Samurai 8 : la critique tranchante du shonen SF du papa de Naruto

Flavien Appavou | 23 décembre 2019 - MAJ : 25/12/2019 11:22
Flavien Appavou | 23 décembre 2019 - MAJ : 25/12/2019 11:22

Dès la fin de Naruto, Masashi Kishimoto nous avait fait languir avec l'annonce d'un prochain manga tourné science-fiction. Et c'est cinq ans aprés (Naruto s'est terminé 2014 au Japon et en 2016 en France après 72 valeureux tomes), qu'il nous revient avec son titre complètement délirant : Samurai 8, la légende d'Hachimaru. Et comme sur la suite du ninja blondinet, Boruto, il n'est pas au dessin, il laisse la place à l'un de ses assistants sur Naruto : Akira Okubo. Deux tomes sont parus il y a quelques semaines en France, les chapitres en cours sont en prépublications directement sur le site officiel Samurai 8 en français quelques jours après la sortie au Japon. Mais ici, on va s'attarder sur les deux premiers tomes qui sont assez surprenants dans tous les sens du terme.

KISHIMOTOESQUE

Il faut dire qu'en tant que gros fan de Naruto et du bonheur immense que ce titre nous avait procuré - oui, je parle pour moi-, nous attendions le prochain titre de Masashi Kishimoto comme le nouveau messie. Le pitch de Samurai 8 nous a laissés dans une sorte d'exaltation mêlée d'envie, mélangé à un "OK"  bien poli.

Avec Kishimoto-sensei à la barre, on peut s'attendre à tout, mais mêler l'univers et l'empreinte forte des samouraïs et de la SF (deux genres qu'il adore), c'est quand même un peu casse-gueule, mais pourquoi pas ? Après, c'est un savant mélange entre modernité et tradition que prône le Japon actuellement.

 

Couverture Tome 1, Masashi Kishimoto, Akira OkuboLa couverture assez classe du Tome 1

 

Ce qui est intéressant avec Samurai 8, c'est que l'histoire parait simple au tout début :

"Pour tenter de sauver les planètes éparpillées en son sein. Un samouraï a reçu la mission de trouver la « boîte de Pandore », dans lequel le dieu guerrier Fudô Myôô a enfermé le secret qui sauvera le monde. Pour l’ouvrir, il faudra tout d’abord trouver les 7 clés. Hachimaru, un enfant faible et sous assistance médicale depuis sa naissance pourrait jouer un rôle dans cette quête."

Simpliste dans le pitch, on y retrouve le coté SF avec les planètes éparpillées, puis la mythologie avec la boite de Pandore, le coté guerrier/destinée avec le dieu guerrier Fudô Myôô et bien sûr la quête du héros de l'enfant solitaire. Mais dans le traitement c'est vraiment tout le contraire !

Masashi Kishimoto aime mélanger la science et les mythologies comme on pouvait le voir à la fin de Naruto, et ici il y va encore plus fort et dès le début avec un prologue incroyablement fourni, mais presque incompréhensible tellement il y a de termes, de transformations, de ruptures graphiques liés à l'univers imposé.

On sent qu'il y met tout ce qu'il aime, mais ça donne un espèce de fourre-tout assez bizarre. Cependant, cela n'empêche pas, malgré tout, la lecture. Il faut juste s'accrocher.

 

Planche6, Masashi Kishimoto, Akira OkuboLa première planche qui définit bien l'esprit du manga

 

En dépit de ce prologue où il a vraiment tout mis et qui montre l'esprit général du manga, le reste du premier tome est très verbeux avec un découpage laissant une belle place aux paysages et aux combats qui sont des codes chers au papa de Naruto.

Définir l'espace de narration a toujours été son point fort et ici, on sent qu'il y prend un malin plaisir. Mais il retombe dans ses travers de l'explication longue et pleine de mystères, ce qui fait qu'on avance, mais on recule en même temps. Il était passé maitre dans ce domaine là dans sa dernière oeuvre. Ici, déjà que l'univers est assez chargé comme ça, c'est comme s'il en remettait une couche.

Comment lui en vouloir aussi - oui, on ne cache pas que notre "fanitude" et qu'on lui concède tout.... enfin presque -, il aime raconter son histoire et veut que ce soit le plus clair possible dans la tête du lecteur quitte à le déstabiliser. L'auteur est assez jusqu'au-boutiste dans ses idées aussi, en mélangeant SF et code du samuraï, il arrive à créer une sorte d'osmose cybernétique assez délirante graphiquement qui permet d'exploiter au mieux les capacités de ces personnages et surtout de leur transformation.

 

Planche4, Masashi Kishimoto, Akira OkuboHachimaru, l'incarnation parfaite du samurai cybernétique

 

UN DESIGN INCROYABLE

Outre sa construction, il faut relever que Samurai 8 est formidable graphiquement. Malgré les longueurs et les explications dans les dialogues, Akira Okubo masteurise les brouillons de Kishimoto-sensei. Les plans d'espaces, le design des transformations, les machines, le décor... tout est fascinant de détail et de maitrise. Du coup, on se laisse volontiers emporter dans ce tourbillon d'information, car chaque planche est une oeuvre d'art graphique.

 

Planche5, Masashi Kishimoto, Akira OkuboOK, c'est beau.

 

La composition est, certes, donnée dans les nemus (les brouillons que fait l'auteur, avant que le dessinateur passe au dessin puis à l'encrage), mais ici il faut reconnaitre que l'école Kishimoto alliée au talent de Okubo y fait beaucoup. C'est minitieux, précis, généreux et surtout très juste.

