Dark : pourquoi la saison 2 de la série SF de voyage temporel Netflix est une belle réussite

Alexandre Janowiak | 2 juillet 2019 - MAJ : 13/09/2019 14:27
Alexandre Janowiak | 2 juillet 2019 - MAJ : 13/09/2019 14:27

La saison 1 de Dark, diffusée en décembre 2017 sur Netflix, ne nous avait pas pleinement convaincus. Si elle jouissait de nombreuses qualités (notamment techniques), elle s'avérait trop complexe pour son propre bien. Malgré nos réserves, on avait hâte de découvrir cette nouvelle saison 2. Fraîchement débarquée sur la plateforme depuis le 21 juin dernier, il est temps de faire le bilan sur cette saison 2 de la création de Baran bo Odar et Jantje Friese.

DARK POINTS

La saison 1 était un puzzle faussement complexe embourbé au coeur d'une narration qui se prenait la tête seulement pour entretenir la confusion des spectateurs. Elle était emplie de défauts notamment sur l'utilisation de ses musiques et des twists faussement intéressants. Dans cette saison 2, Dark ne corrige pas toutes ses scories.

Ainsi, les partitions d’Apparat sont toujours trop appuyées dans cette deuxième salve d'épisodes. Bien sûr, elles permettent d'accentuer les émotions multiples qui naissent à la découverte de nouveaux éléments de l'intrigue, mais deviennent finalement agaçantes à force d'une utilisation grandiloquente. L'usage de la musique est d'ailleurs parfois superficiel tant le récit réussit à dégager de lui-même de grands moments bouleversants.

 

PhotoChernobyl ? Non non, c'est Winden

 

À côté de cela, la mise en scène est moins impressionnante dans cette deuxième saison. Exception faite d'un petit plan-séquence très proche de ceux de la saison 1, la réalisation de Baran bo Odar prend moins de risques. Cela n'enlève cependant rien à sa maitrise absolue du cadre, qui permet au show de truster le haut du panier techniquement et d'offrir des instants d'une rare beauté et à l'esthétique plus que soignée. S'il empruntait au style de Béla Tarr dans la première saison, le cinéaste allemand trouve son propre chemin tout en glissant quelques références très fortes (une séquence dont les cadres rappellent fortement Requiem pour un massacre).

Concrètement, impossible de reprocher quelque chose à Dark concernant sa direction artistique. Jouant de plusieurs temporalités, la série réussit à ancrer le spectateur à une période avant de le plonger dans une autre en quelques secondes sans le perdre. En effet, grâce à un ou deux éléments présents dans le cadre, le spectateur identifie presque instantanément l'époque à laquelle la séquence se déroule. C'est d'ailleurs ici que cette deuxième saison se révèle beaucoup plus efficace et prenante que la première.

 

Photo Louis HofmannUne boule étrange hypnotisante

 

DARKEST HOURS

Avec un récit aussi alambiqué, la première saison ne pouvait pas éviter tous les obstacles rébarbatifs et lourds liés à la mise en place d'un scénario aussi foisonnant. En revanche, après dix épisodes de longues présentations du principe et du système, le processus est maintenant bien en place et assimilé par les spectateurs. Les showrunners Baran bo Odar et Jantje Friese l'ont bien compris et par conséquent, la saison 2 peut s'en amuser allégrement et en jouer sans avoir à surexpliquer son histoire.

En résulte, un montage d'une fluidité impressionnante et un récit qui se développe en profondeur sans plomber le show, bien au contraire. Plus que trois temporalités, cette deuxième saison se déroule dorénavant sur cinq périodes différentes jouissant d'une richesse visuelle et scénaristique décuplée.

 

PhotoQuel futur nous attend vraiment ?

 

Au fur et à mesure de son avancée, Dark prend donc une véritable ampleur par rapport à sa saison 1. La série allemande gagne en complexité (réelle cette fois) tout en se révélant de plus en plus logique. Alors que seuls les bords du puzzle s'esquissaient en première saison, cette saison 2 offre de nombreuses réponses dévoilant davantage les pièces du casse-tête qui se dessine devant nos yeux.

L'évolution des personnages devient terrible et le destin, qui semble tous les lier, cruellement fataliste. Une certaine fascination se dégage alors devant les scènes où les personnages découvrent la véritable identité de leur interlocuteur (et potentiellement leur soi passé ou futur donc) dans cette série dont le scénario est supervisé essentiellement par Jantje Friese. Chaque interaction est stimulante et a une conséquence directe sur le futur (ou le passé d'ailleurs) de la ville de Winden et de ses personnages.

Par conséquent, le puzzle présenté se transforme en une aventure souvent jouissive dont la course contre un temps malléable est palpitante. La réduction du nombre d'épisodes pour cette saison (passant de 10 à 8) n'y est clairement pas pour rien. La série est plus frontale et ne propose aucun temps mort donnant à ces errances temporelles une saveur plus inquiétante et haletante.

