Omniscient : critique de la nouvelle dystopie Netflix

Déborah Lechner | 14 février 2020 - MAJ : 18/02/2020 10:56
Déborah Lechner | 14 février 2020 - MAJ : 18/02/2020 10:56

Après sa série 3% sur Netflix, l’espagnol Pedro Aguilera revient sur la plateforme de streaming avec une autre création originale et dystopique en portugais, Omniscient. La première saison de cette série de science-fiction se compose de six épisodes et met en vedette Carla Salle, une actrice principalement connue pour ses rôles dans des séries brésiliennes, qui se fait donc connaître à l’étranger pour la première fois. 

ATTENTION : LÉGERS SPOILERS !

MINORITY MIRROR

La série Omniscient de Netflix nous plonge dans une ville brésilienne fictive qui semble se situer dans un futur tout proche. Chaque habitant y est constamment surveillé par un drone imperceptible qui filme leur quotidien sans discontinuer, ce qui a drastiquement réduit la criminalité. 

Nina Piexoto (Carla Salle), une stagiaire qui travaille pour la société Omniscient qui contrôle le système, a toujours vécu avec un drone collé à ses basques, n’a jamais connu le danger et n’a jamais rien commis d’illégal, pas même jeter un détritus par terre. Pourtant, sa vie va radicalement changer après la découverte de son père Inacio (Marco Antônio Pâmio) abattu d’une balle dans le dos. Aucun signalement n’a été fait, personne n’a été arrêté, ce qui embarrasse bien la société mère, qui tente alors d’étouffer l’affaire. 

Omniscient refuse même de laisser Nina visionner les images filmées par le drone de son père, car aucun humain n’en a le droit, bien que la situation soit inédite. La jeune femme est alors convaincue qu’elle est la seule à pouvoir faire la lumière sur cette affaire, quitte à aller à l’encontre de la loi pour la première fois de son existence.

 

photo, Carla Salle,Des drones de la taille d'un insecte

 

Rien qu’à la lecture du synopsis, on comprend qu'Omniscient n’ambitionne pas de proposer quelque chose de réellement novateur. La série de Netflix puise sa principale source d’inspiration du personnage Big Brother du roman 1984 de George Orwell, un des récits d’anticipation les plus importants du genre.

Elle cultive également plusieurs thématiques attendues de la science-fiction dystopique. Après la surveillance constante de Nina et du reste de la population, l’autre aspect mis en avant et devenu récurrent au fil du temps est le rôle prépondérant de la technologie et notamment de l’intelligence artificielle dans la société, dont la série Black Mirror s’est déjà penchée sur les possibles dérives. 

De même, la ville dans laquelle se déroulent les événements est parvenue à presque faire tomber son taux de criminalité à zéro avec quatre homicides recensés en cinq ans, ce qui rappelle énormément la toile de fond de Minority Report. La série garde d’ailleurs la même structure narrative que le film de Steven Spielberg, avec la présentation d’un système de sécurité créé par une puissante entreprise et dit infaillible qui se retourne contre le personnage principal et le conduit à mener son enquête en marge de la loi. 

 

photo, Carla SalleNina (Carla Salle), surveillée par son drone 

 

Le plan d’ensemble est donc tiédi avant même qu’on ait eu le temps de rentrer dans l’histoire et de s’intéresser un peu aux personnages. La longue élucidation du meurtre, censée tenir le téléspectateur en haleine, manque elle aussi d’originalité et de surprise. Quand Nina découvre la vérité (d’une façon légèrement trop précipitée), la série peine à étonner tant la révélation est prévisible et le coupable identifiable dès les premiers épisodes. Tellement qu’on a l’impression qu’il se trimballe depuis le début avec une pancarte lumineuse au-dessus de la tête. Il est motivé par le pouvoir et ses intentions sont, comme on le suppose au départ, beaucoup trop manichéennes.  

Si Omniscient gravite autour de l’assassinat d’Inacio, elle s’en détourne rapidement pour se concentrer sur le Système et principalement les moyens de le contourner par le biais de Nina qui gagne en assurance à chaque étape de son hacking pour lequel elle risque la prison à vie. Ses différentes trouvailles pour semer son mouchard deviennent même plus prenantes que la raison pour laquelle elle le fait, ce qui permet aussi de s’attacher à ce personnage qui peut compter sur le jeu très juste de Carla Salle.

La réalisation se met également au service de l'histoire avec quelques idées de mise en scène notables et colorées, bien que le jeu de lumière soit parfois simpliste, notamment dans l'utilisation du filtre rouge pour signifier le danger, et que les effets spéciaux manquent souvent de finesse. 

 

photoUn mouchard en forme de mouche, si ça ce n’est pas inventif 

 

HOW DEEP IS YOUR PLOT ?

