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James Gray explique comment le terrible Harvey Weinstein a détruit la carrière de The Immigrant

Par Geoffrey Crété
26 mars 2017
MAJ : 28 octobre 2018
14 commentaires
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Dans la longue liste des ennemis de Harvey Weinstein : James Gray, avec The Immigrant.

The Immigrant était sur le papier un pari gagné d’avance : Marion Cotillard et Joaquin Phoenix réunis devant la caméra de James Gray, pour raconter l’histoire d’une immigrante Polonaise poussée à la prostitution dans le New York des années 20. Le film, avec également Jeremy Renner, a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2013, présage d’une carrière prestigieuse.

Sauf que le film a été un échec : absent de la saison des Oscars malgré une belle presse, The Immigrant est passé inaperçu à sa sortie, finissant sa carrière avec moins de 6 millions de recettes pour un budget de 16. James Gray le mal-aimé, le maudit ? Peut-être, mais pas que : le cinéaste est revenu sur le rôle de Harvey Weinstein.

 

 

La relation orageuse entre James Gray et le célèbre producteur et distributeur américain remonte à The Yards, son deuxième film sorti en 2000. Présenté lui aussi à Cannes, le thriller avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg et Charlize Theron a été montré avec une fin imposée par Weinstein. Le cinéaste n’a pas eu le choix : il n’avait pas le final cut. Le film sera un échec en salles, et la vraie fin sera finalement mise sur le DVD.

Depuis, James Gray a acquis une belle notoriété et retenu la leçon. Ou presque puisque Harvey Weinstein a acheté les droits de The Immigrant sans qu’il ne soit au courant et sans qu’il n’ait son mot à dire. En promo pour The Lost City of Z, le réalisateur explique au Telegraph :

« Je pensais que c’était une horrible idée. J’avais complètement raison, mais je ne pouvais rien y faire. Ce n’était pas ma préférence, ce n’était pas mon choix, je ne voulais pas que ça arrive. Je n’ai aucune relation avec Harvey. Donc ce n’est pas comme si j’avais réparé une relation, et que je m’étais encore fait avoir, je ne suis pas un idiot qui lui a fait confiance deux fois ! ».

 

 

Le réalisateur de La Nuit nous appartient explique ainsi en détails ce qui s’est passé en coulisses avec Harvey Weinstein :

« J’avais le final cut sur The Immigrant. Donc je savais qu’il ne pourrait pas m’obliger à changer quoi que ce soit. Mais il a exercé toute la pression qu’il pouvait, notamment en mettant de côté le film. Donc à ce stade, j’en étais réduit à deux choix :

a) Est-ce que je change le film, quitte à le détruire à mes yeux ? Sa version durait 88 minutes (NDLR : environ 30 minutes de moins que la director’s cut), avait une fin style La Mélodie du bonheur avec un dernier plan où Marion et sa soeur marchent sur une montagne à Los Angeles, avec une voix off qui disait ‘J’ai réussi, j’ai réussi », avec la musique pompeuse, tout ça. Le public ne sait pas que ce n’est pas votre idée. Vous êtes tenu pour responsable parce que vous êtes le réalisateur, le scénariste. Donc je me suis dit, ‘Je ne vais pas être tenu pour responsable de ça’. Ce qui se serait passé, c’est que le film aurait été mal accueilli par la presse de toute manière, donc non seulement il aurait eu de mauvaises critiques, il n’aurait pas marché, et en plus ça n’aurait pas été ma version.

b) Ou, c’est ma version et le film ne sortira jamais. Et peut-être que si je continue ma carrière ça deviendra ce film légendaire que j’ai fait et que personne n’a vu.

 

James Gray sur le tournage de The Immigrant

 

Donc je me suis dit que b) était bien mieux que a). Et Weinstein a pensé que c’était une position totalement terrible, égoïste et tenace de ma part, parce qu’il pensait que la sienne était plus « commerciale ». (…)

Quand le film est sorti aux Etats-Unis, Marion a quasiment gagné tous les prix de la critique sans être poussée par Weinstein. Harvey aurait facilement pu lui obtenir une nomination aux Oscars, peut-être même une victoire, s’il avait mis en marche sa machine derrière elle. (…)

Les gens agissent souvent poussés par des pulsions d’auto-destruction. Et Harvey qui enterre le film était un acte d’auto-destruction. (…) Quand on ne fait pas exactement ce qu’il veut, ça ne compte pas que ce soit dans son propre intérêt de protéger le film ».

De quoi encore nourrir la terrible légendaire de Harvey Weinstein, surnommé « Harvey aux mains d’argent » pour sa capacité à couper les films, pour le meilleur et pour le pire.

 

 

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Zanta

Si y’a un film US pour lequel Cottilard a été bien casté, c’est bien celui-ci.
Un film superbe où la tendance mélo de l’actrice est parfaitement canalisée, et justifiée par le scénario.

Kiddo

@Zanta
absolument.
Mais j’ai bien peur que ces ego-maniaques qui dirigent une partie du business n’entendront jamais de cette oreille, meme après avoir vu ce chef d’oeuvre intemporel qui est déjà The lost city of Z (ceci dit le talent incontestable du mec était déjà présent lors de son premier film, le très grand Little odessa..)
Au moins, ds le très bon making-of d’Alien 3, un des producteurs qui avait castré Fincher lors du tournage et post-prod du film ont reconnu après avoir vu son film suivant, Seven, ben… qu’ils avaient déconné big big time..
Il faut du courage pour ça.
Weinstein n’est pas de cette race la.
Une des meilleures décisions de gray qui est aujourd’hui un des plus grands reals contemporains.

Visiteur

Ce n’est tout blanc ni tout noir non plus. Le sublime Carol de Todd Haynes a par exemple été soutenu par Harvey Weinstein. Le type s’y connait en cinéma, il peut se planter de temps en temps certes, mais faut relativiser les paroles de Gray.

corleone

Oui. L’une des meilleures performances de Marion Cotillard (si ce n’est la meilleure) et film très touchant avec ce James Gray qui sait vraiment y faire en matière d’emotions.

Kiddo

@Visiteur
Personne ne dit que Weinstein n’a produit ou distribué aucun bons films (Carol est effectivement un magnifique et on pourrait en citer d’autres..)
Mais c’est loin d’être la première fois que le mogul détruit certaines oeuvres (hello Olivier Dahan et son Grace of monaco récemment..) pour des raisons inexcusables lorsque c’est simplement lié a un ego et non pas a l’oeuvre en elle-même, peu importe les dissensions.