Scarlet Nexus : critique du chainon manquant entre Nier Automata et l'anime shonen

JL Techer | 7 juillet 2021 - MAJ : 07/07/2021 11:55
JL Techer | 7 juillet 2021 - MAJ : 07/07/2021 11:55

Bandai Namco poursuit sa politique de création de franchises inédites, capables de donner lieu à de nouvelles sagas. Avec dans sa hotte des jeux comme Code Veinl'éditeur japonais se démarque par une certaine prise de risque, qui dénote avec le flux continu de suite au goût de déjà-vu. Dans cette optique, une équipe composée d'anciens vétérans de la licence Tales of  ont mis en chantier Scarlet Nexus. Celui-ci avait attiré tous les regards dès son annonce et ses premières images, avec son esthétique très typée anime/shonen et son concept "brain-punk". Désormais disponible depuis le 25 juin, le titre est-il le RPG qui nous fera oublier Nier Automata et Persona 5 

Cyberpunk Brain-Punk

Bandai Namco a gardé le silence sur le développement et l'histoire de Scarlet Nexus pendant plus de deux ans. Un choix rare pour cette firme qui est plutôt habituée à arroser le public de nombreux communiqués, vidéos et démos de gameplay pour ses titres phares. Mais un choix mille fois compréhensible une fois le jeu en mains. Car au-delà de son esthétique particulièrement soignée, très empreinte de la culture shonen/seinen, le titre se détache du lot des sorties par un lore absolument passionnant et une histoire (divisée en deux scénarios) à laquelle on reste rivé dès les premières minutes. Trop en dévoiler gâcherait toute surprise, aussi on se limitera à vous révéler le minimum syndical, juste de quoi mettre l'eau à la bouche.

Direction une Terre alternative, à la temporalité volontairement floue (le futur proche ou un présent alternatif ?), où (la plupart) des humains ont développé une hormone cérébrale à l'origine de l'apparition de capacités psychiques et de pouvoirs paranormaux. Cette étape dans l'évolution a amené les êtres humains à produire de nombreuses nouvelles technologies, dont la principale est le Psynet, une sorte d'Internet directement connecté au cerveau, permettant de naviguer sur la toile, d'envoyer messages et mails à vos connaissances, directement de cervelle à cervelle... 

 

photoEt on se plaint de la 5G. 

 

Dans cet univers parallèle, les recherches et avancées scientifiques autour de cette hormone cérébrale sont au centre de tout. D'où le concept de "Brain-Punk" mis en avant par le studio. Un terme qui prend tout son sens à mesure que l'on progresse dans le jeu. Chaque détail, chaque message reçu, chaque amélioration de votre personnage est là pour vous rappeler que vous êtes constamment connecté au réseau Psynet, créant un étrange sentiment de lien permanent, et d'oppression. Où se termine donc ce réseau ? Vos pensées sont-elles vraiment à vous ou quelqu'un d'autre pourrait-il y accéder ? Suis-je surveillé quand je vais sur des sites interdit aux moins de 18 ans ? 

Bien évidemment, ces personnes dotées de pouvoirs psychiques phénoménaux ne pouvaient pas être lâchées dans la nature comme ça. Le gouvernement rassemble et entraîne ceux qui possèdent des dons pour former une armée capable de protéger le pays contre n'importe quelle menace. La pire d'entre elles étant les entités connues sous le nom d'Autres. Pour lutter contre elles, une unité militaire d'élite a été créée : la Brigade d'Extermination des Autres (BEA - Other Suppression Force en VO).

Et, sacrée coïncidence, les deux héros à votre disposition (Yuito, le jeune homme prêt à tout pour prouver sa valeur, et Kasane, jeune femme taciturne obsédée par l'idée de protéger sa soeur) pour arpenter le jeu viennent d'intégrer cette troupe d'élite. Deux protagonistes, pour deux scénarios interconnectés (Brain-Punk oblige), qui apportent deux points de vue différents et complémentaires sur l'aventure proposée par Scarlet Nexus

 

photoUn duo Under (cerebal) Pressure 

  

L'enfer c'est les Autres 

Et vous ne serez pas trop de deux héros pour vous débarrasser des Autres. Ces créatures dont l'origine sera l'un des points cruciaux du scénario s'attaquent aux êtres humains pour se nourrir de leur cerveau... Un régime alimentaire qui en fait naturellement l'ennemi de l'humanité (herbivore, la face du monde en aurait été changée, et le jeu aussi).

Leur design constitue incontestablement l'un des points forts de Scarlet Nexus. Semblant tout droit sorties de l'esprit d'un peintre surréaliste nourri aux travaux de Masahiro Ito (créateur des monstres de Silent Hill), elles pourraient tout autant trouver leur place dans l'univers de Tokyo Ghoul que dans la saga Shin Megami Tensei. Et pourtant, il est impossible d'employer le terme "déjà-vu" les concernant. Difficile de décrire ces êtres véritables amalgames d'animaux, de structures mécaniques et de végétaux. Et si chaque rencontre avec les Autres est l'occasion d'un combat sans merci, elle est aussi celle d'une découverte surprenante de nouveaux designs, toujours très inspirés. 

