Rick et Morty saison 5 épisode 6 : american express

Mathieu Jaborska | 26 juillet 2021 - MAJ : 26/07/2021 16:41
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Rick et Morty sont de retour dans un épisode 100% américain.

L'année dernière, la saison 4 de Rick et Morty était scindée en deux, et il avait fallu attendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour découvrir l'épisode 6, une des plus étranges expérimentations de la série. Depuis, Justin RoilandDan Harmon et leurs équipes ont décidé d'accélérer le rythme. Et par conséquent, ils ne répliquent pas cette frustration. Rick et Morty : Spécial Thanksgiving, trois mois en avance sur la fête en question, est pourtant pile à l'heure et restera probablement comme la plus américaine des aventures du duo. Attention mini-spoilers !

 

photoEt c'est parti pour un nouvel épisode

 

America, Fuck Yeah

L'anachronisme de l'épisode en dit beaucoup sur les intentions du scénariste James Siciliano, plus enclin à se moquer des "season specials" typiques des séries de l'Oncle Sam qu'à leur rendre hommage. Le public français dont nous faisons partie n'est pas habitué à la chose, la plupart de nos feuilletons locaux prêtant peu attention aux fêtes traditionnelles, et encore moins à Thanksgiving, évènement typiquement américain puisqu'intrinsèquement lié à l'Histoire du pays.

Tout cet épisode repose sur des particularités 100 % yankees. Pour se faire pardonner d'avoir tenté de voler la constitution (Nicolas Cage va porter plainte pour plagiat) et d'avoir détruit la moitié du patrimoine de son pays (dont une statue de la Liberté tueuse), Rick veut se transformer en dinde pour se faire gracier par le président, tirant profit d'une vieille tradition. Mais le bougre, désormais un personnage récurrent incarné avec une certaine jubilation par Keith David, entend bien ne pas se faire avoir une fois de plus et entreprend de le piéger en transformant ses soldats en dindes.

 

photoUne sacrée farce

 

Siciliano s'amuse bien à parodier les codes du season special classique, qui fait tout pour s'adapter - parfois très artificiellement - aux coutumes du moment. La scène de repas y est insérée à la truelle, l'intrigue est complètement improbable, les antagonistes absurdes. Les deus ex machina (les extraterrestres) volontairement tirés par les cheveux. Mais plus encore que les dérapages narratifs et esthétiques du modèle auquel il fait mine de se conformer, l'épisode pastiche les grands classiques du blockbuster pro-américain décérébré et plus largement la culture populaire américaine dans son intégralité.

Chacun est à sa place, en particulier le pauvre redneck envoyé se métamorphoser en dinde, qui quitte, à l'instar de ses collègues, une femme enceinte jusqu'au cou, conformément au cliché. La scène post-générique en rajoute encore une couche, en émulant avec une petite dose de méchanceté les drames centrés autour du stress post-traumatique des soldats. De son côté, le président ne se fait pas prier pour jouer les héros de pacotille, Independence Day-style, surtout quand il se laisse aller au classique discours de motivation, si typique du divertissement grand public américain qu'il n'a même pas besoin de raconter quelque chose.

 

photo"Go Fourth, America !"

 

American gigolo

Le tout semble donc rapidement, à première vue, glisser de la parodie rigolarde à la satire, exercice qu'on ne prête jamais à nos deux héros, se gardant bien d'empiéter sur les plates-bandes de American Dad! et autres Simpson. Une hypothèse représentée par le dialogue intérieur du président, ressassant une vie composée des plus grands accomplissements américains, à savoir... les PlayStation et le tristement célèbre oscar du meilleur film décerné à Shakespeare in Love.

Toutefois, ça serait mal connaître la roublardise inhérente à la série. Si cet épisode semble en surface se livrer à une diatribe comique, il se joue en réalité... des diatribes comiques. Il n'est pas question de prétendre s'attaquer à quoi que ce soit, sinon aux oeuvres qui justement revendiquent leur agressivité. D'où l'exagération délirante des frasques des politiques, prêts à admettre une dinde comme leader et à voter l'invasion de leur propre territoire sur la foi d'une conséquente augmentation de salaire. Une raillerie qui prend tout son sens lorsque Summer se fend d'un monologue attendu à propos de la symbolique de Thanksgiving, qu'elle reconnait instantanément comme un lieu commun.

 

photoThis is fine

 

Qu'on se rassure donc, Rick et Morty ne prétend toujours pas délivrer un propos politique, alors qu'il multiplie les références à la gouvernance américaine. Un exercice d'équilibriste complexe, mais franchement maîtrisé, qui n'a pas manqué de provoquer le rire chez les spectateurs étasuniens. Les philosophes nous rétorqueront que tout est politique - et ils ont raison -, mais en l'état, les péripéties de ce savoureux duo se contentent de ne rien respecter, du modèle culturel américain et de la fonction présidentielle à leurs détracteurs. Et ça fait plaisir à voir.

Un nouvel épisode de la saison 5 de Rick et Morty chaque lundi sur Adult Swim via Molotov en France depuis le 21 juin 2021

 

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