Once Upon a Time... in Hollywood : le réalisateur de Sorry to Bother You a un gros problème avec le film de Tarantino et Manson

Déborah Lechner | 28 août 2019 - MAJ : 28/08/2019 15:38
Déborah Lechner | 28 août 2019 - MAJ : 28/08/2019 15:38

Alors qu'il en a à peine fini avec la polémique autour de sa représentation de Bruce Lee dans le film, Quentin Tarantino est de nouveau sous le feu de la critique.

ATTENTION GROS SPOILERS !

 

photo, Brad PittUne des meilleures scènes du film

 

En près de 25 ans de carrière, Quentin Tarantino a accumulé plusieurs polémiques liées à ses films et de nombreux griefs autour de sa personne. Il n'y avait donc pas de raison que cela change avec sa dernière réalisationOnce Upon a Time... in Hollywood. Le neuvième long-métrage du réalisateur traîne déjà quelques casseroles, notamment à cause de sa représentation jugée raciste de Bruce Lee par Mike Moh

C'est maintenant au tour du cinéaste Boots Riley (Sorry to Bother You) de critiquer les choix du réalisateur de Pulp Fiction. S'il a confié avoir bien aimé le film dans son ensemble et toujours admiré Tarantino, il regrette cependant que le racisme et les opinions ultras nationalistes de la Famille Manson soient minimisés dans le portrait que le film dépeint au profit de croyances libérales et antisystèmes.

 

 

« La Famille Manson était explicitement composée de suprémacistes blancs qui ont tenté de déclencher une guerre raciale dans le but de tuer des Noirs. Ils n'étaient pas des "hippies" de gauche qui critiquaient les médias, ils étaient de droite. Cette vérité contrecarre l'allégorie de Tarantino. »

Once Upon a Time... in Hollywood fait effectivement apparaître plusieurs membres de la secte de Manson qui ont véritablement existé comme Charles "Tex" Watson (Austin Butler) et Lynette "Squeaky" Fromme (Dakota Fanning) ou Susan "Sadie" Atkins (Mikey Madison). 

Après ses propos sur Twitter, IndieWire a contacté Boots Riley qui leur a déclaré :

« Je ne dis pas que ça doit être historiquement exact, mais simplement que cette différence change la réelle signification du film. Comme quand le cow-boy Cliff Booth (Brad Pitt) a rencontré la Famille Manson et qu'il les a entendus dire "les nègres sont des sauvages et ils vont prendre le pouvoir", il a peut-être ressenti des affinités. 

 

photo, Damon HerrimanCharles Manson ( Damon Herriman) n'apparaît que brièvement dans Once Upon a Time... in Hollywood

 

En fait, j'adore Tarantino en tant que cinéaste et j'ai l'habitude d'aller voir ses films environ deux fois d'affilée, avec d'autres projections plus tard. Une correction d'ailleurs [ndlr : par rapport à son tweet], j'ai dit qu'ils voulaient une guerre raciale pour tuer les Noirs, mais ils voulaient en fait que cela se termine par le retour de l'esclavage des Noirs. [...] 

Il y a d'autres choses à dire sur ce film, comme dans n'importe quel film, mais je ne veux pas aller plus loin. Manson traînait avec des républicains comme les Beach Boys et des racistes comme les Hells Angels , ce n'était pas du tout la gauche. Mais encore une fois, la vraie question est de savoir en quoi ce récit n'est pas porteur du même sens que les fais eux-mêmes. »

Le réalisateur fait sans doute référence à une des scènes clés du film, celle où les adeptes décident de changer de plan et de tuer Rick Dalton ( Leonardo DiCaprio) après s'être souvenus de lui dans la série Bounty Law. Sadie dit alors de punir l'industrie cinématographique pour tous ses faux meurtres : "Mon idée est de tuer les personnes qui nous ont appris à tuer", laissant donc de côté toute ambition raciale.

Une approche qui n'est pas fondamentalement absurde, Once Upon a Time... in Hollywood basculant progressivement dans le fantasme au fur et à mesure de son récit, et qui culmine logiquement au moment de représenter la Manson family, que le cinéaste entend humilier et à laquelle il refuse une caractérisation valorisante, ou autre que par le seul biais de la moquerie. Parallèlement, Boots Riley est un artiste classé à gauche, ouvertement marxiste et donc logiquement désireux de rappeler certains faits et de mettre en lumière quel était le positionnement idéologique de Manson. Rappelons néanmoins que la mouvance hippie fut bien loin d'être uniquement composée de citoyens américains de gauche, et que la question raciale n'était sans doute pas l'aspect le plus en pointe du mouvement...

