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Zelda : Ocarina of Time – oui, c’est la plus belle BO de la saga

Par Jacques Laurent Techer
21 août 2022
MAJ : 21 mai 2024
The Legend of Zelda: Ocarina of Time : photo

Sorti en 1998 sur Nintendo 64, The Legend of Zelda: Ocarina of Time a été une révolution pour la saga Zelda. Et sa bande originale composée par Koji Kondo reste un chef-d’œuvre.

Retrouvez le top 10 des meilleurs jeux de la saga Zelda ici.

Comment faire mieux que The Legend of Zelda : A Link to the Past ? Titre incontournable de la Super NES considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs jeux vidéo de l’histoire, A Link to the Past, sorti en 1992 sous les latitudes françaises, a marqué les esprits au fer rouge. Ambiance envoûtante, aventure passionnante, liberté d’action, graphismes splendides… tout était là pour faire de ce troisième volet de la saga Zelda une pièce majeure de l’histoire de Nintendo, et de l’histoire vidéoludique au sens large. 

L’épisode a également marqué durablement le public grâce à sa bande-son enchanteresse et épique, composée par Koji Kondo. Des morceaux comme Overworld/Hyrule Field Main Theme ou Dark World sont devenus des hymnes essentiels, et constitutifs de l’identité même de la franchise The Legend of Zelda. Après la parenthèse enchantée The Legend of Zelda : Link’s Awakening conçue pour Game Boy et livrée en 1993, il faudra aux fans cinq ans de patience avant de pouvoir incarner de nouveau Link dans The Legend of Zelda : Ocarina of Time, en 1998.

 

JaquetteLe Graal pour les joueurs de la Nintendo 64

 

Avec le choix de concevoir un jeu en monde ouvert en 3D pour Ocarina of Time, les équipes de Nintendo font face à de nouveaux défis techniques, graphiques, et mélodiques, puisque le nouveau support technologique qu’était la Nintendo 64 restait à apprivoiser.

Un défi que Koji Kondo a relevé haut la main, en produisant la plus belle des bandes originales de la saga Zelda (désolé Breath of the Wild), et l’une des pièces maîtresses de toute sa carrière. Car si le monde d’Hyrule a pris vie en 3D et est resté si durablement inscrit dans le cœur des fans de la franchise, c’est en grande partie grâce au travail de compositeur de Kondo, qui a par la même occasion assis son rôle de personnage indispensable de l’écurie Nintendo.

 

The Legend of Zelda: Ocarina of Time : photoLe genre d’image qu’on entend

 

Un jeu pour les gouverner tous

Le lancement de la Nintendo 64 ne s’est pas fait sans douleur. Lancée sur le marché en 1996 au Japon et en Amérique du Nord, puis en 1997 en Europe, la console devait faire face à deux concurrents de poids : la Saturn de Sega, et surtout la PlayStation de Sony. Face à de tels adversaires, Nintendo n’avait pas d’autres choix que de frapper très fort dès le lancement de sa console.

Le premier coup d’éclat de Big N a été Super Mario 64. Réalisé par Shigeru Miyamoto, avec Koji Kondo à la composition, le premier Mario en 3D a fait l’effet d’une bombe. Exploitant un moteur 3D flambant neuf qui avait mis KO la concurrence, le jeu a su ramener des fans de Nintendo au bercail, et montrer que Big N était toujours dans la course. Mais malgré le retour en fanfare du plombier, la Nintendo 64 peinait à convaincre.

En secret, les équipes de Nintendo EAD (Entertainment Analysis and Development) préparaient le titre qui devait enterrer la concurrence une fois pour toutes : The Legend of Zelda : Ocarina of Time.

 

The Legend of Zelda: Ocarina of Time : photoLe retour du roi

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Le passage de Mario de la 2D à la 3D avait demandé un travail colossal aux équipes de Shigeru Miyamoto, mais la mutation de Link vers la troisième dimension allait être plus titanesque encore. Placé sous la direction d’Eiji Aonuma, le jeu se devait d’être plus qu’exceptionnel : il devait être la pierre angulaire du catalogue N64, et être capable de rivaliser avec un certain Final Fantasy 7 sorti en 1997.

Ocarina of Time allait être un véritable monde ouvert, entièrement conçu en 3D. Outre les prouesses techniques de conception du monde et de level design que Aonuma allait devoir réaliser, la bande originale elle aussi devait être exceptionnelle. Elle devait refléter le souffle épique de l’aventure de Link.

