la xénophobie, la justice, l'environnement, la maltraitance infantile ou encore le puritanisme religieux (la liste est très longue), en les rattachant au sens moral et à l'altruisme de Michaela, qui est l'incarnation pure du serment d'Hippocrate, qu'elle honore en dehors de sa clinique.
Ainsi, Dr. Quinn n'est pas vraiment une immersion dans le monde médical à l'époque de l'Ouest sauvage, mais plus un étalage des valeurs humanistes d'une figure médicale sacralisée. Comme le gentil Docteur Baker de La Petite Maison dans la prairie, le fait d'être la seule soignante d'une petite communauté isolée permet à Michaela de s'imposer comme la protectrice de la veuve et de l'orphelin (ou plutôt des orphelins), glorifiant l'héroïne au-delà du rationnel, pour atteindre une dimension presque romanesque. Nip/Tuck et Dr House opèrent d'ailleurs la décennie suivante une déconstruction radicale de ce modèle auréolé et un peu trop fantasmé avec des médecins cyniques qu'on aurait du mal à canoniser.
Il était une fois dans l'ouest
Dr. Quinn s'articule donc autour d'une figure sainte et idéalisée à la Charles Ingalls, mais a réussi à s'emparer de la gravité de son contexte historique - là où La Petite Maison dans la prairie a préféré l'évacuer pour n'en garder que l'esthétisme rétro. La série débute en 1867, soit juste après la Guerre de Sécession, et déroule sa fresque historique jusqu'au milieu des années 70, à la veille de la création de l'État du Colorado et de l'effacement de la frontière qui séparait les terres colonisées des territoires sauvages.
Dr. Quinn embrasse donc pleinement le genre du western, auquel elle n'emprunte cependant pas le révisionnisme et le manichéisme de la période classique, modelée par John Ford et effritée par le même cinéaste avec L'homme qui tua Liberty Valance (on en parle en détail par là). Même si elle ne le fait pas aussi abruptement que Deadwood ou avec autant de lyrisme que Danse avec les loups, la série essaie de dresser un portrait authentique d'une Amérique colonisée en pleine transition, sans transfiguration des figures mythiques du Far West.
Comme John Stewart dans le film de 1962, Michaela Quinn incarne donc ce progressisme qui se confronte au Vieux Monde, celui où règne encore la loi du Talion au profit de ceux qui dégainent le plus vite (ce qui n'empêche pas la série de tacler la Haute de Boston dès que possible).
En plus de partager sa science, médicale et sociale, Michaela assiste également aux débuts de la démocratie à Colorado Springs, avec la création du Conseil municipal, l'accès à l'enseignement grâce à la construction d'une école, ou encore l'industrialisation et la gentrification du pays avec l'arrivée du chemin de fer et d'investisseurs opportunistes tel que Preston Lodge (Jason Leland Adams). Sans oublier de dénoncer le traitement et le sort réservés aux Amérindiens, aux minorités raciales, aux marginaux ou à l'environnement.
La série a ainsi décroché un prix pour sa représentation des peuples amérindiens et de leur histoire, ainsi qu'un Genesis Award pour ses messages en faveur de la défense animale. Larry Sellers, l'interprète de Nuage Dansant, est quant à lui un Amérindien engagé pour la reconnaissance et la préservation de sa culture. L'acteur trouve ainsi un écho avec son personnage, dernier représentant de sa tribu qui souhaite partager son histoire et ses coutumes pour ne pas qu'elles disparaissent en même temps que lui.
Les intrigues mêlent également la fiction aux événements historiques, comme le massacre des Cheyennes à Whashita (qui a aussi servi de thème aux films Custer, l'homme de l’ouest et Little Big Man), la formation du Ku Klux Klan, ou encore la crise boursière de 1872. Malgré certains anachronismes, la série fait également appel à quelques personnages ayant réellement existé : le Général Custer, le Général Ely Samuel Parker (qui apparaît aussi dans Lincoln de Steven Spielberg), le poète Walt Whitman (dont l'homosexualité met la tolérance de Michaela à l'épreuve dans le très bel épisode Le Corps électrique), la hors-la-loi Belle Starr, ou encore Bison Noir. Michaela est elle-même librement inspirée de la médecin Susan Anderson, une des premières praticiennes à avoir exercé dans l'État du Colorado.
Pour retranscrire l'époque avec le plus de réalisme possible, la série a d'ailleurs choisi les décors naturels du Paramount Ranch (qui a également accueilli le tournage de Westworld), en plus de donner un soin tout particulier aux coiffures et costumes, designés par Cheri Ingle, Brienne Glyttov et Dorothy Baca (nominées pour plusieurs Emmy Awards).