 

Affiche

commentaires

Birdy
30/08/2019 à 11:20

Je reviens d'ailleurs sur ce choix magnifique de QT de mettre en parallèle Sharon Tate et sa candeur, plutôt que la montée du groupe de Manson. Tout autre film/cinéaste aurait fait monter la température par la secte, électrisant le spectateur par le face à face inévitable.
Tarantino fait un choix très risqué : se passer de "méchant" et jouer sur la nostalgie et la victime sans pourtant nous montrer autre chose qu'une Sharon heureuse et naïve, toute contente de jouer dans un film. C'est osé car scénaristiquement casse gueule. D'ailleurs ceux qui n'aiment pas le film lui reprochent souvent les scènes sans enjeux de la jolie blonde.
Tarantino prouve, selon moi, en éclairant la victime plus que le bourreau, qu'il est mature, et brillant. car ça fonctionne. L'émotion finale n'en est que plus grande de la voir survivre dans cet écrin de fiction qui répare, le temps d'une scène, des vies brisées. Once Upon... est une machine à voyager dans le temps, et Tarantino lui offre un dernier happy end crépusculaire.

Birdy
30/08/2019 à 11:09

Le film laisse planer la menace du meurtre de Sharon, on sent venir le massacre, mais effectivement Manson est une figure obscure quasi absente. Tarantino ne site même pas son nom, et un spectateur qui ne connait rien à l'affaire ne va même pas comprendre le sens et la fin du film. Cette subtilité rend le film observateur de lui même et des événements, on suit la soirée à priori fatale des deux amis, on pense qu'ils vont y passer, surtout quand Cliff sort son chien, laissant sans défense ses amis. C'est l'angle voulu par QT, pas besoin de plus, sinon effectivement le pivot du film devient la secte de Manson et on doit réellement traiter le personnage.

captp
30/08/2019 à 08:05

Simon Riaux : intéressant .oui le cinéma de Tarantino est effectivement beaucoup plus subtil qu'il n'y parait .
je digresse mais j'ai beaucoup aimé la 2 iéme fois ou cliff sert la bouffe du chien en prenant bien son temps alors qu'on attend tous en stress ce qui doit arriver ... je l'ai clairement pris pour nous spectateurs qui devions être patient comme le chien avant de nous servir le climax :)

Rudy Mako
30/08/2019 à 01:22

Ne confondons pas à la politique. Tarantino est un artiste pas un politicien

sylvinception
29/08/2019 à 13:28

@capt : QT avait dit que le film aurait le drame de Sharon Tate (et Manson) pour toile de fond, pas pour sujet principal. Bref...

Simon Riaux - Rédaction
29/08/2019 à 10:47

@captp

Oui, il botte très clairement en touche là-dessus.

Mais il me semble que ce n'est pas pour remettre en question la participation de Manson ou proposer une quelconque hypothèse, il fait ce qu'il faisait déjà dans Inglourious Basterds avec Hitler et dans Django avec le KKK : il refuse à certains adversaires de devenir des menaces de cinéma. En gros, il refuse de les magnifier ou de les faire accéder au statut (assez gratifiant d'une certaine manière) de méchant mythologique, en les moquant ou en les foulant au pied.

captp
29/08/2019 à 08:41

et bien moi je vais aller encore plus loin que lui en disant que Tarantino ne tranche même pas quand à l'implication direct de Manson .
si on li entre les lignes du dialogue des 4 nases dans la voiture quand ils mettent leur plan en route.( le mec dit c'est charlie qui nous a demandé ça hein ?personne ne répond . il redemande en étant menaçant et en disant "vous n'allez pas oser me traiter de menteur?.les filles répondent oui c'est charlie, sous une menace suggérée )
Aprés je dis pas qu'il a tort ou raison ,je connais pas le dossier du tout ,et je m'en fou complet mais perso j'ai trouvé qu'il bottait en touche a ce niveau là et le montage final sans Manson renforce cette idée.

Ded
29/08/2019 à 08:36

Je suis bien petit dans l'univers pour tirer des conclusions indiscutables sur ce'nouveau buzz. Cependant , javais entendu, il y a très longtemps, au cours d'une émission consacrée à cette sordide affaire, une assertion venant d'une source proche des victimes, que je vais transcrire au conditionnel, et mentionnant que le fils de Doris Day, alors producteur de musique, aurait été harcelé par Manson lui faisant parvenir, sans succès, ses créations musicales d'une médiocrité affligeante, semblait-il. Ce dernier, devant le mépris affiché aurait organisé une expédition punitive pour se venger de l'indélicat, parti en vacances après avoir loué sa maison à Polanski. Ce que le grand malade aurait ignoré (?!). Mais, sans affirmer que ma mémoire est infaillible, je ne me souviens pas qu'il ait été fait mention de motivations ségrégationnistes....

Hank Hulé
29/08/2019 à 00:43

Et on va lui dire quoi mettre dans son prochain film à ce gros con ? C'est pas un documentaire le Once Upon...
Rien que le titre suffit à la comprendre !

sylvinception
28/08/2019 à 20:36

QT nous offre son hommage à la fin d'une époque dorée, se servant certes de faits réels, mais les remodelants à sa sauce pour faire de son film un conte nostalgique et fun... Faut vraiment être con pour ne pas capter que le film est en grande partie un pur fantasme de fan - QT en l'occurence.
Les emmerdeurs bien pensants auront beau essayer de nous gâcher le plaisir avec leurs polémiques à la con, c'est peine perdue.
(D'ailleurs on attends toujours l'avis de spike lee...)

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