Les PlayStation et Saturn étaient passées au support CD, permettant des orchestrations infiniment plus complexes que sur SNES ; et même si Mario 64 avait montré que le support cartouche pouvait produire de belles pièces, Miyamoto et Aonuma avait demandé à Kondo de faire encore mieux, et de surpasser le support CD. Comment Ocarina of Time allait pouvoir tenir le choc en restant sur le support cartouche ?

 

The Legend of Zelda: Ocarina of Time : photoL‘Arbre Mojo, premier donjon du jeu 

 

LA prouesse de KOJI KONDO

L’OST de Mario 64 se composait de 36 morceaux pour 51 minutes de musique au total. Pour Ocarina of Time, Koji Kondo a composé 79 pistes musicales, pour plus de 2h10 de musique. Dans la version finale du jeu sur N64, la cartouche d’Ocarina embarquait 59 morceaux, en plus d’une aventure pouvant durer des centaines d’heures pour celles et ceux qui souhaitaient se perdre dans le monde d’Hyrule. Un tour de force qu’il était difficile d’imaginer en 1998 pour un support cartouche. 

Dans sa conception de la musique, Koji Kondo a également totalement changé sa façon de composer. Homme sûr de l’écurie Nintendo, Kondo a intégré la maison de Mario dès 1984, et a débuté en tant que sound designer sur Duck Hunt, avant de rapidement s’imposer comme le compositeur principal sur les séries phares de la firme : Super Mario Bros. et The Legend of Zelda. Habitué à créer des morceaux à boucles afin qu’ils puissent durer des heures, Kondo a dû repenser en profondeur sa manière de travailler pour Ocarina of Time

 

The Legend of Zelda: Ocarina of Time : photoLink chevauchant face à la Lune tel Zorro

 

Koji Kondo avait décidé de minimiser les boucles musicales, et de plutôt axer son travail sur l’assemblage de pistes ayant la même mélodie, tout en variant cette mélodie en tempo afin de créer des ambiances différentes. Dans une interview donnée à Nintendo.co.uk à l’occasion de la sortie de Ocarina of Time sur 3DS, Mahito Yokota, ami et assistant de Kondo, expliquait la méthode de fabrication de cet OST :

« Pour Ocarina of Time, la musique était différente chaque fois que l’on partait à l’aventure dans un donjon et que l’on revenait aux Plaines d’Hyrule, le décor principal du jeu. L’ambiance générale de la musique ne changeait pas beaucoup, mais les mélodies avaient un tempo différent. Et même si c’était la même chanson, si vous combattiez un ennemi, la mélodie devenait plus palpitante. Puis, une fois la bataille terminée, on retrouvait la musique majestueuse habituelle. Lorsque Link était immobile, la musique devenait silencieuse. La musique changeait constamment. »

 

 

Et c’était là la principale réussite de Koji Kondo : parvenir à produire non pas une musique illustrative (comme ce qui est fait pour la quasi-intégralité de la production vidéoludique), mais une musique interactive et organique, indispensable pour un open world. Un style aujourd’hui appelé musique adaptative. 

Pour le principal lieu d’exploration du jeu, les Plaines d’Hyrules, Kondo a écrit plus d’une vingtaine de motifs musicaux courts de huit mesures, qui se succédaient dans un ordre aléatoire afin de ne jamais donner d’impression de « déjà entendu ». Une trouvaille musicale qui deviendra l’une de ses marques de fabrique. 

Kondo a aussi remis en question sa façon de composer, et est allé marcher loin de ses terres de prédilection. Le style plutôt gai et enjoué du compositeur, fait de morceaux au tempo assez enlevé, devait s’adapter à un propos bien plus sombre. Pour Ocarina of Time, il a livré certaines de ses compositions les plus angoissantes. La piste de la Caverne Dodongo n’aurait pas dépareillé dans un Resident Evil ou un Silent Hill

 

 

Time of the Ocarina

Impossible de ne pas évoquer le plus grand défi d’Ocarina of Time : l’ocarina lui-même. Nœud central du gameplay du jeu et de son intrigue, l’ocarina a fait l’objet d’un travail acharné de la part de Koji Kondo et de son équipe de sound designers. Les instruments de musique ont toujours eu leur place dans la saga Zelda, et en particulier dans l’opus Game Boy Link’s Awakening. Cependant, Kondo, Miyamoto et Aonuma voulaient aller encore plus loin. 

Il fallait que les joueurs puissent véritablement jouer de l’ocarina, et influencer leur environnement, et l’histoire du jeu, grâce à lui. Pour ce faire, il a fallu créer des mélodies simples, mais puissantes, capables de véhiculer des émotions fortes en quelques notes ; et des mélodies que les joueurs allaient pouvoir retenir facilement.

