Ragnarök : que vaut la série ado de Netflix qui revisite la mythologie nordique ?

Déborah Lechner | 31 janvier 2020 - MAJ : 30/05/2021 15:21
Déborah Lechner | 31 janvier 2020 - MAJ : 30/05/2021 15:21

Si la franchise Thor de Marvel n’est clairement pas la source de documentation la plus fiable sur la mythologie nordique, elle a permis à ces anciennes croyances et figures scandinaves d'atteindre le grand public et de gagner en popularité. Depuis l’apparition du dieu du tonnerre, de Loki, d’Odin ou de Freya dans le MCU, les dieux nordiques sont passés par d’autres médias, que ce soit la télévision avec Vikings et American Gods, sur console avec  le dernier God of War ou en littérature avec La mythologie nordique de Neil Gaiman

Avant les Marvel Loki et Thor : Love and Thunder, c’est au tour de Netflix de s'amuser des mythes nordiques et de leurs divinités avec Ragnarök, une série du danois Adam Price (Borgen, Une Femme Au Pouvoir).

ATTENTION : TRÈS LÉGERS SPOILERS !

ANTI-HÉROS 

Les événements de la série ont lieu de nos jours à Edda (baptisée du même nom que le recueil de poèmes compilant tous les récits folkloriques scandinaves), une petite ville fictive incrustée dans les montagnes norvégiennes où retournent Magne (David Stakston), son frère Laurits (Jonas Strand Gravli) et sa mère Turid (Henriette Steenstrup) après plusieurs années d'absence.

Les deux adolescents et leurs nouveaux amis assistent alors aux signes annonciateurs du prochain Ragnarök, la prophétique fin du monde de la mythologie nordique, précipitée par une lutte finale entre les dieux et les géants que seul un puissant héros pourrait empêcher. 

 

photo, Jonas Strand GravliMagne (David Stakston) et Laurits (Jonas Strand Gravli) aux portes de l'Enfer

 

En s’inspirant de mythes riches en batailles épiques, quêtes héroïques, dieux guerriers et monstres féroces, tout en les ramenant vers leurs terres natales, la série était une promesse forcément alléchante, mais qui n’est malheureusement pas tenue. Si on l’imaginait généreuse en action, Ragnarök se révèle au contraire très avare en démonstration de force, combats surhumains, effets spéciaux de qualité et pugilats sanglants qu’on attendait légitimement compte tenu du matériau de base. 

La série prend pourtant dès le départ la tournure d'une banale origin story de super-héros qui rappelle énormément le premier Spider-Man de Sam Raimi lorsque le jeune Magne découvre ses nouvelles capacités physiques, comme déraciner des arbres à mains nues ou courir très vite. Les géants cruels et destructeurs des contes polythéistes ont quant à eux revêtu une apparence humaine et sont le parfait équivalent des sempiternels super-vilains qu’il convient de démasquer et d’arrêter au plus vite. Tous les éléments étaient ainsi réunis pour une revisite super-héroïque de la mythologie nordique comme l’avait déjà proposé Marvel. À défaut d'être originale, la série aurait donc au moins pu être divertissante.

 

photo, David StakstonQuand tu guettes attentivement les moments d'action

 

Mais Ragnarök a choisi de reléguer au second plan son aspect mythologique et héroïque pour se concentrer sur son versant dramatique. Avant le dénouement de la saison, la série étire un combat idéologique sans affrontement direct (hormis un malheureux bras de fer faussement symbolique) entre les forces du Bien et du Mal. Mais plutôt que de se concentrer activement sur cette lutte et ses enjeux, la série préfère lambiner et badiner autour de ses personnages adolescents, leur lycée qui sert de ring de boxe, leurs triangles amoureux ennuyeux, leur bal de promo pour une compil de tous les clichés, leurs cours d'histoire-géo qui permettent de rapidement aborder la mythologie (parce que c'est quand même l'argument de vente de la série) et enfin leurs règlements de compte à action ou vérité.

Les « super-pouvoirs » des protagonistes, leurs origines, leur double identité ou même les spécificités d'Edda restent très énigmatiques, au point d'en devenir accessoires, voire inutiles au scénario qui fait du surplace et peine à installer de la tension ou du suspense. Le seul point qui est à la hauteur des espérances est la beauté des fjords scandinaves qui ne laissent jamais indifférents quand la caméra s'attarde sur eux et qui offrent soit un décor aussi paisible et hors du temps que la narration, soit une mise en scène intelligente qui crée un contraste brutal entre la majestuosité des reliefs montagneux et la pollution urbaine qui ronge le paysage quelques kilomètres plus bas. 

