Uncharted, The Power, Maison de retraite… quelles sont les sorties cinéma de la semaine du 16 février 2022 ?
Chaque semaine, Écran Large fait son marché dans les salles de cinéma, et sélectionne quelques sorties et films incontournables (pour de bonnes ou mauvaises raisons).
Avec Nathan Drake et Sully en chair et en os, le retour de Sandrine Kiberlain à l’affiche, un film qui fait beaucoup pleurer, Kev Adams en retraite anticipée, les coulisses de grands médias français, un lionceau et des gosses, un chat et une mouette, un bébé mort et de la SF.
LES SORTIES QU’ON CONSEILLE
Uncharted
Durée : 1h56
De quoi ça parle : Nathan Drake, jeune aventurier en herbe, part sur les traces d’un énorme trésor avec Sully et Chloé, deux voleurs et rêveurs.
Pourquoi il faut le voir : Parce que c’est l’une des adaptations de jeu vidéo les moins honteuses depuis quelques années. Après des atrocités comme Assassin’s Creed, Tomb Raider, Mortal Kombat et Sonic, le film Uncharted a presque l’air d’un bon film. Avec son scénario simple, qui ne se perd pas en sous-intrigues, et quelques scènes spectaculaires, le blockbuster remplit sa mission, en grande partie parce que Tom Holland s’y amuse comme un grand gamin (et gamer).
Reste que ce Uncharted est un produit industriel à peu près sans âme, qui échoue là où il était attendu. D’abord côté aventures, puisque même si c’est mille fois moins nul que Benjamin Gates, ça reste très pauvre en termes d’imaginaire, avec trop peu de scènes folles (le climax sauvant l’entreprise). Ensuite, côté adaptation, avec un exotisme réduit à peau de chagrin, des péripéties un peu molles et des personnages plus ou moins transparents (mention spéciale à Chloé). Rien de bien gênant pour celles et ceux venus trouver un petit spectacle sympathique, avec l’envie de ne pas chercher plus loin.
La note d’Écran Large : 3/5
Notre critique papier d’Uncharted et notre critique vidéo d’Uncharted
The power
Durée : 1h32
De quoi ça parle : En 1974, à Londres, une grève entraîne des coupures d’électricité. Val, jeune infirmière, va donc passer sa première nuit en hôpital dans l’obscurité la plus totale, en compagnie de collègues qui n’ont pas non plus la lumière à tous les étages.
Pourquoi il faut le voir : Parce que c’est un authentique film de flippe, plutôt minimaliste dans son approche (il est quasi intégralement consacré à la fameuse nuit) et parfois assez efficace. Corinna Faith, par ailleurs également scénariste, prend à bras le corps le défi pourtant corsé imposé par son postulat. À force de compositions malignes et de mouvements de caméra adroits, elle tire parti de l’obscurité omniprésente, accentue la profondeur des tréfonds de cet hôpital vide grâce à des choix de lumière… éclairés et parvient à faire grimper le trouillomètre, sans pour autant l’exploser, la faute à un manque d’originalité.
De même que son véritable sujet, jouant intelligemment avec la polysémie du titre, est plutôt bien intégré à l’ensemble, bien qu’il ne se démarque pas par sa subtilité. Forcément, l’exercice, quand bien même il est réussi, impose d’enfermer son récit dans une structure aux coutures très visibles. Malgré ses défauts, The Power vaut cependant le coup d’oeil, d’autant plus qu’il s’insère dans un mouvement de réappropriation du cinéma fantastique toujours aussi fascinant.
La note d’Écran Large : 3/5
UN AUTRE MONDE
Durée : 1h36
De quoi ça parle : Alors que Philippe Lemesle voit sa vie de famille se désagréger à cause de son poste de patron d’une des entreprises d’un grand groupe industriel, les pressions de la direction l’obligent à faire des choix de plus en plus difficile à accepter.
Pourquoi il faut le voir : Parce que Stéphane Brizé continue son exploration du monde du travail et de l’entreprise après La Loi du marché et En guerre, en passant cette fois du côté du chef d’entreprise. Le moyen parfait pour le cinéaste de sortir de la vision un peu binaire des deux films précédents et de dépeindre le travail comme la forme d’aliénation de toutes ses composantes, quelle que soit sa place dans la hiérarchie d’une entreprise (en tout cas, pour une entreprise d’un groupe côté en bourse comme celui-ci).
Ce n’est sans doute pas anodin d’ailleurs que l’excellent Vincent Lindon reprenne le rôle principal. Dans la trilogie sociale de Brizé, le comédien sera passé ainsi du bas au haut de l’échelle, comme pour signifier qu’hommes et femmes, employés et employeurs, sont finalement tous les mêmes face à certaines problématiques, subissent tous le monde du travail à leur niveau et à leur manière, et vivent tous des conséquences intimes violentes.