Les impressions de vitesse et la justesse des émotions dans les combats sont aussi très marquées. C'est ce qui faisait aussi la force de Naruto. Pas de place pour de la futilité, on va à l'essentiel, ça touche au but et surtout ça nous touche nous, lecteur. C'est rapide, concentré et terriblement bien exécuté.

Le tome 1 est assez fourni dans ce domaine-là, comme si les auteurs devaient montrer de quoi ils sont capables pour le public (ce qui est le cas, vu que Samurai 8 est prépublié chaque semaine, et que chaque semaine est un nouveau challenge). Quant au tome 2, il est plutôt tranquille et centré sur les personnages plutôt que sur l'action.

 

Planche3, Masashi Kishimoto, Akira OkuboRapide et efficace

 

Du coup, on se dit que ce n’est pas plus mal que Kana ait sorti les deux tomes en même temps, car le tome 1 est assez riche, pour ne pas dire lourd, dans l'histoire et l'action. Et le tome 2 permet de repositionner le titre comme une oeuvre plus globale, où on prend le temps de découvrir les personnages et de s'y attacher, de comprendre l'histoire et la mythologie créées, et surtout de s'imprégner de l'univers dense.

Les enjeux sont vraiment dévoilés dans le deuxième tome ce qui fait que si on ne se laisse pas le luxe de le lire, il est possible que le lecteur ne comprenne rien du tout.

 

Hachimaru, Masashi Kishimoto, Akira OkuboAllez, on te laisse une chance ! Parce qu'on t'aime bien !

Résumé

Samurai 8 a vraiment tous les codes du shonen classique tout en étant dans un univers incroyablement fourni et dense. Les repères sont peut-être mal ajustés au début, mais avec la confiance qu'on peut avoir en l'auteur, surtout quand on est fan, on se dit qu'il faut laisser l'oeuvre s'installer. Le discours, l'univers et les personnages sont plutôt bien "dessinés" et l'humour est assez présent. Ce qui est un véritable attrait pour ce manga. Malgré un démarrage brouillon Samurai 8 mérite une attention particulière, et puis c'est Masashi Kishimoto quoi ! Rien que ce nom mérite d'être modéré dans les jugements.

commentaires

YONUSUKE
12/06/2020 à 08:48

J’ai commencé le 1 c’est déjà bien

mayukawa
26/12/2019 à 15:35

Perso, j'ai tellement aimé Naruto (haut et bas), que j'ai du mal à m'en détacher. Chose curieuse, je déteste la séquelle sur Boruto, après le film que j'ai trouvé sympa comme "flashforward", mais qui aurait plutôt du laisser la place à l'imagination. J'ai vraiment essayé, mais la scission due aux changements d'auteurs (dessin et histoire), et trop poussée pour une séquelle, ils auraient du lancer leur propre oeuvre, ou se baser bien plus loin dans l'avenir, sans reprendre là où le film s'arrêtait en 2015. Kishi a beau approuver, il l'a laissé. Son oeuvre sur Naruto est close, et tout ce qu'il y a sur Boruto après est quand même assez pourri, désolé pour les fans. Alors, j'attends pour Samurai 8, vu que Kishi a relaché la pression en laissant le dessin à son co-auteur, il pourra vraiment aller au bout de son délire en prenant plus de temps. Mais je dois dire que jusqu'ici, je n'ai pas encore été emporté, ce qui me surprend. Peut-être la résonnance sci-fi que je retrouve dans Eden Zero de Mashima me semble trop présente, et que j'ai du mal avec le mix samourai justement. Curieux, car je trouvais génial le style rétro-futuriste des shinobis… Mais je vais lui laisser le temps, je le dois à Kishi. Par contre Boruto, j'ai abandonné, c'est une trop mauvaise oeuvre sans Kishimoto, ils ont tout foiré, et ils ont eu largement le temps de redresser la barre, au bout de 3 ans… Là c'est clair qu'ils ne font que du rempompage / remplissage, dommage.

Skydrea
25/12/2019 à 20:54

Après avoir lu le premier to j'ai directement attaqué le deuxieme une tuerie a mes yeux autant que naruto

Daï
25/12/2019 à 08:07

D'accord avec la critique. Le tome 1 est assez lourd assez pompeux. Passé ça et après avoir compris on se rend compte de la profondeur de l.univers et la qualité de l histoire. Je lis les chapitres et le manga me plaît beaucoup.

Le problème c'est que y a toujours les haters de Naruto ou de kishi qui même sans lire le manga viendront polluer les forums en disant c'est nul etc sans arguments puisqu'ils l auront pas lu. Tu peux ne pas aimer je n aime pas one piece par exemple mais je vais pas dans les forums ou dans les articles consacré à un manga que je ne peux pas encadrer et dont je m en fou
Ça n a aucun sens.

Krokmitten
23/12/2019 à 22:22

Jamais accroché à Naruto. Parcontre je suis ouvert à découvrir ce que propose Kishimoto avec ce Samurai 8. J'aime bien les illustrations que proposent EL en tout cas :)

M
23/12/2019 à 21:01

C'est quoi votre but aux commentaires haineux ?
Passez pas votre temps à lire quelque chose qui ne vous intéresse pas.
C'est quoi ce genre de gamineries encore...
Perso j'adore cette critique on sent qu'il est sincère.

HPDyer
23/12/2019 à 20:27

La vraie question est: qui a t'il "plagié" ce coup ci...

Andrew Van
23/12/2019 à 19:53

Après on va dire que Naruto c'est bien...

Pseudo
23/12/2019 à 19:03

C'est franchement bidon comme manga...

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