Warrior saison 2 : la série de kung-fu tient-elle enfin ses promesses brutales ?

Simon Riaux | 5 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 5 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Warrior avait légitimement engendré la curiosité, après une première saison spectaculaire et unique, sans doute un peu trop riche pour son propre bien. Voici venir sa suite, qui a la délicate mission de nous divertir à coups de grosses bastons, de jolis décors, au gré d’une intrigue qu’on espère plus équilibrée.

COUP DE TÊTE

Pour séduisante et classieuse que soit cette orgie de bagarres, elle souffrait d’un trop-plein narratif évident, alors que ses scénaristes s’efforçaient de démultiplier les personnages, les intrigues, et leurs échos politiques. Un programme plus que copieux, à fortiori quand il s’inscrit dans le décor chargé du San Francisco du XIXe siècle finissant. Et c’est donc d’une pièce montée ripolinée à la sueur qu’hérite cette saison 2, contrainte de tailler dans le gras pour dégager des lignes scénaristiques claires. 

Nettoyer la scène des sous-intrigues politiques, écarter quelques personnages plus encombrants qu’autre chose, remuscler ceux qui accrochent la lumière, sans abandonner la dimension spectaculaire de Warrior, voilà une nécessité, qui pousse cette saison dans des retranchements un peu roboratifs dans son premier tiers. Dix-huit mois se sont écoulés depuis la diffusion initiale des épisodes précédents, et il est indispensable de nous remettre dans le bain, tout en éclaircissant l’eau de ce dernier. 

 

photo, Andrew Koji, Jason TobinDeux frères pas encore ennemis

 

Et le résultat s’avère initialement fastidieux. Au cours de ses quatre premiers chapitres, pour luxueuse qu’elle soit, la série a manifestement du mal à retrouver un poids d’équilibre ainsi qu’une ligne directrice claire. On comprend mal les lignes de tension entre les différents Tongs, ce qui pousse les protagonistes à se transformer en carpaccio humain, et surtout, pourquoi la série s’ouvre avec tant de bavardises ?

Jonathan Tropper, créateur de la série et ancien scénariste de Banshee, se prend plus d'une fois les pieds dans le tapis de la grandiloquence, et s'il propose un regard plutôt à rebours de la conception américaine du communautarisme, assez acéré quand il veut en pointer les limites effets pervers ou mécaniques d'emballement, il a beaucoup plus de mal à les traduire en fils narratifs clairs. En témoigne celui traitant de la vie et de l'action des officiers de police, assez lourd et répétitif. 

Espérons que vous aimez tant l’anglais des dockers irlandais que le mandarin des triades, parce que dans le premier tiers de cette seconde saison, si nos héros ne perdent pas une occasion de se menacer ou de se promettre de vigoureuses mutilations, il leur faut l’équivalent d’un précis de poésie grecque en braille pour le déclamer. Alors certes, plusieurs des situations abordées sont complexes et on n’imagine pas le maire de San Francisco expliciter la politique raciale d’une mégalopole en pleine expansion entre deux low kicks matinaux. Mais quand la logorrhée touche jusqu’aux plus mongoloïdes des hommes de main finis à la gnôle, on se dit que c’est la série elle-même qui aurait bien besoin d’une paire de baffes. 

 

photo, Dianne DoanMai Ling peut-elle dominer Chinatown sans y laisser trop de plumes ?

 

MANCHETTE BALAYETTE

Mais on ne peut enlever à cette saison deux réussites notables. Non seulement le scénario parvient à simplifier ses enjeux et aplanir son terrain, mais passé le cap des quatre premiers épisodes, le récit se retrouve considérablement fluidifié. Les forces en présence sont explicitées, et les enjeux aisément compréhensibles, et tout cela se fait en faveur d’un spectacle à l’intensité renouvelée. 

Une nouvelle fois, un épisode “concept” sert de pivot à l’ensemble et remet très littéralement les personnages sur leurs rails. Ah Sahm, toujours aussi charismatique et enjôleur fait face aux conséquences de ses actes, tout en assumant son désir d’assoir aussi bien son image que sa domination sur Chinatown, tandis que ses adversaires trouvent enfin leurs marques, à commencer par l’inquiétant Buckley, qui peut sortir de l’ombre pour jouer pleinement sa carte d’agent du chaos. 

 

photo, WarriorJeux de mains, jeux pas si vilains

 

Une fois ce grand bac à sable de la tatane prêt pour l’action, Warrior ne démérite plus et déroule un véritable festival d’action, une sorte de fantasmagorie martiale invraisemblablement accomplie. Les affrontements se font toujours plus complexes et brutaux, quand ils ne virent pas carrément à la sauvagerie. Lors de la seconde moitié de cette saison 2, on ne compte plus les morceaux de bravoure, tous plus surréalistes les uns que les autres.

Que ce soit sur le plan technique (une interminable séquence d’émeutes urbaines qui fait passer Gangs of New York pour une dispute de cour de récré), ou en matière d’intensité dramatique (la peignée terrible que subit Ah Toy), chaque chapitre va un peu plus loin que le précédent, jusqu’à mettre le spectateur à genoux, sidéré par la puissance de l’ensemble et par sa dimension férocement ludique. 

