Top of the Lake saison 2 : pourquoi le retour de la série de Jane Campion est une grosse déception

Mise à jour : 15/12/2017 05:16 - Créé : 7 décembre 2017 - Lino Cassinat
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La saison 2 de Top of the Lake est diffusée le jeudi 7 décembre sur Arte, on en profite pour vous dire ce qu'on en pense et faire un petit retour sur la saison 1.

Top Of The Lake est une série créée écrite et réalisée en 2013 par la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion (Palme d'or pour La Leçon de Piano et idole absolue de l'ami Xavier Dolan), pensée à l’origine comme une mini-série de 6 épisodes d’une heure, mais qui a récemment eu l’honneur d’avoir une saison 2.

La série nous raconte les longues enquêtes (une par saison) de l’inspectrice de police Robin Griffin (Elisabeth Moss), spécialisée dans les affaires infantiles, mais Jane Campion utilise ce socle narratif polar pour enquêter en creux sur la violence patriarcale. En effet, c'est une cinéaste qui se revendique féministe et dont toute l'oeuvre pourrait-on dire est tournée vers cette thématique : exister et s’affirmer dans un monde gouverné par la domination masculine.

 

Image 642936Holly Hunter sur la chaise, magnétique en cheffe de femmes blessées

 


BIENVENUE À LAKETOP

Et c’est ce que la saison 1 de Top of the Lake mettait parfaitement en scène dans son intrigue de polar : dans une toute petite bourgade néo-zélandaise, une fille de 12 ans enceinte est retrouvée dans un lac aux eaux glaciales. Sortie de l’eau par son professeur, elle refuse de parler. Notre héroïne, qui est originaire de la région, tente de l’interroger mais l’enfant reste mutique, puis disparaît.

S’installe alors un récit vénéneux et imprévisible, une enquête parfaitement orchestrée et mise en scène avec beaucoup de talent. La pesanteur des paysages naturels en altitude se faisait l’écho de l’esprit tourmenté de Robin, brillamment incarnée par Elisabeth Moss - dont le bon goût télévisuel va de Mad Men à The Handmaid’s Tale. Sans cesse confrontée aux brutes (policiers et gangsters confondus) qui font la loi et aux violences de son propre passé, Robin avance tant bien que mal pour essayer de retrouver l’enfant prise au milieu d’un enchevêtrement de trafics de drogues, d’histoires de famille et de violences sexuelles.

 

Photo Elisabeth Moss"No one"

 

SEULE(S) CONTRE TOUS

Plus qu’un simple tract féministe, émergeait au bout du compte un récit passionnant sur la violence (en l’occurrence, masculine) et son caractère contagieux, comment elle s’installe jusqu’en haut de la hiérarchie, se transmet de génération en génération, se reproduit et corrompt tout le champ social. Si les femmes de cette histoire en sont les premières victimes, l’intelligence de Top of the Lake était aussi d’étendre cette réflexion aux hommes : ceux qui refusent de faire partie du groupe dominateur sont exclus, quand ils ne subissent pas eux-mêmes les pires humiliations. Les enfants quant à eux, sont obligés de se cacher tant qu’ils le peuvent du monde des adultes, sous peine de devenir comme eux.

 

 

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Non mais sérieux, c'est pas beau ça ???


Menée d’une main de maître, remplie de personnages magnétiques (Robin Griffin bien sûr mais il faut aussi absolument évoquer le grand opposant de l’histoire Matt Mitcham), parfaitement rythmée dans sa lenteur mais diablement efficace dans ses moments d’actions (avec notamment un vrai sommet de suspense lors d’une course poursuite au-dessus d’un lac) : bref, cette mini-série était une grande réussite.

Mais ça c’était avant que Jane Campion ne se décide à faire une saison 2. Alors évidemment, on était plutôt très enthousiastes, et Dieu que la déception fût grande, à tel point que l’on tient là une des plus grandes déceptions télévisuelles de 2017 (rassurez-vous, y’a pire quand même, coucou Inhumans, salut Iron Fist).

Résumons d’abord un peu le contexte avant d’étudier ce qui ne va pas. Top Of The Lake : China Girl nous emmène à Sydney cette fois-ci, où Griffin reprend du service 5 ans après son escapade en Nouvelle-Zélande. Sauf qu’après les évènements de la saison 1, Griffin a mauvaise réputation et doit refaire ses preuves. On l'affuble d’une partenaire émotive (Gwendoline Christie, bien connue des fans de Game of Thrones) et on lui attribue une enquête sur le meurtre d’une prostituée asiatique (alors que Griffin est spécialisée dans les affaires infantiles dans la saison 1).


 

RETOUR CAHOTEUX À SYDNEY

Cette saison 2 est percluse de défauts d’écriture. Exemple dès le premier épisode, avec une construction si alambiquée qu’elle interpelle : Robin Griffin s’occupe par hasard de la mort d’une jeune fille asiatique alors que cela coïncide avec le moment où l’inspectrice veut renouer avec sa fille, laquelle sort avec un gars bizarre qui, drôle de coïncidence, est directement lié à un bordel prostituant des jeunes filles asiatiques. C’est quand même une grosse couleuvre à avaler.

