BoJack Horseman Saison 6 - partie 1 : on a bu tous les épisodes !

Simon Riaux | 29 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 29 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

On ne décroche pas facilement à la bonne came, et Netflix l’a bien compris, préférant scinder en deux l’ultime dose de BoJack Horseman. La première moitié de cette saison 6 est-elle à la hauteur des précédentes fournées ?

DERNIER COUP D'ÉPERON

Nous avions laissé BoJack en ruines, alors qu’il commençait enfin à réaliser jusqu’à quelles extrémités la dépendance (à l’alcool, aux opiacés…) l’avait conduit. Abandonnant sa série synonyme de come-back, laissant tomber tous ses proches, il avait pris ses responsabilités et entamé une cure de désintoxication.

Alors que les semaines passent, Princess Carolyn se débat avec une maternité harassante, que Todd ne parvient que modérément à alléger. Diane constate que la dépression et une guérilla ratée contre un magnat de l’industrie sont plus efficaces corrodent son moral, tandis que Mr Peanutbutter, rongé de remords ne sait pas bien comment sauver son couple et son équilibre. Bref, tout ce petit monde est éparpillé, aussi proche du point de rupture que BoJack s’efforce d’en réchapper. Une disposition inédite pour un début de saison, qui permet au showrunner Raphael Bob-Waksberg de prendre une direction inattendue, mais singulièrement cohérente.

 

photoAllez, on va bien rigoler

 

SICK SAD HORSE

On pouvait redouter qu’avec son héros enfin sur les rails d’un changement véritable, ayant accepté de faire face à ses actions les plus noires, le récit bégaie et joue un relatif suspense quant à la solidité de sa démarche. Il n’en est rien. Bien sûr, le canasson tâteur de la bouteille est loin de s’avancer vers la sobriété en suivant une route toute tracée, mais il ne fait aucun doute que notre anti-héros polytoxicomane a bien compris combien il lui était vital de se dépasser et d’affronter les restes de son existence.

C’est en revanche son entourage qui souffre. Du grand vide et de la désunion provoquée par sa disparition, mais aussi des retombées de ses actions, ainsi que d’une solitude dévorante. BoJack Horseman a toujours eu le chic pour user du microcosme hollywoodien à la manière d’une loupe, décuplant des problématiques banales, et cette fonction tourne une nouvelle fois à plein. Grève des assistants, gestion d’image, initiation à la fête, tout devient ici matière première à une turbine introspective désormais si bien rodée qu’elle en devient irrésistible.

 

photoLe Dr Champ, un thérapeute qui rue dans les brancards

 

De même, si le show nous a toujours offert quelques flashbacks pour saisir le passé de son personnage principal, et comment sa gloire éphémère lui avait vrillé le cerveau (ou ses parents piétinés le cœur), rarement le scénario aura articulé cet effet de style avec autant d’intelligence et de retombées émotionnelles. Alors que BoJack se demande comment s’est nouée la relation avec la bouteille, le show nous envoie en aller-retour deux retours d’un passé refoulé, qui font du premier chapitre de cette saison 6 un des plus émouvants de la série.

 

À LA SCELLE !

Cette première salve de la dernière saison opère ainsi une évolution redoutable et payante. Pour la première fois, la menace ou l’élément perturbateur ne viendra pas du personnage principal, mais de toutes les conséquences imbriquées de ses actions inconséquentes. Avec un mélange de fatum sardonique, mais aussi de logique humaine imparable, le cheval interprété par Will Arnett trébuche, s’esquinte les genoux, mais avance. Progresse.

 

photoDrinkin' around !

 

Alors qu’il renonce à ses derniers masques, approche tranquille le châtiment, les victimes d’hier prêtent à lui présenter l’addition. Cette mécanique, qui n’arrive ici pas à son aboutissement a une immense vertu : elle autorise le spectateur à être en empathie avec le protagoniste, sans jamais que le show ne renie la gravité de ses actes, ou les ravages qu’il a causés parmi ses proches. Et si nous pouvons aimer ce salopard égoïste, centré sur lui-même, capable de travailler comme un acharné pour sa propre gloire, avant d’user des autres comme des mouchoirs, voire comme les réceptacles de ses pulsions violentes, c’est parce que nous le suivons, alors que sa quête de rédemption s’apprête à se transformer en chemin de croix.

Et si BoJack Horseman n’a jamais été aussi émouvant, c’est aussi parce que Raphael Bob-Waksberg lève un peu le pied côté mise en scène. Ainsi, cette première partie ne compte pas d’épisodes concept, d’expérimentations comparables à l’élégie au cercueil ou à la ville aquatique, mais travaille avec une discrétion d’orfèvre sur la variété de ses tonalités, la finesse de ses registres. Dynamitant régulièrement les attendus de l’animation « pour adulte » ou les limites scénographiques de la sitcom.

On ignore encore si BoJack Horseman réussira jusqu’au bout son ultime fuite en avant, si Netflix lui accordera le salut ou foulera aux pieds ses espoirs. Quoiqu’il en sera, nous serons au rendez-vous le 31 janvier prochain, pour découvrir les ultimes chapitres de son aventure.

Toutes les saisons de BoJack Horseman sont disponibles sur Netflix en intégralité.

 

photoThis is the end...

Résumé

Pour le premier mouvement de sa dernière saison, BoJack Horseman soigne alternativement la quête de rédemption de son héros et le chemin de croix qui l'attend. On ne sait pas si la série pourra maintenir cette exigence d'écriture et de dramaturgie jusque dans ses derniers instants, mais c'est à l'heure actuelle une des plus belles productions consacrées à la solitude et à la dépression, étonnamment capable de convoquer un rire sauvage et sec.

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commentaires
Mumu89
31/10/2019 à 21:15

Après 6 saisons, je dois bien l'admettre, c'est de très loin l'un des meilleurs show de Netflix et c'est devenu mon programme en animation favori. (Todd : <3)

Charliee
29/10/2019 à 13:04

Seul default de cette premiere moitié d'ultime saison: c'est trop court...

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