Back 4 Blood : après Left 4 Dead, la coopération et les zombies, c'est toujours le sang

Antoine Desrues | 12 octobre 2021 - MAJ : 12/10/2021 12:22
Antoine Desrues | 12 octobre 2021 - MAJ : 12/10/2021 12:22

Alors que Back 4 Blood nous promet de revivre les sensations de Left 4 Dead, retour sur le zombie, et sa place particulière dans le jeu vidéo coopératif.

Penser à recharger son fusil d'assaut et à rajouter des clous sur sa batte de base-ball : voilà les conseils que l'on peut prendre en compte pour la sortie de Back 4 Blood. En effet, après une longue attente, la suite spirituelle de Left 4 Dead est enfin disponible, et permet jusqu'à quatre joueurs de se retrouver au cœur d'une apocalypse zombie. Et à une époque où le multijoueur compétitif et le battle royale se sont grandement imposés, il est bon de voir que le FPS en coopération n'a rien perdu de sa superbe.

Mais à vrai dire, le concept de Back 4 Blood – et son incroyable héritage – interrogent sur la place du mort-vivant dans un tel système de jeu. Si le zombie a pris une place particulièrement importante dans la pop-culture, le dixième art en a fait le monstre parfait pour mettre à l'épreuve les relations humaines, en nous téléportant à plusieurs, manette ou clavier en main, dans l’œil du cyclone. En bref, pourquoi nos amis les zombies s'accordent-ils si bien aux jeux coopératifs ?

 

photoMan vs Wild

 

Petits meurtres entre amis

Si Back 4 Blood est aussi attendu par les fans de tripailles, c'est parce qu'il est développé par Turtle Rock, le studio à l'origine des légendaires Left 4 Dead. Pour rappel, les deux jeux coopératifs édités par Valve ont justement été pensés suite au succès de Counter-Strike, titre où des équipes de terroristes et d'anti-terroristes s'affrontent dans des matchs où la tactique et le travail d'équipe sont essentiels pour triompher. Left 4 Dead est même né comme un mod au sein du moteur de Counter-Strike, avant de définir à lui seul un sous-genre du FPS.

Résultat, Back 4 Blood est un peu le Left 4 Dead 3 que beaucoup ont attendu. Cette fois édité par WB Games, le titre de Turtle Rock se veut être une version évoluée de ses grandes sœurs. Avec des graphismes et un level-design plus poussé qu'auparavant, le principe est de venir à bout de hordes de zombies dans des campagnes au parcours défini. Divisées en plusieurs actes, elles demandent aux joueurs d'arriver ensemble à un abri, pour continuer de plus belle sur leur lancée, en canardant tout ce qui bouge.

Cette structure, dont Left 4 Dead assumait déjà l'inspiration cinématographique, amène ainsi Back 4 Blood à nous faire revivre entre amis certains frissons cinéphiles, des longs-métrages de George Romero à leur réinvention par Zack Snyder (L'Armée des morts, Army of the Dead) en passant par la série The Walking Dead.

 

photoDes promenades de santé...

 

Étant donné que les morts-vivants sont ici des Infestés, des êtres métamorphosés par un ver parasite (surnommé "Ver du diable"), Back 4 Blood change quelque peu les règles en ne nous faisant pas incarner des survivants lâchés dans le chaos, mais des personnages organisés, réfugiés dans un camp qui sert d'ailleurs de hub central. Cette joyeuse troupe cherche ainsi un remède à l'épidémie, et se retrouve envoyée dans diverses missions, qui demanderont de la préparation.

D'une certaine manière, le jeu s'accapare des enjeux similaires à Je suis une légende avec Will Smith, mais en détournant son protagoniste rongé par la solitude. Ainsi, le besoin de la coopération a été poussé dans ses retranchements. Grâce à des niveaux fourmillant de détails et de cachettes, les parties mettent l'accent sur le loot, qu'il s'agisse de munitions, d'armes ou même d'une monnaie qu'il est ensuite possible de dépenser dans les abris.

 

photoL'Ogre, l'une des multiples surprises des premiers niveaux

 

La communication et le partage entre les joueurs s'avèrent essentiels pour venir à bout des campagnes de Back 4 Blood, d'autant plus que les développeurs ont mis au point une petite surprise pour mettre à mal cet équilibre : les cartes bonus et malus. En effet, au fur et à mesure des parties, les gamers pourront débloquer des cartes offrant des capacités spéciales en jeu (plus de vie, plus de vitesse, une meilleure visée, etc...).

Les decks façonnés peuvent ainsi être créés pour être complémentaires de ceux de ses compagnons d'infortune. Pour autant, ces cartes engendrent avec elles l’apparition de malus, effets météorologiques impromptus ou renforcements des hordes de zombies, qui redéfinissent chaque partie, en plus de mettre des bâtons dans les roues des joueurs, tel un scénariste sadique.

 

photoDon't Stop Me Now

 

En bref, Back 4 Blood se réapproprie via son gameplay une écriture post-moderne et consciente d'elle-même, alors même que le zombie y a été sujet au travers de quelques bijoux du septième art, comme Shaun of the Dead d'Edgar Wright.

Il est d'ailleurs amusant de voir que les deux oeuvres partagent le même goût pour certains passages obligés rondement menés (à l'instar d'une séquence urgente où il s'agit de barricader un lieu envahi de morts-vivants). Mais surtout, la comédie de Wright emploie le zombie comme menace de l'amitié et de l'amour que se portent les personnages, et qui amène chacun d'entre eux à repenser (parfois tardivement) ses choix de vie, et la manière dont ils ont affecté son identité.