La série tente cependant de gagner en profondeur en esquissant les stigmates d’un mode de vie où les individus sont filmés en permanence dès leur naissance pour assurer leur sécurité et leur bonne conduite. Omniscient dégage des pistes intéressantes, mais peine à s’y engouffrer franchement, créant une certaine déception chez le téléspectateur qui attendait peut-être une réflexion plus poussée sur cette histoire mi-dystopique mi-utopique où la population vit en sécurité, avec une vie privée inviolable, mais qui a aussi déshumanisé la Justice en la confiant entièrement et aveuglément à une machine.

Dans cette société, rien ne peut arriver à personne, les habitants n’ont donc pas besoin de verrous sur leurs portes, de chaînes pour leur vélo ou même de caméras de surveillance. Un sentiment d’invulnérabilité qui s’envole dès que les frontières de la ville sont franchies pour laisser place à la paranoïa. Malheureusement, la série se contente d’effleurer cet aspect, ne donnant qu’un aperçu de ce que Nina ressent une fois que son drone disparaît. Le passage d’un univers à un autre est mal exploité concernant le personnage principal dont l'angoisse se devine uniquement parce qu’elle tient fermement son sac contre elle.

 

photo, Carla Salle, OmniscientUne ville tellement idyllique que chaque cycliste porte un casque

 

Si aucune saison 2 n’a pour l’instant été annoncée, la fin de la première laisse clairement envisager une suite, qui pourrait muscler son scénario en s’appropriant pleinement des enjeux et certaines thématiques pour se créer une réelle identité au sein des innombrables oeuvres de science-fiction. En ce sens, le personnage d’Olivia (Luana Tanaka), la meilleure amie de Nina, est un bon tremplin. Lorsqu’elle se rend à l’extérieur, ce n’est pas la peur qui la tenaille, mais un sentiment tout nouveau d’impunité qui commence à germer en elle.

On voit brièvement que l’extérieur sert d’exécutoire pour des pulsions meurtrières de certains hommes bien rangés de l’intérieur, mais Olivia  expérimente l’excitation (au sens propre) du voyeurisme qu’elle n’a paradoxalement jamais connu en étant filmé 24h/24 par une intelligence artificielle. Son évolution et son adaptation aux vices qu'elle ne connait pas pourraient donc être intéressantes à suivre si la série conserve le personnage et s'y consacre davantage. Sa rencontre avec un homme d'une autre ville a également permis d’avoir un point de vue extérieur, une personne qui pense comme le téléspectateur et se sent oppressé par cette caméra fixée sur lui, alors même qu'il bénéficie de moins de vie privée chez lui, ce qui est là aussi très paradoxal.

 

Carla Salle, Guilherme PratesNina et son frère insipide Daniel (Guilherme Prates)

 

Omniscient pourrait également creuser le regard que portent les citoyens sur Daniel, qui en soit n’est pas très intéressant (ou pas intéressant du tout), mais qui témoigne d’une société manifestement parfaite où la réhabilitation est malgré tout impossible. Chaque infraction à la loi est considérée comme un crime, bien que la peine encourue diffère selon sa gravité. Le frère de Nina est ainsi vu par toute la ville comme un criminel pour avoir fait sauter quelques pétards dans les toilettes de son ancien lycée, l’excluant de la communauté qui a oublié l'indulgence et le pardon. Cette conséquence latente de cette surveillance omniprésente serait à approfondir, bien qu’elle ne repose que sur le personnage de Daniel, qui, lui, manque de consistance.

Ainsi, la série possède toutes les cartes en mains pour devenir un bon programme de science-fiction et d'anticipation avec des problématiques fortes qui ne demandent qu'à être exploitées dans une deuxième saison, car la première est restée trop timide.

Omniscient est disponibile en intégralité sur Netflix depuis le 29 janvier 2020

 

Affiche

Résumé

Omniscient part d'un principe déjà vu ailleurs, mais parvient à se créer un début d'identité dans sa réalisation. La ville dans laquelle on se retrouve plongé regorge de détails intéressants et intelligents, malheureusement éclipsés par une fausse ambiance polar autour d'un meurtre peu captivant et dont on connaît déjà les issues si on a vu d'autres séries ou films du genre. La série pourrait muscler son jeu, ces thématiques et ces personnages dans une saison 2 (si elle est renouvelée), notamment en portant des ambitions plus larges pour Nina que la vengeance de son père, pour devenir une réelle histoire de science-fiction et d'anticipation. 

 

commentaires

jorgio6924
16/02/2020 à 11:49

J'ai trouvé la série très agréable à suivre.
Oui c'est déjà vu (1984, Minority Report...) mais la série a son charme.
Par contre 6 épisodes... Et j'ai fini comme un con dans mon canapé en cherchant le 7e... Very rude !!

pepe 2
15/02/2020 à 23:34

Quelqu'un d'autre l'a vu, ça donne quoi, envie ?

hector
15/02/2020 à 18:04

Une série en 6 épisodes ? Qui dit moins ? C'est ridicule.
C'est quoi le principe d'une série au juste ? Rendez-moi les 24 épisodes d'antan !

Garamante
14/02/2020 à 18:14

Elle est affligée d'un strabisme sévère sur l'affiche. C'est malheureux.

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