Sur le papier, cela ressemblait même à une découverte du monde de la musique pour le public de Zelda. À cœur vaillant, rien n’est impossible, et les mélodies de l’ocarina sont restées ancrées dans l’esprit des joueurs près de 25 ans après, à l’image de l’inoubliable chanson de Saria. 

 

 

L’idée était si brillante qu’elle sera reprise presque en l’état pour The Legend of Zelda : The Wind Waker. Conséquence inattendue des mécaniques de jeu de l’ocarina : les ventes de cet instrument ont explosé à travers le monde dans les mois qui ont suivi l’arrivée d’Ocarina of Time. Preuve s’il en est qu’Ocarina of Time était devenu un phénomène de société.

Sharon King du New York Times rapporte dans une édition datant de février 1999 :

« Le nouveau jeu vidéo de Nintendo, Legend of Zelda : Ocarina of Time, est en passe de devenir l’un des jeux vidéo les plus vendus de tous les temps. Et sa popularité semble avoir suscité un autre engouement : la demande de véritables ocarinas, ces instruments de musique ressemblant à des flûtes, et qui ressemblent à des patates douces percées de trous pour les doigts… »

Et quand un quart de siècle après l’arrivée sur le marché d’Ocarina of Time, il est demandé à Koji Kondo de désigner son morceau favori de la bande originale du titre, il désigne sans hésiter la piste qui accompagne la découverte de la cour du Château d’Hyrule. Une mélodie dans le pur style historique du compositeur, avec une ambiance légère et joviale, presque enfantine. 

 

 

L’héritage de L’Ocarina

Ocarina of Time est toujours à ce jour l’un des jeux les plus vendus de la licence Zelda. Fort de 7,6 millions d’exemplaires écoulés sur Nintendo 64, le titre a marqué à jamais l’histoire du jeu vidéo grâce à son approche révolutionnaire de l’open world, et à la musique adaptative créée par Koji Kondo.   

Le jeu a eu droit à une suite directe (une première pour la franchise Zelda), deux ans plus tard : Majora’s Mask. Une suite qui a divisé les joueurs, certains la trouvant trop pessimiste, voire lugubre, d’autres saluant le fait que la saga n’hésitait pas à se renouveler, quitte à sortir de sa zone de confort. Un titre dont la bande originale très lourde et angoissante a été une nouvelle fois composée par Koji Kondo, cette fois-ci secondé par Toru Minegishi. 

 

The Legend of Zelda: Ocarina of Time : photoLe temple de l’eau a traumatisé un bon nombre de fans

 

Ocarina of Time a connu les joies de multiples remasterisations et rééditions, sur GameCube, console virtuelle Wii et Nintendo 3DS. Cette dernière itération embarque d’ailleurs une version remastérisée de la bande originale, de toute beauté. Pour les heureux possesseurs d’une Nintendo Switch, et abonnés au pack d’extension du Nintendo Switch Online, il est possible de (re)découvrir cet opus de la saga Zelda, et son OST grandiose. 

Le dernier travail en date de Koji Kondo pour la série Zelda date de Skyward Sword (2011). Depuis, le compositeur a pris ses distances avec la licence, et a préféré se concentrer sur la franchise Mario. Ses dernières bandes originales sont celles qu’il a livrées pour Super Mario Odyssey et Super Mario Maker 2.

Et même si Breath of the wild dispose d’une bande originale de haut vol, les fans de Koji Kondo ont toujours un pincement au cœur en imaginant ce que le maître aurait pu produire pour un jeu d’une telle envergure.  

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The Moon

Quel jeu magnifique…
J’avais uniquement joué au 1er zelda sur NES.
En re-découvrant Hyrule (en 99 pour moi).
J’ai pris 1 claque.
Meilleur Dojon et musique toutes série confondu Forest Temple avec sa musique angoissante, ce niveau ne ressemble à aucun autre.
Sa musique, son ambiance, son histoire…
Meilleure mélodie Le boléro du feu
Merci Nintendo

Pifpaf

Song of storms, pour moi la plus belle chanson du jeu

dams50

Ce thème de la plaine d’Hyrule, quelle invitation à l’aventure…

Joué pour la 1ère fois sur Gamecube pendant le confinement de 2020, 20 ans après mon seul Zelda joué jusqu’alors qui était The Wind Waker, et … ben quelle claque que ce jeu.
Dans les critiques récentes, on trouve parfois en point « négatif » le fait que la musique soit midi. Perso, midi ou pas, cette BO est juste excellente, enchanteresse, originale, en phase avec le gameplay, et marquante. J’aime beaucoup la réecouter aujourd’hui.