La porte du paradis restaurée à Venise et en Blu-ray

Sandy Gillet | 6 août 2012
Sandy Gillet | 6 août 2012

Notre rédac chef bien aimé a beau être en vacances, il ne lâche rien et surtout pas ses passions parmis lesquelles on trouve les jeunes filles en bikinis (ou les « cougars », cela dépend de son humeur ou du nombre de fois qu'il s'est pris un râteau dans la journée). Mais accessoirement il nous appelle aussi à la rédac pour prendre des nouvelles (l'apanage des nantis) et lors de notre dernière discussion téléphonique il nous disait texto : « Putain tu as jeté un œil à la sélection de Venise, c'est dément ! ». Le priant de profiter pleinement de ses vacances, nous primes la peine de vite faire une news sur la sélection histoire d'être moins sec lors d'une prochaine discussion à distance car cela la fout mal d'en savoir moins que son rédac chef de surcroît en vacances (mais bon il n'est pas rédac chef pour rien non plus).

Mais en y regardant à deux fois, on apprenait limite bouche bée (c'est dire à quel point l'on marche au ralenti en ce moment) la présence de La porte du paradis et de son réalisateur Cimino au sein de la sélection Venezia Classici, l'alter ego de Cannes Classics au Festival du même nom. En grattant un peu plus on apprenait aussi que c'est Criterion, le fameux éditeur vidéo new-yorkais, qui est à l'origine de la restauration et qu'il proposera la fameuse version Uncut de 219 minutes. Ce qui implique donc une sortie Blu-ray US pour la fin de l'année. Mais pour une sortie française, à moins qu'un éditeur indépendant décide de mettre la main au portefeuille (Wild Side ? Carlotta ?...), vu l'état du marché de la vidéo aujourd'hui en crise et compte tenu aussi du côté très « protecteur » de Criterion, il faudra certainement repasser et continuer à se coltiner comme seule offre l'infâme édition DVD MGM qui propose la version cinéma via un master 4/3 pourri on ne peut plus irrespectueux de ce monument du cinéma.  

 

 


Au passage, on en profitera pour pointer du doigt cette tendance actuelle qui veut que les Studios historiques hollywoodiens « lâchent » de plus en plus systématiquement les droits de leurs films qu'ils ont à leur catalogue au profit d'acteurs indépendants qui en fonction de leur voilure financière peuvent donc jusqu'à s'adjuger une restauration en grande pompe. Si l'on ne peut-être que satisfait que ces films puissent à nouveau exister au meilleure de leur forme numérique, on ne peut aussi qu'être triste devant un tel renoncement des Majors à ne pas/plus vouloir investir en direct pour ce qui peut s'apparenter à la préservation du patrimoine cinématographique.

Alors certes nous avons eu droit ou aurons droit aux restaurations en grande pompe des Dents de la mer, de moult films de Hitchcok, de Dracula (1932), de Casablanca (déjà au moins trois éditions Blu-ray aux États-Unis et non des moindre), de Autant en emporte le vent, de Ben-Hur, de Chantons sous la pluie... Soit des films en forme d'étendard économique et toujours pourvoyeurs de belles ventes. Et certes nous ne jouerons pas au naïf puisqu'il ne s'agit ici justement que de gros sous. Mais que cela est dommageable car réducteur aux yeux du grand public et du cinéphile en herbe.

En France, heureusement, le constat n'est pas le même. StudioCanal (qui vient de récupérer les droits monde de tous les films de Tati pour les sortir bientôt en Blu-ray après restauration), Pathé et Gaumont ont mis en place des programmes de restauration sous l'égide de fondations et/ou de l'État. Gaumont est d'ailleurs à ce titre le plus en avance sur cette voie avec la signature il y a quelques mois d'un accord pour la numérisation et la restauration en très haute définition (2K) de 270 films sur quatre ans en partenariat avec la Caisse des dépôts agissant en investisseur au travers du Fonds national pour la société numérique (FSN), dans le cadre de la mission qui lui a été confiée par l'État au titre d'un programme signé lors du festival de Cannes 2011. Et à ce titre voici la liste des 25 premiers films qui vont être numérisés et qui vont donc avoir droit à une sortie en Blu-ray très prochainement :

 