 

photo, David Stakston, Emma BonesRègle numéro 1 : s'il n'y a pas de bal de promo, ce n'est pas une teen série

 

BASED ON A TRUE STORY

Avec une partie du casting issue de la série Skam (David StakstonHerman Tømmeraas et Theresa Frostad Eggesbø), Ragnarök ne prétend pas révolutionner le genre du teen-drama et ne s'enfonce pas dans des thématiques poussées et casse-gueule comme Sex Education l'a récemment fait sur Netflix.

Les personnages sont caricaturaux, mais malgré tout correctement interprétés, bien que Jonas Strand Gravli livre une performance bien au-dessus du lot avec un jeu plus juste et un charisme indéniable. Parmi la palette de personnages réutilisables d'une série ado à une autre, on retrouve ainsi le héros maladroit et honnête, son frangin sournois et insondable, la jolie et gentille fille populaire du lycée ou encore le riche beau-gosse apathique et torturé accompagné de sa soeur froide et dominatrice, comme si Sharpay et Ryan Evans s'étaient échappés d'High School Musical et que le froid les avait rendus beaucoup plus aigris. 

Mais au-delà du traditionnel passage à l'âge adulte et éveil sexuel, c'est plutôt la fracture entre les générations qui est disséquée de façon intéressante tout au long de l'histoire. Magne se sent progressivement trahi et incompris par les figures d'autorité qui l'entourent : sa mère, ses professeurs, ses médecins ou encore la police. Aucune ne perçoit ses réels troubles existentiels et n'accorde de crédit à ce qu'il raconte, préférant mettre ses récents changements d'humeur sur le dos des réseaux sociaux ou des jeux vidéo.  

 

photo, Herman TømmeraasHerman Tømmeraas en bg taciturne 

 

Plus important encore, les adultes de la série sont ceux qui minimisent voire ignorent la dégradation de l'environnement à laquelle participent activement les géants (qui deviennent ici des géants de l'industrie), contrairement à la jeunesse qui se préoccupe de plus en plus de ce que vont laisser les vieilles générations à leurs cadets. Ce traitement intergénérationnel très actuel et engagé donne l'impression d'écouter un discours enflammé de Greta Thunberg et quand on a été attiré en premier lieu par Thor et toute sa clique, c'est un peu une double peine.  

Si l'affrontement entre les dieux et les géants est anti-héroïque, la fin du monde est tout aussi anti-spectaculaire, ce qui pour le coup paraît être une démarche beaucoup plus réfléchie et impactante. Quand on imagine l'apocalypse, on a tendance à penser à différents cataclysmes majeurs qui relèvent principalement de la fiction comme des tsunamis qui ravageraient les côtes, des séismes de magnitude 10 qui modifieraient la croûte terrestre ou encore les volcans du monde entier qui rentreraient simultanément en éruption pour embraser les continents.

 

photoTeen Titans  

 

Mais Ragnarök a choisi de traiter l'extinction de l'Humanité d'une façon beaucoup plus terre-à-terre et réaliste. Les violents changements climatiques sont en réalité ceux que nous pouvons déjà observer au quotidien, à savoir la fonte rapide des glaciers, les hivers de plus en plus chauds, les intempéries de plus en plus diluviennes et la pollution irréversible des eaux. Et comme le sol ne s'éventre pas sous les pieds des habitants, chacun continue plus ou moins à vivre comme tel, tout en considérant les discours alarmistes comme des affabulations mal intentionnées.

Avec Ragnarök, on est donc loin de l'aventure épique que promettaient la mythologie nordique et ses figures légendaires, qui servent plus de toile de fond aux problèmes d'adolescents des protagonistes, leurs histoires d'amour et leurs inquiétudes face à un monde sourd et aveugle aux dérèglements climatiques. Les amateurs de contes scandinaves anciens seront probablement déçus, tandis que ceux qui préfèrent les romances lycéennes devraient y trouver de quoi passer un bon temps, sans vraiment en garder un souvenir impérissable.

Ragnarök est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 31 janvier 2020

 

photo, Adam Price

Résumé

Le traitement de la série n'est pas dénué d'intérêt, au contraire, et nul doute qu'une partie du public sera sensible à cette thématique engagée pour le climat, mais la série utilise les dieux et géants nordiques comme appâts et la narration peine à concilier ses ambitions environnementales et mythologiques. En vidant le Ragnarök de toute sa portée fantastique, Ragnarök livre un message fort, mais aussi terriblement assommant. 