 

photoPokémon version Brain-Punk 

 

Apportant une touche légèrement horrifique au contexte futuriste du titre, ils contribuent à donner au jeu une personnalité propre, rendant ainsi l'expérience unique. Comme pour votre avatar, au-delà de la première impression de répulsion envers les Autres, la seconde phase va être celle de la correction en bonne et due forme. Pour ce faire, vous allez avoir un éventail des possibles particulièrement fourni. Action-RPG oblige, les combats se déroulent en temps réel, avec un contrôle total sur chacun des mouvements de votre personnage, comme dans Nier Automata. Selon votre choix de départ, entre Yuito et Kasane, votre approche du combat sera différente. 

Alors que Yuito dispose d'un katana, et se trouve très à l'aise au corps à corps. Kasane utilise la télékinésie pour faire virevolter des couteaux autour d'elle. Mais c'est surtout dans l'utilisation de vos pouvoirs psychiques que le jeu va révéler tout le potentiel de son système de combat. Vous apprendrez rapidement à utiliser la télékinésie pour vous saisir de tous les éléments du décor afin de les projeter avec violence sur tout ce qui bouge. Voir poubelles, vélos et même wagons (!) traverser l'écran pour éparpiller les Autres façon puzzle est hautement satisfaisant, et vous aurez de temps à autre un petit sourire sadique en envoyant voler des SUV en travers de la face de vos ennemis. 

 

photoFatality !

  

Il se dégage des combats une impression de puissance grisante que l'on retrouve dans peu de titres. Harceler ses adversaires en leur balançant des morceaux de décors, et les enchainer lors de combos aériens, avant de les achever en leur balançant une voiture dans la face : les possibilités sont énormes, et rappellent par instant les meilleurs moments de Nier ou même de Devil May Cry. Impression de puissance renforcée par des animations extrêmement soignées, et la présence de techniques d'exécution (les "brain crush" ou "Pression Cérébrale") permettant d'éliminer vos ennemis avec style via un simple QTE. Du classique direz-vous. Oui, mais admirablement bien maitrisé.

Le studio aurait pu en rester là, et proposer un très bon action-RPG, avec un système de combat solide et efficace. Mais détrompez-vous, car le sel des affrontements vient de l'utilisation des pouvoirs de vos équipiers. Pyrokinésie, électrokinésie, hypervélocité, duplication... Un panel de possible digne des X-Menà votre disposition grâce au système de liaison cérébrale qui vous lie à vos alliés. Car vous ne serez que rarement seul(e) face à l'adversité, et vous pourrez emprunter les dons de vos équipiers pour quelques instants, le temps de faire le ménage dans les rangs adverses. 

 

photoOh la belle jaune ! 

 

My Hero automata

Comme dans tout RPG, les combats seront votre principal apport en ressources diverses et variées, allant des points de compétences à distribuer dans une arborescence (appelée ici Carte Cérébrale), aux potions de soins en passant par les éléments à récolter pour les échanger contre des cosmétiques pour vos personnages, ou des cadeaux. Oui, parfaitement, des cadeaux, à offrir à vos alliés. Car Scarlet Nexus est et reste un J-RPG par bien des aspects, et les connaisseurs dans ce domaine savent déjà où on veut en venir. 

Si les affrontement vous garantissent de l'XP à revendre, pour être véritablement efficace en combat, il faudra compter sur vos alliés. Et ceux-ci deviendront de plus en plus efficaces si vous resserrez vos liens affectifs avec eux. Pour ce faire, le jeu vous a managé des espaces de tranquillité au cours desquels vous pourrez échanger à loisir avec un casting haut en couleur. Chacun a sa propre motivation, son caractère bien tranché, et semble clairement faire écho à la tradition bavarde des Persona ou des Tales of. Leur faire des petits cadeaux ou aller prendre un café avec l'un de ces personnages améliorera vos relations (et vous aurez rapidement vos petits chouchous dans votre équipe), et upgradera ses compétences de combat (et les vôtres par la même occasion). 