Un autre monde ne négocie pas toujours habilement le jonglage entre la sphère pro et perso de son protagoniste, mais cela ne l’empêche jamais d’être particulièrement pertinent (d’autant plus à quelques semaines de la présidentielle). Et puis vous n’avez jamais vu Marie Drucker aussi méchante.
La note d’Écran Large : 3,5/5
MEDIA CRASH – QUI A TUÉ LE DÉBAT PUBLIC ?
Durée : 1h25
De quoi ça parle : De l’influence des entreprises privées sur les médias français.
Pourquoi il faut le voir : Le documentaire de Mediapart et Première Ligne, réalisé par Valentine Oberti et Luc Hermann, s’offre une sortie salle. Pourtant, il arbore une forme très télévisuelle, avec les traditionnels inserts urbains, voix off et reconstitution au programme. Rien de plus logique : il entend faire l’état des lieux de la mainmise des grosses entreprises privées sur l’espace médiatique, et interroger justement la place laissée au journalisme d’investigation, fréquemment sous pression.
Les habitués des colonnes de Mediapart et des nouveaux médias indépendants ne seront pas dépaysés. Ils reconnaîtront plusieurs de leurs enquêtes, compilées. Media Crash – Qui a tué le débat public ? se veut en effet un compte rendu des diverses attaques contre la liberté de la presse du moment, même s’il dévoile des images inédites – et assez importantes – vers la fin. Il est bien sûr question des cas les plus emblématiques : la domestication forcée du groupe Canal+ par Bolloré, le traitement de l’affaire Cahuzac, l’hallucinante histoire de l’espionnage et l’infiltration de Fakir par LVMH…. Des attaques assez inquiétantes et qui pourront ainsi être connues d’un public plus large encore.
La note d’Écran Large : 3,5/5
AFTER BLUE (PARADIS SALE)
Durée : 2h07
De quoi ça parle : Dans le futur, les humains ont émigré sur une étrange planète, After blue. Très vite, les hommes ont succombé, laissant aux femmes l’organisation de leur société. Lorsque Roxy déterre une condamnée meurtrière, elle est sommée d’aller la tuer, accompagnée de sa mère. C’est le début d’un voyage dangereux et psychédélique.
Pourquoi il faut le voir : Si vous n’avez jamais mis les pieds dans l’univers de Bertrand Mandico, soyez prévenu : il est bizarroïde, fantasmagorique, grotesque et surtout extrêmement sexuel. Les modèles narratifs préconçus et les règles de bienséance n’y ont pas droit de cité, contrairement aux fluides en tous genres, étalés aux quatre coins de l’écran. Un style immédiatement reconnaissable, auquel certains sont inévitablement hermétiques. Plus encore que Les Garçons sauvages, After Blue – Paradis sale se perd dans sa propre obsession plastique, au point de faire de ces plus de deux heures un exercice d’hypnose.
Pour qui goûte à sa sensualité toute particulière, l’expérience vaut le détour. Tourné en 35 mm dans des conditions rudes, traversé régulièrement d’idées visuelles grandioses, le film revendique son rejet de tout arrangement numérique pour célébrer l’étrangeté des décors et des effets spéciaux de la science-fiction fauchée, qu’il mélange, hybride, accouple avec délectation, grâce à des effets de surimpression omniprésents. Le tout servi par un casting charismatique aux accents multiples. Difficile de faire plus dépaysant cette semaine.
La note d’Écran Large : 3,5/5
LA VRAIE FAMILLE
Durée : 1h42
De quoi ça parle : Anna, 34 ans, vit avec son mari, ses deux petits garçons et Simon, un enfant placé chez eux par l’Assistance Sociale depuis l’âge de 18 mois, qui a désormais 6 ans. Un jour, le père biologique de Simon exprime le désir de récupérer la garde de son fils. C’est un déchirement pour Anna, qui ne peut se résoudre à laisser partir celui qui l’a toujours appelée « Maman ».
Pourquoi il faut le voir : Si vous aviez eu la larme à l’oeil devant Les Intranquilles de Joachim Lafosse, alors La vraie famille de Fabien Gorgeart va vous achever. Le récit parvient à trouver une justesse totale dans le traitement de son sujet. Ici, rien n’est tout blanc ou tout noir. Le père de Simon, campé par Félix Moati, parvient à toujours apparaître simple, désespéré. Il n’est certes pas une bonne influence, mais c’est un gars qui rame et qui parvient tout juste à rester à flot, qui a besoin de son fils pour trouver une lueur vers laquelle avancer.
