Uncharted 3 : l'illusion de Drake, le bonheur du joueur

Simon Riaux | 18 novembre 2011
Simon Riaux | 18 novembre 2011

Nathan Drake is back ! Après un premier épisode sympathique et un deuxième volée ébouriffant, c'est peu dire qu'on attendait ce troisième volet de pied ferme. Désormais accompagné d'une galerie de seconds couteaux savoureux, précédé d'une campagne promotionnelle digne d'un blockbuster, Nathan n'avait pas le droit à l'erreur.

 

 

Dès son ouverture, Uncharted 3 se propose de nous familiariser avec l'une des nouveautés de cet épisode, l'évolution du système de combat. Nous retrouvons donc notre héros flanqué de l'indéboulonnable Sully, de passage à Londres pour négocier un échange de biens dans un pub, qui va inévitablement dégénérer. Dès que vous aurez le contrôle de Drake, il vous faudra donc vous coltiner une douzaine de gros balèzes britons simultanément. Car désormais, votre personnage est capable d'affronter plusieurs adversaires en même temps, de parer, contrer et utiliser nombre d'éléments du décor. Un système qui s'inspire entre autres de Batman Arkham city, et le fait à merveille.

 

Dès les premiers instants, vous parviendrez à faire pleuvoir sur vos adversaires une pluie de coups, dans une ambiance de rixe bordélique réjouissante, où chaque pèche vous fera autant souffrir que son destinataire. Les confrontations physiques seront donc beaucoup plus importantes et immersives dans ce troisième opus, et vous amèneront souvent à vous ruer sur un adversaire trois fois plus gros que vous, pour le simple plaisir de voir ce bon Drake lui asséner tant bien que mal une sévère dérouillée.

 

 

 

Si votre héros est devenu un combattant aguerri, espérons que vous saurez également jouer de la gâchette, car la société secrète qui s'efforcera de vous mettre des bâtons dans les roues dispose d'une petite armée, à l'agressivité redoutable. Vos opposants feront preuve non pas d'une grande intelligence, mais d'une combativité effrayante. N'espérez plus que la couverture soit la solution, les barbouzes viendront vous débusquer où que vous soyez, à coups de grenades, roquettes et autres snipers, votre salut résidera dans la mobilité, la maîtrise de l'armement, et le sang froid. Les affrontements sont devenus véritablement éprouvants, et ne vous laisseront pas droit à l'erreur. Les phases de plate-forme ont encore progressé, et nous offrent désormais une recette connue, mais qui atteint ici un dosage proche de la perfection. Elles s'imbriquent toujours avec talent dans la narration, ne sont jamais ajoutées artificiellement, et malgré leurs ficelles désormais connues de tous, parviennent à atteindre les mêmes cimes d'intensité que les gunfights. Même les cut-scene, gangrène du gameplay, sont intelligemment employées, et ne nous donnent jamais le sentiment d'être là pour nous réveiller entre deux échauffourées.

 

 

 

Et la technique dans tout ça ? Sans surprise, le soft écrase en quelques secondes ses concurrents et prédécesseurs, tant la maîtrise des petits gars de Naughty Dog coupe le souffle. Level design sublime et diabolique, texture fines et détaillées, moteur physique épatant, tout est à l'avenant. Encore une fois, les différentes matières sont traitées de fort jolie manière, les lumières éblouissent, réchauffent et dévoilent, l'eau est stupéfiante de volume et de poids (regarder la pluie au milieu d'un gunfight, et mourir...). Le sable mérite une mention particulière, défi technique porpre à cet opus, il renvoie les effets neigeux de l'épisode précédent à l'état de jeux de pixels grossiers. Marcher aux côtés de Nathan dans le désert Yéménite vous réservera son lot d'émotions, uniquement générées par la géographie des lieux, et un agencement de couleurs d'une intelligence redoutable.

Sans être un défaut à proprement parler, les scénario des précédents Uncharted demeuraient faiblards et gentiment fonctionnels, on attendait donc que l'épisode en question comble ce manque. Si on ne tient pas encore le Citizen Kane avec des flingues dont nous rêvons tous (si si), on se ravira de participer à une aventure autrement plus prenante que par le passé.

 

 

 

Car enfin, Drake se révèle, notamment à travers un chapitre très réussi, qui nous plongera dans son enfance et ses tout débuts d'aventurier. Le joueur cinéphile s'en rendra rapidement compte, Uncharted 3 s'inspire grandement d'Indiana Jones et la dernière Croisade, allant même jusqu'à nous proposer d'en rejouer une des plus épiques séquences, l'attaque musclée d'un convoi au beau milieu du désert. Le jeu en reprend l'ampleur, la question du point de non-retour, devenue prégnante dans les rapports du héros avec ses amis. Enfin, la saga s'offre un véritable méchant, mystérieux et charismatique, qui nous proposera autre chose qu'un piteux combat final. À ce titre, la dernière partie du jeu est proprement stupéfiante, entre action débridée, aventure sauvage, et détournement des codes du genre, tout en truffant ses ultimes séquences de références plaisantes.

 

 

Mais si l'aventure gagne en rythme et en implication, elle perd un peu durée de vie, comptez deux à trois heures de moins que l'opus précédent pour lever le voile de secret sur la mystérieuse cité que poursuit Drake. Une aventure plus intense mais aussi plus brève, que vient heureusement compléter un multijoueur qui enchantera les amateurs de la mouture précédente, et pourrait bien convaincre les derniers réticents. Cette partie du jeu a considérablement gagné en fluidité, en intensité et en accessibilité, et propose quelques missions en coopération qui raviront les fans d'écran splittés, trop souvent oubliés par les développeurs, qui pourront ici s'en donner à coeur joie lors de missions explosives.

 

L'unique et véritable défaut d'Uncharted 3 n'est pas intrinsèquement lié au jeu, mais à la formidable campagne promotionnelle qui l'a précédé. Autant vous le dire tout de suite, si vous avez guetté la moindre image, et chaque nouveau trailer, il vous restera peu de véritables surprises lors de votre partie. On pestera souvent d'avoir déjà vu, il y a des mois, l'incendie d'un château français, le naufrage d'un paquebot, et bien d'autres phases de jeu absolument incroyables. Quel dommage de ne pas bénéficier de l'effet de surprise, quand on voit la maestria avec laquelle les développeurs ont su agencer une aventure grandiose. Si vous y avez un tant soit peu échappé, résistez encore, votre expérience n'en sera que meilleure.

 

 

 

En l'état, Uncharted 3 est bel et bien le ride ahurissant que l'on attendait. Drake, improbable mélange d'Indiana Jones et de John McLane, nous embarque une nouvelle fois pour un invraisemblable festival d'émotions, de chutes, bagarres et explosions. Reste une interrogation de taille : comment poursuivre après une telle réussite ? Car si l'expérience est fabuleuse, on voit mal comment il sera possible de lui donner suite sans en transformer radicalement la recette, car cette dernière atteint ici de toute évidence ses limites, ou tout du moins son aboutissement.

 

 

 

 

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