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Le chaos Emilia Pérez : après Netflix, Jacques Audiard prend aussi ses distances avec Karla Sofía Gascón

Par La Rédaction
6 février 2025
MAJ : 6 février 2025
Le chaos Emilia Pérez : après Netflix, Jacques Audiard prend aussi ses distances avec Karla Sofía Gascón © Canva Pathé

Dans la tourmente, la campagne aux Oscars d’Emilia Pérez continue d’être entachée par la polémique entourant l’actrice Karla Sofía Gascón.

La réception d’un film peut-elle basculer en un instant ? C’est ce qu’on serait tenté de penser en voyant le parcours actuel d’Emilia Pérez, dont la success-story est en train de se transformer en tentative de damage control. Après avoir remporté deux récompenses au Festival de Cannes (le prix de jury et un prix d’interprétation féminine collectif, remis aux quatre actrices principales), la comédie musicale de Jacques Audiard s’est vue nommée à 13 reprises aux Oscars, permettant au passage à son actrice principale Karla Sofía Gascón d’être la première femme transgenre à être nommée à l’Oscar de la meilleure actrice.

Sauf qu’en plein milieu de cette course aux statuettes, un scandale a éclaté lorsque d’anciens tweets de Karla Sofía Gascón ont été exhumés de X. Ces messages, racistes et islamophobes, n’ont pas manqué de créer la polémique, au point où Netflix (qui distribue Emilia Pérez aux États-Unis et au Royaume-Uni) a décidé de prendre ses distances avec l’actrice.

En bref, tous leurs outils de promotion pour les Oscars cachent plus ou moins la présence de la comédienne, et Variety a révélé que Netflix ne prendrait plus en charge les frais de Karla Sofía Gascón aux États-Unis pour les cérémonies de récompense. Depuis, la plateforme de streaming n’est plus la seule à prendre position.

Karla Sofía Gascón emilia perez zoe saldana
Shitstorm dans 3, 2, 1…

Emilia Pérez aux Oscars : c’est compliqué ?

Pour ne pas arranger les choses, Karla Sofía Gascón a décidé d’accorder à CNN une interview le 2 février pour revenir sur ses propos, sans prévenir Netflix ou l’équipe du film. Au-delà de ce problème de communication, l’actrice s’est excusée tout en essayant de se défendre avec des paroles maladroites, comme « je n’ai commis aucun crime » ou « je n’ai fait de mal à personne ».

Interviewé par Deadline, Jacques Audiard n’a pas manqué d’exprimer sa déception, et son envie de s’éloigner de la comédienne.

« Je ne lui ai pas parlé [depuis les polémiques], et je ne veux pas lui parler. Elle est dans une démarche autodestructrice dans laquelle je ne peux pas intervenir et je ne comprends pas pourquoi elle continue. Pourquoi se fait-elle du mal comme ça ? Pourquoi ? Je ne comprends pas, et je ne comprends pas non plus pourquoi elle fait du mal à des gens qui étaient très proches d’elle.

Je pense à la façon dont elle fait du mal à l’équipe et à tous ces gens qui ont travaillé si incroyablement dur sur ce film. Je pense à moi, je pense à Zoe [Saldaña] et Selena [Gomez]. Je ne comprends tout simplement pas pourquoi elle continue à nous faire du mal. »

emilia perez selena gomez
Tentative de damage control

Jacques Audiard fait particulièrement référence à l’interview de CNN, pour laquelle il regrette que Gascón « passe pour la victime ». On soulignera néanmoins que le cinéaste évoque moins les propos de la comédienne que leur impact direct sur la réception du film. Le rêve pour Emilia Pérez de se voir attribuer des statuettes semble s’éloigner, alors qu’il partait comme étant l’un des favoris de la compétition. La question que le scandale pose, c’est son effet de ricochet possible sur les autres nominations du film, y compris en ce qui concerne la réalisation de Jacques Audiard.

À vrai dire, ce retournement de situation reflète surtout à quel point les événements comme les Oscars dépendent en priorité des campagnes organisées par les studios et les équipes des films, ce qui implique aussi de potentielles gestions de crise. Là où on peut interroger le bien-fondé de Netflix (et par extension de Jacques Audiard) dans sa communication, qui tend à invisibiliser Karla Sofía Gascón, c’est qu’elle prend l’actrice comme cible unique, pour mieux masquer le reste. Il ne faut pas oublier qu’Emilia Pérez a été plutôt mal reçu lors de sa sortie au Mexique (lieu de son action), accusé par beaucoup de son regard stéréotypé sur le pays et sa culture.

Emilia Perez : Photo Zoe Saldana
Zoe Saldaña prise entre deux feux

Par ailleurs, Jacques Audiard a aussi créé sa propre polémique au travers d’une interview avec Konbini qui a traversé l’Atlantique, où il expliquait que « l’espagnol est une langue de pays modestes, de pauvres, de migrants ». De son côté, Karla Sofía Gascón a prétendu auprès de Variety qu’elle avait le soutien « à 200% » de ses camarades de jeu, Zoe Saldaña et Selena Gomez. Interrogée à ce sujet, Saldaña n’a pas confirmé les dires de la comédienne.

