BIFFF 30 ans! Part II : Troma contre-attaque !

Patrick Antona | 12 avril 2012
Patrick Antona | 12 avril 2012

Malgré une grève des transports urbains qui ne réussit pas à dissuader le public à venir nombreux, la 30° Edition du BIFFF continue à égréner son chapelet de films fantastiques, entre bonnes et mauvaises surprises. Si la tendance du retour du merveilleux et de la comédie, et parfois pas là où elle est attendue, semble se confirmer, l’autre tendance qui elle ne se démentit jamais est la bonne humeur qui règne sur le lieu dont la manifestation première est  la spontanéité des commentaires qui fusent et ce, pendant les séances même ! Et quoi de plus que raccord que la présence du trublion Lloyd Kaufman qui est venu directement des USA pour assurer une master-class destiné à apprendre et expliquer comment produire un film indépendant à peu de frais et faire la nique à Hollywood, et présenter aussi sa dernière production, le réussi Father’s Day.

 


 

Il se trouve que se dernier film, réalisé par un collectif canadien du nom de Astron-6, est dans la lignée de ce que Troma a produit depuis ses débuts, à savoir ce mélange d’horreur craspec et d’humour débridé qui peut autant séduire que rebuter, mais est aussi emprunt de cette vision distanciée que les jeunes réalisateurs ont vis-à-vis du cinéma d’exploitation. In fine, ce mélange de vigilante mâtiné de démonologie réussit à produire son effet et les quelques éclats de rire salutaires devant tant de non-politiquement correct assumé ont fini par emporté l’adhésion de cette séance de Minuit des plus mémorables. Rien que de voir Lloyd Kaufman se lancer dans une chorégraphie improbable pour accompagner son réalisateur Jeremy Gillespie entonnant « Papa don’t preach » à la demande du public bruxellois est une motivation pour tenir bien au-delà de la nuit.

Dans le rayon des films qui échappent aussi à toute classification, le Ra.One du "baadshah" Shahrukh Khan a réussi à emporter tous les suffrages. Réponse bollywoodienne à la vogue des super-hero movies, avec un scénario qui emprunte autant à Terminator 2 qu’à Electric Dreams, Ra.One est un bon indicateur de l’évolution que le cinéma indien, l’œil rivé sur les succès de Hollywood mais sans oublier ses fondements. Cet improbable mélange de mélodrame musical (avec un remix de Stand by Me à tomber par terre !) et de SF n’atteint pas les délires visuels et narratifs d’un Endhiran (avec une apparition clin d’œil de ce diable de Rajnikanth à ne pas rater !) mais la mécanique du couple Shah Rukh Khan/Kareena Kapoor fonctionne à merveille et fournit un plaisir communicatif, même s’il est parfois désuet.

 


 

Moins inspiré, le Mural du hong-kongais Gordon Chan (Fist of Legend, Le Médaillon) est certes un joli conte de fées qui permet d’admirer les beautés hallucinantes de Sun Li et autre Monica Mok mais le manque de ressort dramatique et une mise en scène trop statique finissent par rendre ces deux heures de théâtre filmé assez pénibles, même si les effets CGI sont cette fois-ci des plus correctes. Seul l’amateur de belles étoffes très bien portées par des actrices à la grâce subtile et au charme ravageur y trouvera son compte au final.

Plus tendance comédie populaire, le Mr & Mrs Incredible de Vincent Kok (Jackie Chan à Hong-Kong) est une romance wu-xia qui raconte avec mout gags les mésaventures d’un couple de supers-héros en retraite qui sont obligés de ressortir les costumes tout en essayant de remettre du piment dans leur vie devenue bien monotone. Pas réellement transcendant mais pas non plus désagréable, le film est surtout un parfait véhicule pour le talent comique de Sandra Ng, véritable stakhanoviste du cinéma HK avec plus de 100 films au compteur.