 

Photo Lisa Kreuzer"Faire face à soi même" philosophie au sens propre (et physique) du terme dans Dark

 

QUI VIVRA VERRA

Mieux, la série gagne en intérêt en refusant de dévoiler les véritables desseins de ses personnages. Ainsi, l'antagoniste d'antan est-il réellement le déclencheur et le commanditaire des sombres événements qui se déroulent dans cette petite ville allemande ? Ou au contraire, ne serait-il pas le libérateur tant attendu ? Sont-ce alors les dits héros de la série qui seraient finalement à l'origine du désastre qui les accablent, malgré eux ?

Dark accumule les questionnements (sans y répondre à chaque fois) avec brio dans cette saison 2 et offre nombre de retournements de situations propices au faste d'un récit au nihilisme affiché et assumé (dès son panneau d'ouverture d'ailleurs). Cette saison 2 apparaît ainsi passionnante malgré ses quelques défauts. D'autant plus grâce à son casting, où la ressemblance entre les personnages à travers le temps est tout à fait prodigieuse : Oliver Masucci et Winfried Glatzeder en Ulrich ou Moritz Jahn et Wolfram Koch en Magnus pour ne citer qu'eux.

Reste cependant à savoir si le cliffhanger final de cette deuxième saison ne sera pas trop présomptueux. Avec une troisième et ultime saison pour conclure un si vaste étendard, il nous parait difficilement possible d'enrichir encore l'univers de la série. Néanmoins, vu la maturité gagnée par le show, on a qu'une seule envie : avoir tort.

 

Affiche

Résumé

Avec sa saison 2, Dark ne corrige pas toutes ses stries, mais elle gagne en maturité. L'écriture et le montage sont plus fluides, les enjeux scénaristiques plus ambigus et le casse-tête plus stimulant. Avec, en plus, un casting dévoué, la série allemande réussit son coup brillamment.

commentaires

herolde
22/07/2019 à 20:31

hé c'est Ben Frost qui fait la musique, c'est pas Apparat !

herolde
17/07/2019 à 19:12

ah ben c'est dommage, on ne retrouve plus cet article avec l'outil rechercher,

jdnfkd
13/07/2019 à 16:21

Après que Noah tue la vieille tiedmann on la revoit venir chercher Jonas quand il essaye de sauver son père. Comment peut elle être là si elle est morte car il peux pas y avoir 2 vieille.
Si quelqu'un peut m'éclairer..

Rudy
10/07/2019 à 11:12

Série captivante!! Avec 8 épisodes en 2e saison cela vaut le coup de prendre son temps pour bien comprendre. Personnellement après 4 épisodes j'ai fait une pause et je l'es ai regarder une 2nde fois pour ensuite regarder les 4 derniers.
Pour ce qui n'ont pas compris cette 2e saison le passage où les réalisateurs essaye de nous l'expliquer le plus clairement et l'histoire du livre sur le temps et de quand à t-il était écrit.

Gd schtroumpf
09/07/2019 à 13:44

Cela me fait reconforte de lire que je ne suis pas le seul à ne rien avoir compris à la saison2, alors que la première était Claire pour moi

Emerald
04/07/2019 à 18:40

J'adore cette série surtout pour son esthétique, la saison 2 est grandiose mais il ne faut pas trop se laisser décevoir par certaines incohérences (sans spoilers, comment x peut-il être le déclencheur puisqu'il découvre le voyage dans le temps après l'enlèvement de Mikkel? Et d'autres...).
Malgré tout, si on évite de trop vouloir rationaliser, on se laisse emporter par la force du récit et le pouvoir de l'image.

Atlas
03/07/2019 à 06:51

C’était parfait sauf ce twist de fin qui gâche l’univers établi sur les deux saisons.

The Joker
02/07/2019 à 20:36

"Ainsi, les partitions d’Apparat" ... Il semblerait qu'Alexandre Janowiak n'ait pas fait ses devoirs.
Bien que quelques titres, dont le generique, soient d'Apparat, la bande originale et son style particulier "Noise" est de Ben Frost.

Robert
02/07/2019 à 19:22

Moi je comprends absolument chaque épisode , il faut just être très très attentive pour comprendre .

Minounet
02/07/2019 à 18:44

Dis donc Ecran large, c'est incroyable, mais je suis totalement d'accord avec vous, je ne pensais pas écrire cela un jour :)
Dans la saison 1, je ne savais plus qui était qui, dans quelle année etc
Bah dans la saison 2 que j'attendais avec impatience, je savais ou j'en étais, de quoi ils parlaient à qui et pourquoi
Super fluide et comprehensible.vraiment très bien cette série
Vivement la troisième et dernière en 2020

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