True Detective Saison 3 Episode 6 : le mystère de la chambre rose

Simon Riaux | 12 février 2019 - MAJ : 12/02/2019 14:59
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Après une première saison adulée, puis une deuxième reçue violemment par la critique et le public, True Detective tente de retrouver ses racines en nous plongeant dans une intrigue complexe, étalée chronologiquement et particulièrement éreintante pour ses protagonistes.

ATTENTION SPOILERS !

 

photo, True Detective saison 3 Mahershala Ali

 

BLAST FROM THE PAST

En cinq épisodes, la nouvelle saison de True Detective aura su aiguiser notre curiosité, nous passionner pour son héros, avant de progressivement nous anesthésier dans de ronronnantes répétitions. Jusqu’à un épisode 5 qui enclenchait clairement le dernier acte, au cours duquel nos deux flics devront se confronter à ce qu’ils ont bien pu commettre dans les années 90, période où un rebondissement inattendu devait désigner le père des gamins disparus comme un suspect de premier plan.

Nous retrouvons donc Wayne (Mahershala Ali) et Roland (Stephen Dorff) après leur écoute d’un enregistrement hallucinant, où la supposée Julie Purcel, disparue depuis plus de dix ans, accuse son père d’être responsable de ce qui est arrivé à elle et son frère, tout en expliquant qu’il ne serait pas son géniteur.

 

photoUn interrogatoire avec Sarah Gadon qui peine à avancer

 

Logiquement, les accusations portées dans les années 80 par des proches, estimant que Julie ne pouvait pas être sa fille naturelle, refont surface, alors que les enquêteurs s’inquiètent soudain de son rapport avec les mômes et de la raison d’être de l’orifice dans le mur de la chambre des enfants. Pour les supérieurs de Wayne et Roland, l’affaire est entendue, Tom Purcell (Scoot McNairy) est coupable et ne doit pas échapper aux autorités.

Alors que les inspecteurs perquisitionnent le domicile paternel, ils trouvent plusieurs éléments laissant entendre que le maître des lieux serait homosexuel, et aurait eu recours à des « thérapies religieuses » pour se « soigner ». Voilà un nouvel élément qui interroge non seulement sa paternité mais aussi la présence régulière des enfants aux environs de Devil’s Den, lieu notoire de rencontres homosexuelles.

 

photo La tension monte en Wayne

 

Pour autant, cette nouvelle impulsion ne donne pas immédiatement de résultats. L’interrogatoire des anciens enquêteurs qui ont fouillé la maison Woodard et découvert les effets des enfants Purcell paraît ne rien donner, en dépit d’une rencontre dissonnante avec un ex-collègue devenu chef de la sécurité d’un complexe industriel.

 

ATTENTION LES SECOUSSES

Pour Wayne et Amelia, la paix retrouvée semble bien fragile, tant l’ouvrage rédigé sur l’affaire peut, au détour de la phrase la plus anodine, provoquer l’ire de l’un ou de l’autre. De son côté, la néo-romancière tente de retrouver la trace de Julie, et réussit à en découvrir un peu plus dans un foyer religieux accueillant de jeunes femmes isolées.

Pendant ce temps le couple de policiers est contacté par le fameux cousin Dan, interrogé dix ans plus tôt, lequel semble aussi nerveux que gentiment à l’ouest. Il dévoile avoir vécu une partie de son enfance aux côtés de Lucy Purcell (Mamie Gummer) la mère des enfants et affirme désormais que sa récente overdose était un meurtre maquillé. Cocaïné jusqu’au front, il prétend pouvoir offrir de précieux indices afin de retrouver Julie.

 

photoDrame de la constipation

 

Cousin Dan s’enfuit en réclamant plusieurs milliers de dollars pour ses infos, sans qu’il soit possible de déterminer clairement s’il a aperçu quelque chose l’inquiétant, ou s’il désire simplement fausser compagnie aux flics. Une chose est sûre, il ne considère pas le père comme un suspect crédible, mais leur rencontre, confrontation, paraît de plus en plus probable, et pourrait expliquer qu’on ait retrouvé son cadavre dans une carrière asséchée.

Et c’est précisément ce qui arrive, lorsque le paternel le confronte, au motel où il a ses habitudes. Quelques menaces plus tard, les deux entreprennent de taper très fort sur le corps de l’autre, probablement pour se rappeler le bon vieux temps. Après une bastonnade sévère, cousin Dan admet avoir pour projet de vendre une maigre info aux policiers : le nom de l’individu dont il soupçonne qu’il ait acheté le silence de la mère des enfants en échange de ressources lui permettant de vivre pendant 8 ans.

Voilà qui l’emmène directement au manoir Hoyt, où il s’introduit avec l’aisance d’un ninja beurré au Vermouth. Au sous-sol, il découvre une pièce rose, sorte de chambre, dont un angle mort nous interdit de comprendre ce qui le sidère, avant qu’une silhouette ne se précipite vers lui.