Démontrant qu’il peut faire autre chose que des Grudge à la suite, le japonais Takashi Shimizu était aussi de la partie avec son horrifique Tormented 3D. Abordant toujours la thématique de la hantise, comme dans la célèbre série qui l’a rendue célèbre, avec ici quelque crochet vers le délire psychotique à la "Alice au pays des merveilles", Shimizu livre un film soigné et à l’atmosphère prégnante mais auquel un ultime rebondissement rallonge inutilement la sauce. Mais le réalisateur démontre qu’il a de la ressource et réussit à jouer habilement avec son public, en faisant de la 3D dans la 3D en faisant se rencontrer le réel et le monde du cinéma dans une séance hallucinatoire des plus réussies.

 


 

Autre maître de l’horreur japonaise mais dont l’étoile est quelque peu ternie depuis quelques années, Shinya Tsukamoto démontre de son côté qu’il n’a plus rien à raconter avec son bien sinistre Kotoko. Moins pénible il est vrai que l’imbuvable Tetsuo 3: The Bullet Man, ce drame de la folie pré et postnatale aura réussi à nous donner un de ces grands éclats de rire salvateurs habituelsau BIFFF, avec son public hilare qui reprenait les abrutissantes ritournelles de l’héroïne éponyme en live !

Toujours dans le domaine de la comédie (volontaire cette fois ci), l’espagnol Lobos de Arga ne révolutionnera pas le genre du film de loup-garou mais remporte la mise par son hommage sincère au cinéma de Joe Dante et de John Landis et grâce à un casting impeccable. Dominé par un Carlos Areces qui prouve après Balada triste de trompeta et Extraterrestre qu’il est la figure montante du cinéma espagnol, le premier film fantastique de Juan Martínez Moreno aurait mérité plus de tenue dans sa seconde partie pour se hisser la hauteur du Loup-garou de Londres auquel il se réfère souvent mais laisse présager néanmoins de bonnes réussites à venir.

 


 

Succès inattendu auprès d’un public plus enclin à apprécier les gros effets gore et le rire bien gras, le sentimental et bizarroïde The Sandman est un petit budget suisse-allemand qui oscille avec aisance entre le conte moral à la Marcel Aymé et un style narratif et décalé à la Spike Jonze. Cette histoire d’un philatéliste hautain à la morne vie et dont la transformation de son corps en sable va amener à réviser sa relation avec les autres, en particulier avec une voisine avec qui il a noué une relation amour/haine des plus aigues, réussit à toucher là où on ne l’attend pas et se révèle être une des premières surprises du BIFFF.

Dans le lot des séries B à consommer avec rapidité, l’américain Bloodwork fonctionne assez correctement, se basant sur une intrigue classique d’expérimentation qui vire mal, le réalisateur Eric Wostenberg sachant faire monter la tension avec efficacité même si son dénouement ne surprendra pas l’amateur de Frissons et autre Crazies. Et l’estampille B-movie est correctement assumée avec Tricia Helfer en doctoresse de charme et une apparition ultime d’Eric Roberts.

 


 

Plus dispensable, One Way Trip est un slasher 3D suisse-allemand (NDR encore ! mais c’est une invasion !) qui cache mal une copie mal fagotée de Shrooms et qui ne sera même pas sauvé par deux plans gore rigolos. Et personne n’aura été convaincu par la reconversion de Dennis Quaid en croque-mitaine austère dans le bien moyen Beneath the Darkness qui mérite son statut de DTV.

Les aventures bruxelloises du trentenaire du BIFFF en sont à leur moitié, laissant présager que le meilleur reste à venir avant la clôture programmée au mardi 17 avril, avec les projections à venir des attendus  Iron Sky et de Flying Swords of Dragon Gate 3D. Encore un grand merci à l’organisation du BIFFF  et à leur disponibilité, épaulée par leur dream team de bénévoles de charme dont Elli, Roxane, Laura, Alexandra et Sophie comptent parmi les rangs des plus sollicitées.

 

 

 

 

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