Avant la sortie de Lost City of Z, James Gray explique pourquoi les films primés à Cannes sont super chiants

Jacques-Henry Poucave | 7 mars 2017
Jacques-Henry Poucave | 7 mars 2017

James Gray s’est imposé comme une voix importante du cinéma américain. Et il en use aujourd’hui pour s’agacer contre le Festival de Cannes.

Pour avoir été membre de son prestigieux jury, le réalisateur de The Yards, La Nuit Nous appartient, Two Lovers et prochainement Lost City of Z connaît bien la Croisette, où plusieurs de ses films ont été présentés.

Ce n’est un secret pour personne, une partie croissante du public considère que les films Cannois sont abominablement chiants. Point de vue particulièrement biaisé, tant la variété des œuvres sélectionnées est grande et les surprises abondantes. Néanmoins, il faut bien reconnaître que ces dernières années, les palmarès successifs ont eu des airs de chemin de croix.

 

Photo Charlie Hunnam, Robert Pattinson

 

Et comme il l’explique dans les colonnes de Film Comment, James Gray pense que cette situation provient d’un aveuglement idéologique.

« The Immigrant reprend certains aspects de la forme narrative classique mais pas tous. Ma philosophie en matière de cinéma va un peu plus loin, je considère que les essais cinématographiques de Godard sont de toute évidence très importants dans l’histoire du médium mais… c’est bon, il l’a fait.

Personne ne peut plus passer après lui et l’imiter. C’est un peu comme si quelqu’un se ramenait pour faire du Jackson Pollock – heu c’est bon, ça a déjà été fait, qu’est-ce que tu fiches ? Mon impression c’est que ce moment est terminé et que mon rôle est de revisiter des formes de narration traditionnelle, en misant deux fois plus sur l’émotion que j’en extirpe.

 

Photo Robert Pattinson

 

En d’autres mots, nous avons bien compris que notre goût pour la narration est une connerie d’illusion dont nous avons besoin. On l’a déconstruit. Okay, super. Et maintenant ? Bien sûr on peut continuer à proférer que la fiction ça n’a aucun sens et que c’est une connerie, et puis super, on n’a plus qu’à se tirer une balle.

Ce qui compte c’est que maintenant que nous avons pris acte que la fiction est un rêve débile, que notre envie de fiction, d’empathie, est en quelque sorte le prolongement de nos désirs – maintenant nous pouvons nous y plonger plus profondément. Et de mon point de vue, qui n’est pas très apprécié, beaucoup de critiques émanant de Cannes, par exemple, sont composées d’idées bloquées en 1968. Qui veulent encore de la déconstruction.

 

Photo James Gray

 

C’est pour ça que les gagnants de la Palme d’Or et les films perçus comme formidables à Cannes sont généralement des films qui ont très peu à dire et qui se révèlent incroyablement ennuyeux à regarder. Et c’est pourquoi il y a des retours désastreux sur ces films qui sont tout aussi remplis de clichés qu’un Batman V Superman. Caméra à l’épaule, ton austère, milieu ouvrier… J’ai été dans le jury, et on les voit venir à des kilomètres. On dirait une blague. »

Quand on sait que James Gray a participé au jury au Festival de Cannes en 2009, qui était présidé par Isabelle Huppert, on ne peut s’empêcher de penser qu’il n’a pas dû rigoler tous les jours. Ah et sinon, on vous cause très très vite de son génial Lost City of Z.

 

Photo Charlie Hunnam

Tout savoir sur The Lost City of Z

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Vous aimerez aussi

commentaires

Kiddo
08/03/2017 à 00:36

@Satan
Le ruban blanc est effectivement un film important.
Le vrai problème durant la délibération au dela du fait que Gray voulait donner le prix a Audiard (pas étonnant que les deux compères s'admirent et se respectent au vu de leurs filmographies respectives et leurs paquets d'atomes crochus...) est que Audiard a eu la majorité des votes de très très peu.
Huppert étant la présidente a fait une pression sur le jury avoir un deuxième visionnage du film d'Haneke.
Gray, avec raison, s'en est dc offusqué estimant que si 2e visionnage il y'a pour Haneke, alors 2e visionnage il y aura pour le reste de la sélection.
Mais Huppert a été la plus maline et comme son vote compte double, elle a fini par convaincre un des jurés et a dc fait basculer la décision finale.
D'ou la colere et frustration de Gray sur le résultat et p-etre aussi par extension avec ce festival..
Dur de lui en vouloir..
Et aucun jugement de ma part sur Huppert, actrice formidable s'il il en est qui a juste été plus maline et était comme une vraie lionne a défendre le film de son pote.

Rahan les tape
07/03/2017 à 22:41

Il y a des films chiants ou qui en ont l'air mais qu'est-ce qu'il y a comme bonnes surprises aussi! Heureusement qu'il n'y a pas que les frères Dardenne ou Almodovar pendant cette quinzaine dantesque. Merci Cannes!

Satan LaTeube
07/03/2017 à 22:08

Ceci dit, réduire tous les films primés à Cannes comme "chiant", c'est ne pas avoir une bien grande culture cinématographique, ou une grande curiosité intellectuelle.

phjhgkjh
07/03/2017 à 15:52

très bien dit!! James Gray t mon héros!!

Satan LaTeube
07/03/2017 à 15:22

Mauvais expérience son jury cannois, il voulait à tout prix donner la Palme à "Un Prophète" mais Huppert n'a pas voulu en démordre pour Haneke.
Remarquez que je fais aucun procès car j'aime beaucoup le Ruban Blanc.

stivostine
07/03/2017 à 12:10

il a pas tord, le soucis actuel du cine pour ne pas se répéter est de travailler les dialogues et linterraction entre protagonistes,cest pas une mince affaire car on le voit bien que ca tourne en rond depuis qq temps.

votre commentaire