Une feature qui peut sembler malvenue dans un titre au sujet et à l'ambiance graves, mais qui en fin de compte permet d'avoir des moments de relâche plutôt bienvenus. On prend plaisir à ces échanges entre les protagonistes, ceux-ci n'étant jamais trop longs. Rassurez-vous, vous n'aurez pas à poser la manette pendant une demi-heure en attendant qu'un des héros ait fini son monologue - oui c'est toi qu'on regarde Death Stranding

 

photoMeet me at the coffe-shop (© Red Hot Chili Peppers)

 

Loin de casser le rythme du jeu, ces saynètes font avancer l'histoire à une allure constante et maitrisée. Il n'y a jamais la sensation de remplissage ou d'exposition inutile, ce qui fait de Scarlet Nexus un RPG particulièrement fluide en termes de narration. Raconter l'histoire sous forme de panneaux ne conviendra pas à tout le monde, mais passé les deux premiers chapitres, on finit par prendre plaisir à moments narratifs. D'autant plus que le character design des protagonistes est franchement agréable, très typé anime (ce n'est pas un hasard si une série animée Scarlet Nexus est en cours de diffusion...), et que chaque dialogue fait avancer intelligemment une intrigue passionnante de bout en bout

Soulignons le fait que parallèlement à l'histoire principale, le jeu aborde également de nombreux sujets avec justesse, des droits des minorités à l'oppression du gouvernement, en passant par le libre arbitre et l'omniprésence des médias. Nous ne parlons pas là des quêtes annexes, mais de l'évolution des personnages qui gravitent autour de vous.

Car il y a bien des quêtes annexes, mais celles-ci n'apportent malheureusement au titre ni enrichissement du lore, ni amélioration pour vos héros. Construites sur le modèle "éliminer X Autres de telle manière", elles vous rapporteront quelques cadeaux et items de soins, ou quelques cosmétiques. Rien de bien folichon, elles constituent une des faiblesses du Nexus Écarlate, car le tableau n'est malheureusement pas idéal. 

 

photoJe vous veux dans mon équipe ! 

 

migraine farmer

Que les lignes à venir ne trahissent pas le propos général : Scarlet Nexus est une expérience formidable pour un anime-RPG, inattaquable sur son style graphique, son gameplay, son ambiance, son lore et sa bande-originale. Mais il n'en reste pas moins que quelques faiblesses l'empêchent de se hisser au panthéon du jeu vidéo.

À commencer par son level-design assez faiblard. Si les décors sont toujours soignés, l'agencement des zones d'explorations et combats sous forme "couloirs/zone de combat/couloirs/boss" est tout sauf surprenant. De plus, on doit retraverser plusieurs fois les mêmes zones, ce qui est assez décevant pour un titre avec de telles ambitions...

En combat, le système de verrouillage n'est pas toujours fiable, surtout quand vous faites face à plusieurs ennemis à la fois. Non pas qu'il soit totalement aux fraises, mais le fait de devoir délocker un adversaire pour devoir en cibler un Autre (oui elle était facile), nuit à la fluidité des enchainements. Toujours concernant les affrontements, on aurait souhaité pouvoir optimiser un peu plus le comportement de nos alliés. Ceux-ci sont contrôlés par une I.A., et le fait de ne pas pouvoir leur donner d'ordre en temps réel est parfois un peu frustrant, surtout après avoir passé de longues heures sur Mass Effect : Legendary Edition.

 

photoOn n'est pas déjà passé par là ? 

 

Enfin, dernier grief que l'on pourra adresser au jeu : le déséquilibre entre les deux scénarios. Si l'histoire de Yuito est une belle porte d'accès au lore et au synopsis global du jeu, Kasane semble clairement avoir été conçue comme le personnage principal, bénéficiant d'une histoire plus complexe et d'une écriture un cran au-dessus de son comparse. Entre de multiples twists scénaristiques (que vous ne verrez pas venir, on vous le garantit) et des enjeux plus forts, la combattante remporte le duel de scénarios haut la main. Disons qu'en forçant un peu le trait, Yuito est l'aspect shonen du jeu, alors que Kasane est son volet seinen. Ceci n'enlève cependant rien aux qualités de l'histoire de Yuito, qui apporte des éclairages essentiels pour comprendre l'intégralité de l'histoire de Scarlet Nexus

Qu'à cela ne tienne, on ne va pas bouder notre plaisir pour autant. La nouvelle IP de Bandai Namco a vraiment tout pour plaire, et une fois l'aventure arrivée à son terme avec l'un des deux héros, vous n'aurez qu'une seule envie : voir l'Autre côté de la pièce Scarlet Nexus. Un fait assez rare pour être souligné, et clairement la marque des grands jeux. Une fois n'est pas coutume, on espère que ce titre saura faire des petits de la trempe de celui-ci. 

 

photo

Résumé

Scarlet Nexus est un jeu intelligent à l'esthétique léchée, et il se dégage un on-ne-sait-quoi d'élégant de ce titre. Avec des combats inventifs et dynamiques, et une histoire riche, il a tout ce qu'il faut pour se trouver une belle place dans votre ludothèque. Et s'il n'atteint pas les sommets d'un Persona 5 ou d'un Nier Automata, il est sans aucun doute l'un des RPG (voire des jeux) les plus marquants de l'année jusqu'à présent.

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