De l’autre, le couple d’accueil, Driss et Anna, joués par Lyes Salem (qu’on avait récemment adoré dans Abou Leila) et Mélanie Thierry sont chamboulés par la nécessité d’accepter qu’ils sont une famille, certes, mais d’accueil. Très attachés au jeune Simon, ils oscillent entre la peur de bouleverser leur propre famille, et l’envie de garder l’enfant envers et contre tout, quoi que la justice ou l’éthique en disent.
Dans ce bouillon d’humeurs où des adultes se blessent autour du sort de cet enfant, c’est finalement ces derniers qui demeurent les plus flamboyants (et en dépit du fait qu’il s’agit de leur première apparition), particulièrement lorsqu’ils sont mis en scène dans des moments de joie intimes à la famille. Reste que le film est peut-être un peu trop mécanique et maîtrisé pour vraiment surprendre et impressionner.
La note d’Écran Large : 3/5 mais promis on n’a pas arrêté de pleurer.
LE FILM QU’ON DÉCONSEILLE
MAISON DE RETRAITE
Durée : 1h37
De quoi ça parle : De Milann, qui débarque en maison de retraite. S’il n’a que 30 ans, il vient d’être condamné à effectuer plusieurs centaines d’heures dans une maison de retraite, où il ne tarde pas à se lier avec une poignée de résidents.
Pourquoi il faut le voir : Parce qu’on est devant un cas assez remarquable de naufrage industriel, dont la médiocrité s’est tragiquement conjuguée avec une actualité pour le moins ingérable. En effet, Maison de Retraite ressemble à ce que la presse anglo-saxonne désigne sous l’appellation de « vanity project », à savoir des productions mises en branle à la seule gloire d’une star, qui profitera d’un récit intégralement conçu pour le mettre en valeur, quitte à piétiner un tantinet le reste du casting. D’où un sentiment de naufrage au ralenti, tandis que ce pauvre Kev Adams fait son possible pour qu’existe son odieux personnage.
Quand cette équation d’une lourdeur impossible rencontre un scandale d’ampleur nationale, levant le voile (pourtant pas bien épais) sur les pratiques de grandes entreprises exploitants des EPHAD, la proposition de comédie prend un tour terriblement amer, déréalisé, voire obscène. À réserver aux fans hardcore, ou déjà grabataires, du jeune comédien.
La note d’Écran Large : 1/5
LE FILM QU’ON N’A PAS ENCORE VU
king
Durée : 1h40
De quoi ça parle : Deux ados trouvent un lionceau qui s’est échappé d’un trafic et décident de le ramener en Afrique avec l’aide de leur grand-père.
Pourquoi il faut le voir : En se fiant à son pitch et à sa bande-annonce, King a tout d’une comédie familiale avec un adorable bébé félin majoritairement numérique et une (énième) histoire d’amitié touchante entre des gamins et un animal sauvage. Si la recette est bien connue, le souffle nostalgique et aventureux à la E.T qui s’en dégage reste un appât auquel mordre, même si l’intrigue paraît déjà cousue de fil blanc.
Il s’agira très certainement d’une quête initiatique qui ressoudera leurs liens familiaux et véhiculera un message préventif sur la maltraitance animale, c’est-à-dire rien de bien excitant, mais rien de révulsif non plus. En somme, un film inoffensif qui pourra compter sur l’expérience de Gérard Darmon en grand-père loufoque.
La note d’Écran Large : MOOOOH LE BÉBÉ LION/5
LA RESSORTIE COOL
La mouette et le chat
Durée : 1h20
De quoi ça parle : Une mouette sur le point de mourir s’écrase dans le jardin de la maîtresse de Zorba, un chat à qui elle confie son oeuf avant de mourir.
Pourquoi il faut le voir : Parce que le cinéma d’animation italien n’est pas le plus foisonnant, mais qu’il a quand même quelques belles propositions comme La mouette et le chat. Ce film de 1998 est une adaptation libre de la nouvelle éponyme de l’écrivain Luis Sepúlveda qui prend un ton plus enfantin, mais conserve toute la poésie et la chaleur du récit d’origine.
L’animation et les dessins n’ont peut-être pas très bien vieilli, mais le film offre des moments plus chimériques et aériens, qui virent à l’abstrait, pour porter ses thématiques universelles sur l’amour filial, l’accomplissement personnel ou la place de l’Humain dans la nature. Le doublage est également assuré par des comédiens de talent qui ont traversé les générations et les genres : Guillaume Lebon, Paul Nivet, Chantal Macé, Michel Papineschi, Françoise Cadol ou encore Pascal Renwick. Autant de bonnes raisons de le découvrir ou de l’apprécier sur grand écran.
La note d’Écran Large : 3,5/5
Compte tenu de ses moyens très, très limités, The power s’en sort avec les honneurs. Les amateurs de gore peuvent passer leur chemin. Je suis preneur d’une suite éventuelle…