PIECES OF WOMEN
Difficile de parler de Dr. Quinn sans aborder le féminisme de la série et de sa créatrice Beth Sullivan. Cet engagement social, félicité et récompensé au long de sa carrière, se retrouve ainsi dans ses précédents scénarios, notamment celui du téléfilm biographique Appel d'Urgences sur une femme battue dont la police ignore les appels à l'aide, mais aussi le téléfilm When he's not a stranger qui traite du viol et de la pression subie par les victimes.
La scénariste a également réussi à s'imposer dans l'arène très masculine du petit écran en conservant un contrôle créatif sur toute son oeuvre, en gardant ainsi son fauteuil de productrice exécutive - contrairement à Deborah Joy LeVine qui a fini par quitter l'équipe de Loïs & Clark : les nouvelles aventures de Superman pratiquement à la même époque.
Dr. Quinn a aussi permis à une femme, Jane Seymour, de porter une série populaire à 43 ans passés, aux côtés de Joe Lando âgé de 10 ans de moins. Fait encore plus rare compte tenu de la longévité de la série et des thèmes abordés.
Dr. Quinn a donc une attention toute particulière pour l'écriture des personnages féminins, sans pour autant négliger les différents personnages masculins qui se nuancent au fil des saisons pour se défaire de leur grossière caricature de départ. Au-delà d'une héroïne au caractère bien trempé qui doit faire ses preuves dans un monde d'hommes et affronter leurs préjugés, chaque second rôle féminin porte une blessure intime (l'infertilité de Grace, les années de violence conjugale de Dorothy, la prostitution de Myra ou le deuil de Thérésa).
Chacune porte également ses ambitions : prendre la parole en tant que journaliste et romancière, ouvrir son restaurant et acheter une maison, devenir médecin, ou tout simplement une femme accomplie et émancipée. Avec comme dénominateur commun ces bonnes vieilles valeurs familiales chrétiennes : Michaela est une célibataire hostile à la vie domestique, alors on lui colle trois enfants pour l'éveiller à la maternité. En revanche, le fait qu'elle se marie et tombe enceinte ne peut pas totalement être reproché au scénario, étant donné qu'il servait surtout à justifier la grossesse de Jane Seymour (des jumeaux en plus, difficiles à cacher).
Mais aucune de ces héroïnes n'est trop lisse, aucune n'est infaillible ou irréprochable, ce qui les rend profondément humaines, à l'instar de tous les personnages de la série (sauf Sully, ersatz de Mel Gibson qui est le parfait prototype du gentil mâle alpha). Même Michaela doit faire face à ses échecs, son ignorance, ses préjugés ou ses peurs, que ce soit avec la perte de plusieurs patients, sa défaite à l'élection municipale, son impuissance face au massacre des Cheyennes, son syndrome post-traumatique après son agression, la douleur de sa fausse-couche ou le deuil qu'elle rencontre à chaque étape de sa vie. Quelqu'un a dit "niais" ?
Dr. Quinn possède donc une vraie richesse d'écriture et une singularité rare au milieu des innombrables drames médicaux qui ressassent le même schéma. Ce western féministe ponce plusieurs motifs du soap-opera et verse allègrement dans le sentimentalisme, mais aborde aussi sans détour de très nombreux sujets sociétaux relatifs à sa toile historique. Avec tous les mérites, Jane Seymour a ainsi remporté le Golden Globe de la meilleure actrice en 1996 et deux nominations aux Emmy Awards en 94 et 98.
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On regardait vraiment par désoeuvrement et parce que y avait pas forcément mieux sur la même tranche horaire mais il n’y a aucune comparaison possible avec la Petite Maison dans la Prairie qui est un chef d’oeuvre à côté.
Jane Seymour, la plus belle. Un amour, un sourire. Ahhh somewhere in time….
Lorenzo Lamas@的时候水电费水电费水电费水电费是的
T’a fait ma soirée ; )
Mais la plus jolie femme de l’époque, quand même.
Allons allons, c’était la grande époque des séries TV ringardes et pourraves. L’époque où tous les acteurs rêvaient de trouver des rôles au cinéma. Les acteurs de cinéma d’ailleurs te regardaient avec condescendance en t’étiquetant « acteur de série TV » ce qui voulait dire acteur raté et minable… Les temps ont bien changé, aujourd’hui où les productions télévisuelles dépassent régulièrement en terme d’écriture les films pour neuneus qui sortent sur les grands écrans.
A cette époque on pouvait arborer fièrement ses cheveux longs en enfourchant sa moto et se prendre pour un rebelle ! Je regrette ces temps niais où il suffisait d’avoir une grosse paire de loches pour être embaucher fissa dans la team de David Hasselhoff…
D’ailleurs j’ai cru a tord pendant des années que c’était son spin-off. Sinon bonne série.
Cette série est l’une des plus belles héritières de la petite maison dans la prairie !