Le fait que tout soit lié fonctionne dans la saison 1 puisqu’elle se déroule dans un lieu isolé, peu peuplé et parce que le personnage principal en est originaire. Sauf qu’à l’échelle d’une grande ville, où personne ne se connaît, ça ne marche plus du tout. Le scénario abuse des coïncidences folles et des hasards aberrants, et ne travaille aucune connexion logique. On en vient presque à se dire que chaque femme de Sydney est une mère porteuse ou une femme stérile.

 

Photo Elisabeth MossElisabeth Moss livre à nouveau une fomidable prestation

 

L’autre gros problème d’écriture, ce sont les personnages, au mieux simplistes et au pire caricaturaux. On a d’ailleurs une petite pensée émue pour tous les geeks et métalleux de la Terre, qui doivent se sentir bien insultés à l’heure actuelle, tant on sent que le personnage de Brett et ses horribles copains nerds sont des prétexte traités par-dessus la jambe pour caractériser à la dynamite toute une communauté à travers ce qu'elle fait de pire : laids, barbus, malingres et incroyablement machos. On est vraiment pas loin de nous resservir en plus la bonne vieille soupe "les jeux vidéos rendent les garçons violents ma bonne dame".

De même, les dynamiques "vieille briscarde solitaire / rookie émotive collante" et "jeune fille sous emprise d'un vieil intellectuel toxique" ne marchent absolument pas tant les liens qui les unissent et les situations sont forcés, et les dialogues, lourds. Il n'y a qu'à voir ce duel d'idiots entre David Dencik et Nicole Kidman en féministe grisonnante new age fan de Germaine Greer (soupir), se concluant sur un magnifique "la destinée de l'homme est d'asservir la femme" de la part du monsieur. Les sabots sont très gros.

 

Photo Alice Englert, David Dencik"La destinée des hommes est d'asservir les femmes" COUCOU C MOA LE MECHAN PAT HIBULAIRE

 

GERMAINE GREER CONTRE PUSS, LE VILAIN ALLEMAND

Heureusement, le casting fonctionne très bien (mention spéciale à Alice Englert, fille de Jane Campion) et certains personnages surnagent (Pyke, Griffin). Mais ça ne fait que sauver les meubles d’un récit qui ne convainc pas. Et ce n’est malheureusement pas le travail photographique, complètement anecdotique, qui viendra rattraper tout cela.

On en retient juste une confrontation en trés longue focale à la plage entre notre duo de flics et on oublie le reste, complètement sans identité visuelle et échouant à installer une ambiance. Petite note tout de même sur Nicole Kidman : c’est une erreur de casting. Elle n’est jamais à l’aise, et sa simple présence (et celle de sa perruque) phagocyte chaque scène.

 

Photo Nicole KidmanNicole Kidman ne sait pas quoi faire de sa prestance dans cet univers cabossé. Et puis cette perruque...


Dernier point fort originel torpillé par la saison : la thématique de la série. C’est probablement la plus grosse déception. On retrouve la dynamique d’opposition contre un univers masculiniste, mais cette fois Jane Campion nous sert un propos très brouillon et, à force de ne rien justifier, s’aventure sur le terrain d’un troublant essentialisme très ambigü.

Tout au long du récit, les actions et les psychologies des personnages semblent (caricaturalement) déterminées par leur sexe, si bien qu’on peut en tirer la formule "hommes = violents" mais également (et c'est un comble) "femmes = mères protectrices". Seul Pyke, très beau personnage plus nuancé, y échappe ; mais comme pour le reste, aucune explication n’est avancée.

 

Photo Ewen LeslieMerci Pyke d'exister au milieu de tout ça

 

De Top of the Lake, il ne reste donc dans les esprits qu'une première saison vraiment mémorable, et l'amère impression qu'il n'y avait vraiment pas besoin de prolonger ce qui devait rester une mini-série. Il n'y a qu'à voir comment la saison 2 coupe brutalement les ponts avec la première, par exemple en jetant le personnage de Johnno Williams comme un vulgaire meuble encombrant, pour se rendre compte du mal que fait Jane Campion à sa propre oeuvre.

C'est dommage, tout avait été pourtant si bien dit... Si le coeur vous en dit malgré tout, Top Of The Lake : China Girl est diffusée à partir du 7 décembre sur Arte.

 

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commentaires

JULES 12/12/2017 à 00:06

Terminé la saison hier. Ben punaise, c'est même pas une deception a ce niveau la. C'est d'un ridicule et bourré d'incohérences. pitoyable.

Bubulle 11/12/2017 à 09:08

Moi j aime beaucoup la saison deux, contrairement à vous.

Merci aurevoir.

Jody 09/12/2017 à 01:29

Quelle ironie pour une série soit disant féministe, faite par une pro-feministe que le seul personnage intéressant de cette saison soit... un homme.
BAAAHHHHH ;D

Karen 07/12/2017 à 23:22

La saison 1 comme la 2 sont parfaites pour résoudre des crises d'insomnies !

rroseselavy 07/12/2017 à 22:36

Très mauvais article, tout ce qui faisait l'intérêt de la première saison est retrouvé ici.

Kouak 07/12/2017 à 18:34

Bon bin je m'étais préparé une pt'ite soirée Campion...Vu que nous avions apprécié la saison 1...
Damned, je vais me rabattre sur «peur primale»...
Déjà vu mais tellement bon....
Merci pour la critique et le retour de visionnage...
@+

Tomas 07/12/2017 à 17:59

Effectivement très décevant et bourré d'incohérences, le traitement du mari de Moss notamment lors du premier épisode ou le second, et leur séparation qui n'a totalement aucun sens.

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