Cannes 2019 : Roubaix, une lumière de Desplechin illumine la Croisette

Simon Riaux | 23 mai 2019
Simon Riaux | 23 mai 2019

Habitué de la  Croisette, de la compétition officielle comme des sélections parallèles, Arnaud Desplechin est en lice pour la Palme d'Or avec Roubaix, une lumière, à l'occasion duquel il est retourné dans la ville de son enfance, afin de réaliser un film, a priori, aux antipodes de son cinéma.

 

Photo Léa SeydouxLéa Seydoux n'était pas revenu en compétition depuis Juste la fin du monde

 

LES EXPERTS : TOURCOING

En 2002, Micheline Demesmaecker est assassinée par deux de ses voisines. Initialement entendues en qualité de témoin. Elles sont captées par la caméra du documentaire Roubaix, Commissariat Central, de Mosco Boucault.

Quand il le découvre, Arnaud Desplechin est frappé par ces deux femmes, dont l’humanité, en dépit de l’horreur de leurs actions, éclate à l’image. Ce sera le point de départ de Roubaix, une lumière, oeuvre singulière au sein de la carrière pourtant hétérogène de son créateur.

 

photoSara Forestier

 

De prime-abord, le parti pris hyper-réaliste, voire aride, du film, a de quoi désarçonner, tant le style de Desplechin, jusque dans ses propositions les plus sobres, a toujours imposé son empreinte. Mais c’est oublier combien l’artiste s’est toujours plu à alterner, expérimenter, distordre ses univers. C’est bien ainsi qu’il faut appréhender cette visite du réalisateur du côté de la chronique sociale et policière, aux environs de Police ou de L.627.

Pour autant, le naturalisme se fendille plus d’une fois, et laisse l’appétence pour le romanesque de l’auteur colorer Roubaix, une lumière. Ce sont ces failles, ces instants suspendus qui, les premiers, permettent au film de trouver l'accent particulier qui lui confère un ton étonnant, inclassable. Le pas de deux entamé entre Antoine Reinartz et Roschdy Zem, un officier fraîchement émoulu et un commissaire aux airs de chevalier pénitent, distille progressivement une mélodie surprenante, parfois dissonnante, mais source d’un émerveillement progressif.

 

photoLea Seydoux, Sara Forestier

 

ESPRIT FRICADELLE

Les deux policiers, l’un trébuchant sur chaque étape, l’autre façonnant les âmes comme s’il s’agissait d’une glaise incandescente, recomposent le déroulé d’un fait divers sordide. Face à eux, deux femmes désocialisées, s’aimant mal et incapable de dissimuler l’horreur de leurs actes. La procédure policière, si elle va mettre à jour leur crime, va paradoxalement les ramener au genre humain, leur donner l’opportunité sinon d’expier, à tout le moins de revenir parmi les hommes.

Ce mouvement, Desplechin le crée à force de dialogues millimétrés, interprétés avec une justesse parfois vertigineuses. Léa Seydoux et Sara Forestier parviennent à jongler merveilleusement entre les accents documentaires du récit et ses accents plus littéraires, tandis que le cinéaste les met à nu.

 

photoLea Seydoux, Sara Forestier

 

Et c’est là une autre beauté de Roubaix, une lumière, qui achève d’en faire une tentative singulière : au fur et à mesure qu’avance l’investigation, le film s’ouvre sur un terrain d’expérimentation poétique étrange. On ne saisit pas immédiatement la dynamique entre nos deux flics, jusqu’à ce que leur dialogue laisse imaginer un parrainage métaphorique, comme si tous deux composaient un portrait à quelques décennies d'écart du réalisateur, écartelé entre débutant dépassé par ses ambitions, et vieux loup paufinant son art.

Le métrage ne propose pas autre chose qu’une vibrante leçon d’humanité, d’empathie, qui mute progressivement vers la dissertation sur l’essence même de la mise en scène. Tel est le coeur de métier du commissaire Daoud et du bleu Coterelle, qui ordonnent les témoignages, dévoilent les secrets, transforment les témoins en suspects, les suspects en humains et donc en personnages.

Dès lors, peu importe que la langue ou le tempo de Desplechin s’égarent par endroit, que le cheminement pour atteindre les dénouements poignants du dernier acte soit parfois chaotique. L’éclat singulier qui habite le film en fait un objet précieux, aux contours irréguliers mais accueillants.

résumé : Moins immédiatement brillant que les grands coups d'éclats du réalisateur, Roubaix, une lumière restera comme une de ses propositions les plus singulières et poignantes. 7/10

 

photoAntoine Reinartz et Roschdy Zem

commentaires

Francis Labrelle
24/05/2019 à 12:37

Elles sont belles nos James Bond girls.

Euh
24/05/2019 à 12:26

Merci EL, je ne savais pas que Lea Seydoux était un homme.

Thibault
24/05/2019 à 09:54

Sara forestier , Lea seydoux. Toujours les mêmes.

Satan lateube
24/05/2019 à 09:11

A Bébel : hum, à moins de considérer Amalric, Devos, Salinger, Deneuve, H Girardot, Consigny, Del Toro ... comme de mauvais acteurs, tu as peut être (sans doute) balancé la première konerie de ta journée.

Bébel
24/05/2019 à 02:42

Desplechin prend Roschdy Zem et Sara Forestier. Ne serait-ce pas la première fois qu'il dirige de bons acteurs ?
Mais il ne peut s’empêcher de choisir Léa Seydoux... Les réflexes reviennent vite...

zumbi
23/05/2019 à 21:54

lea seydoux n'est pas une grande actrice

Anthowtaganache
23/05/2019 à 19:46

Plutôt d'accord... Juste qu'à tu pensé de la musique que j'ai trouvé envahissante et malvenue au possible. Roschdy Zem impeccable en revanche je ne lui vois pas de places dans le palmarès...

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