Ecran Large est de retour sur la Croisette pour l’édition 2023 du Festival de Cannes. Entre cinéastes confirmés et jeunes talents prometteurs, la centaine de films sélectionnés a de quoi donner le tournis. Après l’ouverture de Maïwenn, Jeanne du Barry, c’est l’heure de revenir sur Perdidos en la Noche. Présenté dans la prestigieuse section Cannes Première, le thriller vengeur et psychologique d’Amat Escalante surprend.
De quoi ça parle ? Emiliano vit dans une petite ville minière du Mexique et cherche les responsables de la disparition de sa mère, une activiste qui défendait les emplois locaux menacés par une société minière internationale. Ses recherches le mènent à la riche famille Aldama… et il pourrait bien y découvrir des secrets bien gardés.
C’était comment ? Amat Escalante est un habitué de la Croisette avec désormais quatre sélections, dont notamment un prix de la mise en scène en 2013 pour Heli. Un film qui avait divisé la Croisette à cause de sa violence radicale et notamment certaines scènes de torture sans concession. Dix ans plus tard, le Mexicain est donc de retour à Cannes, cette fois hors-compétition, avec Perdidos en la Noche. Et on peut dire que le monsieur s’est assagi, du moins visuellement.
Loin de son érotico-fantastique La Région sauvage (auquel il fait un clin d’oeil dès l’introduction avec une affiche de Possession), Amat Escalante plante rapidement un décor réaliste ici. Et plus encore, il met surtout en place l’opposition des deux mondes sur le point de se confronter : d’un côté, le calme d’une luxueuse villa en bord de lac bondé d’oeuvres d’art ; de l’autre, le rassemblement de militants s’opposant à l’exploitation d’une mine. Deux facettes du Mexique qui vont rentrer en collision au fur et à mesure du film lorsque le jeune Emiliano va chercher à venger la mort de sa mère et rentrer en contact avec cette riche famille qu’il soupçonne, composée d’un père artiste, d’une mère actrice et d’une fille influenceuse (incarnée par Ester Exposito, ex star de la série Elite sur Netflix), la totale.
Une confrontation qui rappelle évidemment le récent Parasite, mais dans un style beaucoup plus sec et sombre et bien moins suggestif. Car grâce à sa mise en scène discrète, mais puissante (la remarquable scène d’arrestation en voiture en plan-séquence lors de l’introduction), Amat Escalante parvient à s’appuyer sur une atmosphère étrange et captivante. Explorant les moindres recoins de cette maison à l’architecture labyrinthique, il réussit à plonger son héros dans un dédale de secrets qui vient inévitablement transformer la simple quête de vengeance inaugurale en drame psychologique rude sur fond de fracture sociale.
Amat Escalante confie s’être inspiré du Vertigo d’Alfred Hitchcock pour son film, et on sent en effet une véritable bascule par rapport à ses précédentes réalisations. S’il ne se refuse pas quelques épisodes de violence (l’introduction, l’accès de colère des jeunes mexicains, un meurtre frontal…), voire de provocation (une scène de masturbation gourmande), le cinéaste décide cette fois-ci de suggérer cette violence plutôt que de la montrer. D’où cette sensation perturbante d’une fureur sourde, dissimulée – mais non moins cruelle et terrible pour les personnages–, qui gangrène le Mexique moderne.
Bien sûr, le film pêche un peu notamment dans sa narration, le récit multipliant les points de vue pour mieux guider les spectateurs et compilant probablement un peu trop de sujets (la religion, les corruptions, le suicide…) pour son propre bien. Toutefois, il en résulte un thriller à combustion lente explorant l’ambigüité morale du pays et de ses composantes avec efficacité et perspicacité.
Et ça sort quand ? Aucune date de sortie à l’horizon pour le moment malheureusement, le film n’ayant pas de distributeur français.