 

photo, Andrew KojiSe faire remonter les bretelles, c'est tout un art

 

Enfin, cette progression accélérée donne à tous les comédiens un espace d’expression qui met aussi bien la physicalité que la finesse des interprétations en avant. Andrew Koji s’avère une nouvelle fois un leader idéal, passant sans arrêt de l’ombre à la lumière, jamais écrasée par la figure tutélaire de Bruce Lee (plus cité que jamais). Mais les rôles féminins ne sont pas en reste, tant Dianne Doan et Olivia Cheng nous réservent de surprises et de séquences ébouriffantes. 

Cette saison achève d'ailleurs de satisfaire en ne reculant pas devant les défis qu’elle s’est lancés. Plusieurs protagonistes terminent ainsi leur parcours dans le sang et/ou les larmes tandis que l’intrigue assume de confronter chacun à ses erreurs, ses choix et les soubresauts qu’ils engendrent. La disparition d’au moins deux protagonistes étonne franchement, tant par la justesse de leurs décisions narratives que leurs conséquences dévastatrices.  Et à l’issue de cette nouvelle fournée d’épisodes, Warrior semble avoir trouvé l’équilibre entre trip de kung-fu violemment spectaculaire, et récit d’aventures ample. Il ne reste plus qu’à espérer une troisième saison à la hauteur de ce formidable uppercut. 

Un nouvel épisode de la saison 2 de Warrior diffusé chaque samedi sur OCS en France dès le 3 octobre 2020

 

photo

Résumé

Condamnée à alléger l'embonpoint narratif sur lequel se terminait la première saison, cette nouvelle fournée d'épisodes est d'abord fastidieuse, avant de trouver sa vitesse de croisière dans une seconde moitié furibarde et invraisemblablement spectaculaire.

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Lecteurs

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commentaires
Mumu
05/01/2021 à 19:16

Super série

Nunchakus
19/12/2020 à 17:46

Super série avec des chorégraphies de combats incroyables. En filigrane le style de Bruce Lee donne ce petit plus par rapport aux autres series voir films d'arts martiaux. Que du positif pour cette magnifique série.

Adil
17/12/2020 à 08:27

Magnifique série je suis un grand fan de Bruce lee

Fung hai
09/12/2020 à 20:15

Série exceptionnel Franchement ont apprend pleins de choses le tram de san Francisco personnes super bon tu en prend plein la gueule...

Cépamoicélui
06/12/2020 à 19:37

A quand la saison 3, j’en trépigne d’impatience !!!

reth
06/12/2020 à 19:08

Je viens de finir l'épisode 9 et je dois avouer que j'ai kiffé. Bien évidemment les stéréotypes sont présents mais c'est bien joué; les scènes d'actions sont + que plaisantes. Franchement pas une série de bonne facture.

Kris
16/11/2020 à 17:38

Superbe serie dans la lignée de banshee. Les personnages sont attachants et l'histoire intéressante

Pinkman
12/11/2020 à 13:14

Même avis que Slade ^^.


Donc j'en suis a l'épisode 6 (j'attend le 7éme).

Juste dingue. Si la 1er saison était déja excellente. Cette S2 s'approche du masterpiece par excellence.

Dire que quasiment personne n'en parle. Alors que c'est la meilleur du genre depuis....Très longtemps. C'est la GoT du kung fu.

Pour le moment, c'est LA série de qualité (oué not sorry Mandalorian, bien que sympa).

Série de grande qualité, injustement sous coté (manque une grosse chaine peut étre) !

Slade
09/10/2020 à 23:27

Trêve de critiques se voulant tellement intelligents que ça vire à la monotonie.
Trouve moi une autre série d’action potable surtout que celle de base (Kung fu/David Caradine) a bien mal vieillie.
Pour ma part,je suis bien enfoncé dans mon fauteuil,après avoir été en extase avec la première saison,je compte y rester me rincer l’œil.

Pinkman
07/10/2020 à 17:18

Je vous trouve assez dur sur la 1er saison (qui était déja formidable). Et encore plus avec les 1er épisode.

Bon, je n'ai vu que le 1er épisode de la Saison 2 (rahhh trop d'attende). Mais rien que le premier est assez dingue. De nombreux combat (varier et parfaitement exécuter), on remet toutes les intrigue en route, ainsi que tout les perssonage. Le rythme est bien doser, on reprend un peux la ou on en étant.

Si les 3 autres sont du même acabit, c'est juste dingue. Alors si vous dites que la seconde moitié les mange au petit déj...Euhhh, faudra que je me prépare psychologiquement la ^^.

La série m'épate vraiment de par TOUT le soins apporter, non seulement les combat (d'une classe, en restant lisible et superbement mis en scène), mais le travail des perssonage (de l'acting), et surtout de la prod (décors, costumes, musique, photographie.

Elle est clairement sous coté, notamment dans le genre (invisible), et de ce qu'elle propose.

Bref, pour moi si la S2 fait aussi bien (voir mieux), que la 1er saison. Nous aurons droit a un autre bijoux de luxe après feu Banshee (quel série elle aussi).

Par contre, pour une Saison 3 ca me semble compliquer. Même si HBO Max a récupérer les droit de diffusion des 2er saison. La chaine avait fait savoir par le passé que c'était par leur came au niveau de ce qu'il voulait pour leur catalogue (je les hait) !!!

Bref, futur gâchis a l'horizon mon capitaine.

Paix et amour.

ps : Dans 2 jours, autre chef d'œuvre qui arrive, dans un tout autre genre : The Haunting Of Bly Manor.

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