Sous le soleil de satan (Maurice Pialat) 1987

Nous ne vieillirons pas ensemble (Maurice Pialat) 1972

Police (Maurice Pialat) 1985

Passe ton Bac d'abord (Maurice Pialat) 1978

La gueule ouverte (Maurice Pialat) 1974

Alexandre le bienheureux (Yves Robert) 1968

L'assassin habite au 21 (Henri-Georges Clouzot) 1942

Coup de tête (Jean-Jacques Annaud) 1979

F come Fairbanks (Maurice Dugowson) 1976

Les risques du métier (André Cayatte) 1967

Mon oncle Benjamin (Édouard Molinaro) 1969

Arsène Lupin contre Arsène Lupin (Édouard Molinaro) 1962

Un témoin dans la ville (Edouard Molinaro) 1958

La passion Jeanne d'Arc (Carl Theodor Dreyer) 1959

La Dame aux Camélias (Mauro Bolognini) 1981

L'Atalante (Jean Vigo) 1934

Eaux profondes (Michel Deville) 1981

Péril en la demeure (Michel Deville) 1985

Madame De... (Max Ophuls) 1953

Douce (Claude Autant-Lara) 1943

Fanny et Alexandre (Ingmar Bergman) 1982 - que l'on retrouve à Venise (voir plus bas)

Héroïnes (Gérard Krawczyk) 1997

La guerre des gosses (Jacques Daroy) 1936

Clara et les chics types (Jacques Monnet) 1981

Carambolages (Marcel Bluwal) 1963

 

On en profite aussi pour vous donner la liste des films présentés dans le cadre de Venezia Classici. Films qui seront nous l'espérons, bientôt eux-aussi disponibles en Blu-ray. Mais rien n'est moins sûr. Il suffit juste pour s'en convaincre de repenser à Il était une fois en Amérique présenté en grande pompe au dernier Festival de Cannes dans une version restaurée et plus longue dont on attend toujours une date de sortie en Blu-ray. Et encore une fois nous serons les plus chanceux avec une sortie en salles à la rentrée sous l'étendard Carlotta, société indépendante s'il en est qui fut le dernier à distribuer dans une copie neuve La porte du paradis en France...

 

L'Affaire Mattei (Il caso Mattei, 1972) de Francesco Rosi (Restauré par la Cinémathèque de Bologne et financé par Gucci, Eni et The Film Foundation)

La porte du paradis (Heaven's Gate - Version 219min) de Michael Cimino (Restauré par Criterion)

Falstaff (Campanadas a medianoche, 1965) d'Orson Welles (Filmoteca Española)

Karumen kokyō ni kaeru (Carmen revient au pays, 1951) de Kinoshita Keisuke

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto, 1970) d'Elio Petri

Stromboli (Stromboli Terra di Dio, 1950) de Roberto Rossellini (Istituto Luce Cinecittà, Cinémathèque de Bologne, CSC-Cineteca Nazionale, Coproduction Office)

Tell Me Lies (1968) de Peter Brook (Fondation Technicolor pour le Patrimoine du Cinéma)

Porcherie (Porcile, 1969) de Pier Paolo Pasolini (Cinémathèque de Bologne)

Himala (Philippines, 1982) de Ishmael Bernal (Film Development Council of Philippines, Manila)

Les Chemises rouges (Camicie rosse, 1952) de Goffredo Alessandrini (Cineteca Nazionale)

Sunset Boulevard (1950) de Billy Wilder (Paramount)

Fanny et Alexandre (1982) d'Ingmar Bergman

Les hommes préfèrent les blondes (Gentlemen Prefer Blondes, 1953) de Howard Hawks (20th Century Fox)

Le fantôme de Madame Muir (The Ghost and Mrs. Muir, 1947) de Joseph L. Mankiewicz (20th Century Fox)

South Seas Adventure (1958) de Francis D. Lvon Walter Thompson, Basil Wrangler, Richard Goldstone, Carl Dudley

Avoir 20 ans dans le Aurès (1972) de René Vautier (Cinémathèque française)

La Dixième victime  (La decima vittima, 1965) d'Elio Petri (Cinémathèque de Bologne, Museo Nazionale del Cinema of Turin)

American Dreams (USA, 1984, 53min) de James Benning (FilmMuseum Vienna)

 

On y remarquera entre autre très belles choses, le très peu connu et longtemps censuré Avoir 20 ans dans les Aurès, film sur un peloton d'appelés bretons d'abord tous objecteurs de conscience ou tire-au-flanc qui vont devenir des soldats aguerris et sanguinaires lors de la guerre d'Algérie. Un DVD avait été édité chez nous par Doriane Films et proposait un encodage à la limite du visible issu d'une copie 16mm (format du tournage) très endommagée. Mais compte tenu de la rareté du film on s'en contentait. On ne sait pas si le film de René Vautier bénéficiera d'une sortie Blu-ray, mais on l'espère très fort.

 

 


 

 

Au final, on remerciera donc notre rédac chef de nous avoir mis sur la voie bien malgré lui puisque sa démarche téléphonique ne cherchait qu'à nous amadouer/sensibiliser sur sa volonté de prolonger ses vacances et mater du bikini vénitien. Trop fort mon Lolo...

 

 

Edit 16/08 : Et bien c'est annoncé pour le 20/11. 


 

 

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