Ainsi, Back 4 Blood réinvestit à sa manière le mythe du zombie tel que George Romero l'a défini au cinéma. Si le mort-vivant est un être qui a perdu son humanité, le danger qu'il représente en vient souvent à refléter les plus bas instincts des survivants. Dans l'urgence de certaines prises de décision, ne deviennent-ils pas finalement les monstres dans l'opération ?

 

photoLe repos dans l'abri n'est que de courte durée

 

Sense 8

En tout cas, Back 4 Blood a été pensé pour engendrer une forme de chaos ludique, avec une bonne dose d'aléatoire qui va obliger les joueurs à être réactifs ensemble, ou périr. C'est pourquoi le jeu ne peut pas se contenter de nous faire incarner de simples avatars vides. A l'inverse, les équipes de Turtle Rock se sont efforcées de créer un ensemble de huit personnages aux looks et aux personnalités bien définis.

Cette équipe, surnommée les "Nettoyeurs", contribue à diversifier le game design, puisque chaque protagoniste possède des armes et des capacités uniques. Par exemple, Hoffman, caricature de l'Américain avide de théories du complot, est justement pensé comme un spécialiste des armes à feu suréquipé, qui a des chances de récupérer des munitions à chaque fois qu'il tue un zombie.

 

photoDream Team

 

Et si la jeune Holly est présentée comme une fonceuse, son gameplay est construit en conséquence, puisqu'elle arbore sa batte de base-ball cloutée, qui lui permet d'être très efficace au corps-à-corps. Doc, Evangelo, Jim, Karlee, Maman et Walker viennent compléter ce sympathique casting. En bref, dis-moi qui tu joues, et je te dirai qui tu es. Voilà ce que Back 4 Blood semble sous-entendre par ses personnages, adaptés à différents types de jeu.

Là encore, ces archétypes se raccordent à leurs référents issus du septième art. De Rec à 28 jours plus tard en passant par World War Z, les survivants des apocalypses zombies servent justement à pointer du doigt la nécessité d'une diversité de comportements et de connaissances, qui simplifie non seulement l'identification du spectateur, mais aussi une survie qui ne dépend pas que d'un surhomme tout-puissant. Finalement, le jeu nous incite à embrasser ces modèles comme des socles dans lesquels nous pouvons projeter notre propre attitude face à l'horreur de la situation.

Cependant, quelle que soit votre approche, le game design des campagnes est organisé pour que la collaboration demeure un impératif. Si les joueurs s'amusent à se précipiter, à tirer dans tous les sens et à faire vaguement n'importe quoi, Back 4 Blood va se montrer immédiatement punitif. La présence de nuées de corbeaux, ou encore de voitures aux alarmes actives, nécessitent une approche réfléchie, ou alors le quatuor devra faire face à des hordes d'Infestés alertées par le bruit.

 

photoHoffman et son regard de braise

 

Mais surtout, Turtle Rock a diversifié ses Infestés depuis Left 4 Dead en ajoutant de nouveaux zombies spéciaux, des mutations surpuissantes aux capacités uniques, pensées pour séparer la bande ou pour punir tous ceux qui chercheraient à faire cavalier seul.

L'exemple le plus flagrant est à ce titre la Piqueuse, un zombie très rapide qui peut clouer les joueurs au sol grâce à sa bave collante comme une toile d'araignée. En cas de panique, le Pestiféré peut quant à lui exploser sur les Nettoyeurs, les empoisonnant au passage de pus toxique. Tout ce beau monde, auquel on peut ajouter le Géant (un zombie doté d'un long bras surpuissant) et la Moucharde (dont le cri attire des hordes), oblige à la communication et à la stratégie.

 

photoUne Piqueuse anti-vax

 

Zombie Legacy

D’ailleurs, si les zombies s’adaptent à merveille aux jeux en coopération, c'est aussi parce que les joueurs peuvent directement les incarner. En plus de ses campagnes, Back 4 Blood propose un mode PvP permettant à quatre survivants d'affronter une équipe de zombies spéciaux. Les deux camps devront faire preuve de malice pour venir à bout de leurs adversaires, et ainsi réduire au maximum un chronomètre qui définit le gagnant.

Par cet autre mode de jeu, Back 4 Blood rappelle les grandes heures passées sur Left 4 Dead et sa suite, qui offraient à leur manière de nombreuses approches de leur game design. A vrai dire, si le nouveau jeu de Turtle Rock fait figure de Messie attendu depuis bien trop longtemps, c'est parce que les dernières générations de jeux vidéo ont peiné à retransmettre ce plaisir de la coopération.

 

photoArmy of the Dead

 

Pourtant, dans la foulée de Left 4 Dead, le zombie est devenu une menace privilégiée du dixième art, qui de Killing Floor à Dead Island a offert la possibilité aux joueurs de s'allier contre lui, pour en tirer le meilleur d'eux-mêmes. Et si cette joie a su engendrer pour tout à chacun des parties d'anthologie, Back 4 Blood pourrait bien être le successeur à même de nous redonner ces sensations grisantes.

Back 4 Blood est disponible sur Xbox One, Xbox Series X/S, PC, PS4, PS5, et via le Xbox Game Pass.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

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