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Lecteurs

(2.8)

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commentaires
Andarioch1
03/04/2020 à 09:20

Bonne série, qui souffre certes de son statut de série pour ado avec notamment une BO qui va du très bon au très très dispensable et quelques atermoiements amoureux dont on pourrait se passer, mais un vrai respect du matériau d'origine à savoir la mythologie nordique. Contrairement à ce que vous dites ça grouille de références que, j'imagine, le spectateur norsk est plus a même de déchiffrer que nous.
Attention spoiler
On a bien sûr des runes, un impotent borgne (comme Odin, tient donc), ... mais c'est surtout le personnage de Laurits qui attire l'attention. Car Laurits = Loki. Outre que dans notre imaginaire Loki est aussi brun que Thor est blond, ce qui serait un premier indice, je rappelle que ce dieu n'est pas le dieu du mal mais celui "de la malice, de la discorde et des illusions" (wiki). Et là, dans le genre fouteur de m... sympathique, Laurits tient la barre. "Loki est capable de métamorphose" (wiki, encore). Qui c'est qui se déguise en femme, figure d'autorité, géante à la fin?
A ben tient, aussi, on l'a dit Laurits est brun. Et sa mère a eu le béguin pour le père Jutul, qui est brun. Et Jutul est aussi un géant, et loki est le fils d'un géant, adopté par Odin. Vous me suivez?
Autre indice. Les géants dansent un truc bizarre qu'eux seuls maîtrisent. Sauf que Laurits sait, d'instinct, le danser.
Bref, en mettant bout à bout, ça devient évident.
Laurits, c'est 50% de l'intérêt de cette série.
Pour le reste je citerais un casting efficace, des décors sublimes, une intrigue simple mais parlante, le refus de tout sensationnalisme (pas les moyens surement, mais c'est finalement assez reposant que ça ne pète pas dans tous les sens), quelques scènes prenantes, une langue dépaysante (à voir en VO, donc, sinon vous perdez bien la moitié de l’authenticité du truc). Bref, je vous trouve bien dur. Ma femme et moi on a adoré en dépit, je l'admet, des quelques scories teenage movie.
Et parmi les commentaires, combien de personnes l'ont vu? Parce que ça critique beaucoup mais sans le moindre argument, signe révélateur en général d'une opinion basée sur rien.
Bah, en même temps on est habitué...

Opale
26/02/2020 à 07:03

En cours de visionnage (il me reste deux épisodes à voir): pas si mal, ça change un peu, le traitement est certes un peu décevant mais la série se rattrape par ses thématiques, ses décors naturels et cet exotisme de jeu/acteurs norvégiens. Avec un peu plus d'ambition et un traitement plus frontal de ses antagonistes le S2 (s'il y en a une) peut être grandiose!

Nesse
10/02/2020 à 17:54

Une série très moyenne, ça bavarde, ça bavarde

la blanche colombe
01/02/2020 à 17:57

pspt et la bave du crapaud

Pspt
31/01/2020 à 18:34

M1pats : qu’est-ce que tu fous encore ici toujours à critiquer le contenu d’EL ? Casse toi si ça ne te plait pas.

Geoffrey Crété - Rédaction
31/01/2020 à 17:00

@M1pats

Et il suffira de regarder nos critiques de Netflix, ou Marvel, pour constater le contraire :)

Dans nos tops séries 2019, il y avait plusieurs séries Netflix par exemple. Et on a défendu pas mal de Marvel, et été insultés pour ça.

M1pats
31/01/2020 à 16:28

Avec Netflix vous faites la même chose qu avec Marvel, quand vous faites une critique vous partez tout le temps avec un esprit négatif pour aborder les produits, ce qui est quand même extrêmement injuste

M1pats
31/01/2020 à 16:27

Pour les gens dans les commentaires HBO ça reste une chaîne pour l instant donc pas obligé de produire un paquet de séries originale par mois pour satisfaire leur abonnés, on verra ce qui en sera à partir de 2021

netflix series generiques
31/01/2020 à 16:26

Toutes leurs productions récentes se ressemblent, il a l'air loin le temps ou les séries netflix rivalisées avec hbo .

Stivostine
31/01/2020 à 16:19

bah intimidation aka the stranger avec thorin ecu de chêne se déroule pas trop mal sur l’écran, schema classik et standard mais pas mal de suspens et de quizzzzzzzzzz

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