Avec une telle accumulation de problèmes, autant dire que ça sent le roussi pour Emilia Pérez aux cérémonies de récompense, quand bien même tout n’est pas perdu. Il n’y a plus qu’à espérer que d’autres scandales n’émergent pas d’ici là. Verdict dans la nuit du 2 au 3 mars prochain pour voir si le scandale aura eu un aussi gros impact sur les votants qu’il n’est médiatisé.

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Woking Dead

Bref, une actrice sans queue ni tête.

Vincent Terranova

Triste affaire. La carrière de Karla Sofia Gacogne est probablement terminée avant même d’avoir démarrée. Un film, un succès, une reconnaissance, une déchéance. Elle est apparue et s’est enflammée comme un météore.
Malgré les polémiques, j’ai vraiment apprécié ce film. Il faut donc savoir faire la part des choses. Apprécier ce que l’on a aimé. Et pour le reste, en tenir compte sans que cela nuise aux qualités de cette histoire détonante.

JeepersCrackers

La liste des propos racistes, islamophobes et grossophobes de cette personne est quand même longue comme le bras, on ne parle pas juste d’un tweet isolé et « malencontreux ». L’actrice principale de son film réduit toutes chances à obtenir un quelconque oscar alors qu’il était nominé 13 fois. Je comprends qu’il a un goût plus qu’amer. Et je vois là plus quelqu’un de triste et déçu que quelqu’un voulant la mettre à mort. Je trouve la position d’Audiard franche, sans ambiguïté, j’imagine à la hauteur de sa déception, mais pour autant pas virulente non plus, d’autres auraient probablement fait le dos rond ou la sourde oreille.
Je n’ai pas vu le film, je ne sais pas ce qu’il vaut, mais quels que soient les résultats, la fête est gâchée.

Flo1

Pff, c’est beaucoup trop pris au sérieux…
La seule réponse à donner, c’est que Twitter et cie génèrent les messages débiles, quelle que soit la personne (de mauvais poil) derrière le clavier. Tant que celle-ci n’a pas réitéré ses crétineries encore et encore, jusqu’à créer des messages incitatifs, les maladresses du Passé peuvent effectivement être pardonnées. Seuls les actes dans la vie réelle comptent.

Résultat : maintenant KSG doit se mettre en retrait du paysage médiatique, donc à nouveau devenir « invisible » – mais souvent, c’est une bonne chose, quelle que soit la personne là aussi, qu’elle soit beauf ou gracieuse.
Audiard aurait dû avoir une meilleure réponse, et ne pas juste penser à des récompenses (on peut être sûr que les César n’en auront rien à faire, ça nous fera moins d’hystérie).

Eomerkor

A part la transphobie on trouve tout un fatras de trucs réacs dans ces tweets. Pas étonnant que ça sorte juste avant les oscars. Finalement quelle que soit la qualité du film ne restera que l’image d’un tohubohu tragi-comique.
Pas de chance pour Audiard. Si il l’avait su avant il aurait pu faire des reshoots comme l’a fait Ridley Scott pour remplacer Kevin Spacey par Christopher Plummer. Mais si c’était sorti après la cérémonie des oscars… la belle affaire. L’actrice trans montant chercher sa statuette, faisant un discours vantant la diversité et la tolérance. Tout le monde se levant pour applaudir et pleurer. Les images reprisent dans les JT. Puis quelques jours plus tard la révélation des tweets… Et là, c’est le drame. Un peu comme apprendre plusieurs jours après un cocktail que quelqu’un a pissé dans le ponch qu’on avait tant apprécié.
N’empêche que les réactions de male blanc de plus de 50 ans d’Audiard et le cancel fait par Netflix sont vraiment plus que limite. Audiard aurait du appeler son actrice et faire du damage control au lieu de la laisser se démerder toute seule face à la meute.Un peu plus de finesse et de réaction troublée aurait été un peu plus présentable que cet agacement crispé de voir s’envoler les récompenses plaquées or et les futures recettes qu’elles auraient générées. Enfin bon, tout n’est pas perdu pour Jacques. Si c’est rappé pour les Oscars ça peut encore le faire pour les Césars.

anderton

Ce qu’il faut retenir, c’est que les oscars récompensent finalement non pas un film et ses qualités mais plutôt sa campagne de promotion ! Une campagne marketing bien pensée et exécutée permettra à un film de rafler des statuettes, peu importe ce que vaut le film…
On est vraiment sur de l’hypocrisie flagrante (avec l’équipe qui se désolidarise pour aller dans le sens du vent et sauver la campagne promotionnelle) et de l’acharnement (aller chercher la moindre faille et l’exploiter, ici des tweets discutables) pour couler la « concurrence »…

tonto

Pas sûr qu’on regrette vraiment ce film grisâtre qui ignorait tout de ce qu’est une comédie musicale…

Flash

Si maintenant on ne peut même plus écrire de la merde sur les réseaux sociaux !

grift

Je ne dois pas être assez au courant du sujet mais grosso modo si le problème principal c’est d’ancien tweet, pourquoi l’argumentaire de Audiard c’est « qu’elle est dans une démarche ou elle se fait du mal à elle et à l’équipe du film » ? Parce que ses excuses sont maladroites ? ou y a autre chose ?