FEFFS 2013 : Jours 3 et 4

Simon Riaux | 21 septembre 2013
Simon Riaux | 21 septembre 2013

« Je veux parler à Tonton BDM tout de suite. Cet enfant a vingt-et-un mois, et il se rase déjà tout seul. Je ne demande pas grand chose, seulement... »

Elles étaient des dizaines, alignées sous la pluie, bravant les intempéries, elles faisaient la queue devant le Village Fantastique, cœur palpitant du FEFFS 2013. Dans l'espoir de croiser le célèbre chroniqueur, ou un représentant légal d'Écran Large et du droit des familles, elles s'étaient réunies pour former petit à petit une marée humaine pleine de dignité, de droiture et d'innocence souillée. Beaucoup avaient des enfants sous le bras, des jumeaux parfois ; la majorité des bambins affichaient déjà un duvet épais, striant leur cou de taureau d'ombres élégantes. D'innombrables grenouillères arboraient quatre lettres, brodées avec amour : M.I.K.E. J'espérais passer inaperçu, et me glissai le plus discrètement possible vers la buvette bien décidé à profiter de mes coupons gratuits en les échangeant contre quelque houblon fermenté. Las ! Une voix cristalline perça la foule des mères outragées.

« Lui là ! Il le connaît ! Chopez-le ! »

 

Les malheureuses étaient remontées à bloc, il faut dire qu'elles sortaient de la présentation de App, qui laissa derrière lui un certain sentiment de frustration. Si l'on est très reconnaissants au FEFFS 2013 de nous avoir donné l'occasion de découvrir une tentative volontariste de renouveler l'expérience de la salle de cinéma, on sera beaucoup plus circonspect sur son résultat, qui tient au mieux du désastre, et au pire du foutage de gueule intégral. L'idée était pourtant amusante et ludique dans son principe : proposer un métrage dont le scénario est largement basé sur l'usage que font les jeunes générations de leur téléphone tout en faisant interagir l'écran avec le smartphone des spectateurs présents dans la salle. À l'évidence le procédé est un peu gadget, mais a le mérite d'exister, de nous offrir une forme d'interactivité nouvelle et tout simplement de trancher avec le tout venant festivalier.

Le premier problème vint hélas de App lui même. Le temps nous manque pour lister l'intégralité des défauts de la purge susnommée, mais sachez que le téléchargement de l'application (App the movie) est parfaitement dispensable, puisque le dit soft consiste en un système de spoils interactifs envoyés au spectateur tout le long de la séance, ainsi que l'apparition de contrechamps paresseux. Loin d'être indispensable donc. En revanche, on ne saurait trop vous conseiller de visionner tout de même la chose (le film hein, pas l'App), tant elle recèle d'involontaires drôleries, voire quelques calembourgs délicieusement catastrophiques, telle l'explosion d'une boutique entière par le seul fait d'une application diabolique, ou encore la transformation d'un téléphone en petit téléphone parlant (re-sic).

 

Pour notre plus grand bonheur, et celui des festivaliers, le reste de la sélection FEFFS fit très largement notre bonheur. La délégation d'Écran Large - on se fait mousser comme on peut – profita donc des deux derniers jours de réjouissances que lui avait accordé la tête pensante de la rédaction pour parcourir les différentes sections. Et il y eut de quoi faire. Les rétrospectives dédiées aux films de singes et aux aventures de Santo, rebaptisé par un quarteron de spectatrices Santo BDM, s'avérèrent aussi riches que jouissives, grâce à une sélection de haute volée. Choucroute ou pas, on aura rarement eu l'occasion de voir réunies des perlasses telles que Konga, TOUTES les versions et suites de King Kong, Link, Incidents de parcours. Quant aux aventures de Santo contre les martiens ou contre les femmes vampires, on avoue les avoir découvertes à cette occasion, non sans joie. Des séances improbables, touchantes ou tordantes, où se réunissaient un parterre de curieux, de fans et de marmots, soit le public idéal pour (re)découvrir classiques indémodables ou délires inavouables. Nous tenons ici à saluer l'audace éducationnelle de la dame qui poussa sa progéniture encore glabre à visionner à peu près tous les films de gorilles, au risque de lui offrir une puberté bien gratinée aux entournures.

 

La compétition internationale, la section cross over et autres spécialités ne déméritèrent pas, loin de là. Entre deux pintes de Sylvaner ingurgitées sous les ordres de Gipsy Danger (voir épisode précédent), votre serviteur découvrit avec bonheur qu'à Strasbourg, l'humour gras on aime ça, comme en témoignèrent triomphalement Bad Milo et Big Ass spider, que nous avons décidé de rebaptiser temporairement Mon cul l'araignée, sur les bons conseils d'un poilant bénévole. Le premier narre avec force pets et coloscopies les mésaventures gastriques d'un cadre supérieur que son boulot, sa famille, sa femme et sa future descendance stressent au plus haut point, jusqu'à ce que le malheureux somatise au point de voir jaillir de ses intestins un ami inattendu. Il ne s'agit pas de Ferdinand Social, pas même de Alf, mais de Milo, être agressif et collant, bien décidé à bouloter toutes les angoisses de son géniteur, foetus tous frais compris. Gags scatos, mise à mort scatos, punch lines scatos, twist scatos, vous l'aurez compris, Bad Milo est au bon goût ce que Noémie Lvovsky est au cinéma : un antagoniste total.