 

photo Quand les secrets rongent...

 

Voilà enfin un élément fondamental, qui confirme plusieurs éléments. La récurrence de l’image d’une « chambre rose » dans les témoignages entourant Julie, mais aussi la cohérence de cet univers avec celui de la première saison, ne vont pas manquer de provoquer moult théories. Nous retrouvons donc une conspiration, ourdie par de riches chrétiens, pour disposer de jeunes filles, à des fins qui demeurent encore à élucider, le tout baignant dans quantités de rituels étranges (poupée, position du cadavre du jeune Purcell).

 

LE RETOUR DU ROI JAUNE

Enfin, un épisode aura semblé reprendre un peu les rênes de la narration. Mais True Detective saison 3 est bien loin d’avoir renoncé à tous ses démons. Si la seconde moitié de l’épisode est aussi mystérieuse qu’intense, l’entame laisse à désirer, émaillée de dialogues ou saynètes difficilement supportables.

Qu’il s’agisse d’une énième interruption de l’interview de Wayne en 2015, d’une nouvelle démonstration de la mémoire vacillante du personnage quand il discute avec Roland, de ses ennuis conjugaux, ou des conseils lourdingues en matière d’adultère qu’il dispense à son fils, quantité de passages paraissent une nouvelle fois diluer le récit. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, leur mise en avant demeure boîteuse.

 

photoUn secret sur le point d'éclôre

 

De même, on se réjouit de voir les deux derniers épisodes embrayer vers une énigme de plus en plus tordue, qui partage beaucoup avec la saison 1. Mais que cela aura été longuet, puis abrupt. Rappelons-nous justement l’introduction de la mythologie du Roi Jaune dans la première proposition de Nic Pizzolatto : elle fut constante, progressive et de nature à finalement saturer l’imaginaire du spectateur.

Pour plaisants que soient ces derniers rebondissements, ils laissent tout de même un air d’improvisation, doublé d’un sentiment d’artificialité que les deux derniers segments auront fort à faire pour effacer.

La saison 3 est diffusée sur OCS chaque lundi à 21h sur OCS City.

Notre critique des cinq premiers épisodes est à retrouver ici.

 

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commentaires lecteurs votre commentaire !

yellow
19/02/2019 à 22:57

ps: en polar d'anthologie, il fallait absolument que je mentionne aussi Fargo (le film hein, pas la serie, et en vostfr, surtout pas en vf).

yellow
19/02/2019 à 22:40

Bref la saison 3 c'est sympa. Mais une serie totalement reussie, True detective l'a prouvé, c'est possible et c'est 8 a 12 episodes bien maitrisés, et un point a la fin (Stranger things, idem, une saison nous aurait laissé un excellent souvenir, mais a vouloir trop tirer sur la corde...)

yellow
19/02/2019 à 22:36

True detective c'est une seule saison (est-il necessaire de preciser la premiere?)
Qui se suffit elle meme en tant que meilleure serie policiere depuis...chapeau melon?
Voir meme comme meilleure polar sur écran depuis...Norman Bates?
Allé, usual suspect s'en sortait presque un peu mieux, soit, mais pas de beaucoup! Et je ne pense pas exagerer. Je n'ai pas vu beaucoup d'autres polars qui m'ont laissé un souvenir aussi intense. Ah si, dans un autre decor, Le nom de la rose!
Et par 'meilleure serie', je sous-entends une serie ou l'on ne nous rallonge pas la sauce inutilement parceque le producteur pense que ca se vendra (oui Breaking Bad c'etait bien, mais justement...en une saison ca le faisait aussi)

Louig
15/02/2019 à 11:24

Le manoir qui souvenons nous se trouve juste à coté de là où les gamins ont disparus ....police de qualitay !
Cette saison ressemble vraiment trop à un mix des deux précédentes avec un montage alambiqué pour perdre le spectateur avant quelques twist fumeux.

Boddicker
13/02/2019 à 14:49

Ce sont les spectateurs qui sont éreintés...
Mon courage à fini d'agoniser pendant l'épisode 5.
Cheers.

Kouak
13/02/2019 à 09:38

Bonjour,
d'accord avec Sigi.
Les dialogues sont vraiment à la ramasse...
Même les disputes de couples sont bidons...
Que se soit entre les deux flics ou entre les époux...
Bref...Nous avons arrêté à 4 épisodes et demi...
Dommage...

Yann
12/02/2019 à 22:19

C'est qui hoyt? Merci

Sigi
12/02/2019 à 16:45

La faute à un Pizzolato véritablement surestimé. Il est clair qu'il se regarde écrire, avec des dialogues "à effets directs" de plus en plus insupportables. "On a vu cette ville mourir" "Elle n'est pas morte. Elle a été assassinée"... Okay Nicky -_-

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