 

Mon Cul l'araignée est tout simplement aux côtés de Sharknado une des plus belles pitreries numérisantes qu'on ait eu l'occasion de regarder depuis belle lurette. Véritable ode au genre, qu'il parodie avec tendresse une orfèvrerie certaine, cette belle blague, dont l'ouverture devrait rester comme un modèle de portnawak euphorisant, s'évertue à rire d'un sous-genre bien mal représenté, sans pour autant verser dans le mépris cynique. Aidé par une tribue de comédiens en roue libre et heureux de l'être, Mike Mendez a emballé une belle perlouze des familles, de celles que l'on prétendra n'avoir jamais vue, pour s'en repaître sauvagement avec quelques copains peu fréquentables et des bières éventées.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'auteur de ces lignes prit un vilain pied devant V/H/S 2, peut-être aidé par une demie-douzaine de guronzans pilés et ingérés nasalement. Ou pas. Bref, contre toute attente, la suite du pitoyable V/H/S s'avéra une excellente surprise nocturne, fourrée d'idées tantôt férocement stupides, tantôt diablement excitantes, dont un seul segment s'avéra décevant (une sombre histoire d'abduction extra-terrestre inaugurant le found footage canin). Autre force de cet improbable métrage, le segment réalisé par Gareth Evans, qui présentait en exclusivité les noces de Tonton BDM et Perrine Quennesson aux Philippines. Cet incident regrettable et regretté par les deux parties était, pensions-nous naïvement, tombé dans l'oubli ; heureusement que des cinéastes sans vergogne sont là pour nous ramener ce genre de happening immoraux.

 

Un hommage tout particulier se doit d'être rendu à l'épatant Rewind This, documentaire polymorphe retraçant l'histoire des V/H/S et autres BETA max, leurs affrontements, ainsi que leur influence sur la vie et la cinéphilie de leurs clients et aficionados. De témoignages en anecdotes, de déclarations en réflexions, les nombreux intervenants dressent le portrait nécessaire d'une expérience qui transforma radicalement le paysage cinématographique, ainsi que les us et coutumes de ses randonneurs pelliculés. Plus encore que la nostalgie, le chant du cygne d'une génération biberonnée au video club, c'est le récit de trajectoires fascinantes qui imprima notre rétine. Des bootleggers pirates en passant par les collectionneurs ou encore les concepteurs de jaquettes, chacun sera aspiré dans ce tour d'horizon vertigineux. Enfin, les plus jeunes pourront désormais prétendre connaître quelque chose d'intéressant, et sauront que la beauté de l'analogique, ce n'est pas seulement une bouffonnerie de Pacific Rim.

 

Impossible de terminer ce trop bref tour d'horizon d'un festival sévèrement burné sans évoquer The Returned, faux film de zombie aux thématiques jumelles du show britannique In the flesh (merci Ilan !). Le pisse-froid Sandy Gillet vous dirait sans doute qu'il en a marre qu'on accole cyniquement la mention zombie au premier film de genre venu sous prétexte de faire suinter le geek moyen, avant d'ajouter que les rebondissements de la prévisible dernière bobine sont gros comme des américains en vacances. Mais au diable Sandy Gillet, sachez que The Returned est également une très belle histoire d'amour, servie par un duo de comédiens impeccables, élégamment réalisé et dont la charge émotionnelle ne saurait se réduire à quelques malheureuses scories. Puisque vous le demandez, il y est question d'un monde où peu après une terrible épidémie zombiesque, certains ex-infectés demeurent humains grâce à l'injection quotidienne d'anti-viraux, lesquels sont sur le point d'arriver en rupture de stock. Solidement charpenté et doté d'un sous-texte politique inattendu et loin des canons de la pellicule morte-vivante, le film fut une des très jolies découvertes du FEFFS 2013.

 

Prétendre que nous avons assisté à la projection de Retour vers le futur en plein air un mardi soir serait mentir. Toutefois impossible ici de rendre compte du festival sans saluer la passion des équipes qui permirent à quelques 700 personnes de prendre leur pied sous la pluie et devant la cathédrale, bravant les intempéries avec courage et ibuprofène. De même, on resta un peu scotché par la dévotion d'un public follement enthousiaste, qui fit sien l'adage popularisé par Philomena BDM (la môman de vous savez qui) : « C'est pas quand y mouille que j'rouille. »

Enfin impossible de conclure ce compte-rendu des quelques quatre jours passés à Strasbourg sans rendre hommage à toute l'équipe des Films du Spectre, aussi disponible et souriante que nous étions sales et mal fagotés. De même nous exprimons avec force conviction notre gratitude envers les gens de chez Dark Star, eux aussi d'une énergie, d'une gentillesse et d'une résistance éthylique qui força notre respect.

 

 

 

 

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