Le réalisateur lituanien Sharunas Bartas accusé d'agressions sexuelles par la comédienne Julija Steponaityte

Lino Cassinat | 22 novembre 2017
Lino Cassinat | 22 novembre 2017

Affaire Weinstein, J+48 : après John Lasseter hier, le très talentueux Sharunas Bartas est accusé d'agressions sexuelles par deux femmes dont la comédienne lituanienne Julija Steponaityte. Et les faits sont accablants...

 

Photo

Sharunas Bartas 

 

Comme disait Jacques Chirac, "les m*****, c'est commes les canards, ça vole toujours en escadrille". Et le nouveau vilain petit canard du jour est le cinéaste lituanien Sharunas Bartas. Le réalisateur des excellents Peace To Us In Our Dreams (qui avait été présenté en 2015 à la quinzaine des réalisateurs à Cannes) et Indigènes D'Eurasie, et également acteur dans Pola X de Leos Carax est désormais sous le feu des projecteurs, non pas pour la sortie en janvier de son nouveau long-métrage Frost, mais pour deux sombres accusations d'agressions et harcèlements sexuels.

Le Hollywood Reporter relaie en effet un post Facebook de la comédienne lituanienne Julija Steponaityte l'accusant directement. Sharunas Bartas lui aurait fait passé un casting en mode Jean-Claude Brisseau, qu'elle raconte par la suite à l'agence de presse lituanienenne Nanook, dont les mots sont traduits en anglais par le Hollywood Reporter :

 

Julija SteponaityteJulija Steponaityte

 

“Nous avons fait quelques prises, et puis tout le monde est parti, j’étais seule avec lui. Nous avons bu de l’alcool. Je pensais que c’était un privilège de passer du temps avec Sharunas. Au bout de quelques heures, il m’a pris la main et m’a dit qu’il n’y avait rien de mal dans ce qui était en train de se passer, que nous étions tous les deux des adultes. Il répétait ces mots comme un mantra tout en se rapprochant de moi. Ensuite, il m’a déshabillée. Je ne me rappelle pas de tous les détails mais j’avais l’impression d’avoir quitté mon propre corps et d’avoir laissé ces choses se faire. Mais je me souviens bien avoir essayé de l’arrêter autant que je le pouvais. Il n'est pas entré en moi."

La comédienne se souvient avoir ensuite dormi au studio, et devinez quoi ? “Le matin il a essayé de faire la même chose, je l’ai repoussé une fois de plus.”  lui disant que “ce qu’il s’était passé la veille n’aurait pas dû arriver” . Pour les lecteurs et lectrices qui n'ont pas encore quitté l'article pour aller vomir, vous pouvez commencer à respirer un peu, Julija Steponaityte a finalement réussi à s'enfuir. Mais manifestement, cette histoire l'a mise en état de choc, et on le comprend: "Je n’ai pas entièrement compris la situation dans laquelle je m’étais mise. C’était ma première expérience sexuelle. C’est difficile de dire combien cela m’a affectée. Mais je sens bien que c’est difficile pour moi de faire confiance aux gens. Je pense que cela vient de ce que j’ai vécu cette nuit”.

 

Sharunas Bartas

Sharunas Bartas 

 

Comme on peut le voir, il semblerait que Sharunas Bartas ne soit pas exactement un enfant de choeur, et cela se confirme malheureusement dans un second témoignage. En effet, l'histoire de Julija Steponaityte a encouragé une autre femme, Paule Bocullaite, à raconter ses déboire avec le monsieur, toujours à l'agence lituanienne Nanook relayée à nouveau par le Hollywood Reporter. Paule Bocullaite, qui est directrice artistique et comédienne s'est retrouvée seule avec Sharunas Bartas dans un chalet isolé pour travailler. Après avoir clairement dit qu'elle n'était pas intéressée par ses avances et qu'elle n'était pas célibataire, les deux ont commencé à boire de l'alcool. Et c'est alors que le comportement de Sharunas Bartas commence à devenir opressant:

"Il a commencé à me toucher la jambe. J'ai alors dit que je ferais mieux d'aller dormir. Il s'est mis à me suivre. Je lui ai dit à nouveau que je voulais aller me coucher et être seule."  Bartas a insisté, affirmant qu'il voulait lui dire quelque chose mais seulement si elle "s'allonge sur le lit" ce que Paule Bocullaite a à nouveau refusé. Le réalisateur se serait alors mis à pleurer. Croyant à des larmes de crocodile, la jeune femme se serait moquée de lui et Sharunas Bartas est alors devenu violent.

 

PhotoPaule Bocullaite est également artiste peintre

 

"Il m'a dit que je ne valais rien, que j'étais une m****. J'ai répondu que je pouvais partir dès cet instant, il était 5 ou 6 heures du matin."  Paule Bocullaite a alors appelé son petit ami et commencé à ranger ses affaires. Sharunas Bartas l'a alors plaquée au sol. "J'ai essayé de lui casser les doigts pour qu'il me laisse partir. Je lui ai dit d'arrêter. Il riait et disait qu'il ne s'arrêterait pas. Je lui ai dit qu'il était répugnant et il m'a alors relâchée". Se précipitant vers la porte, il lui aurait alors "jetée un banc, qui ne m'a pas atteint. J'étais déjà dehors quand il s'est emparé d'une télé et l'a également jetée dans ma direction". La scène prend alors carrément une tournure de film d'horreur, Sharunas Bartas poursuivant alors Paule Bocullaite dans les bois attenants sous la pluie, qui eût alors la bonne idée de se cacher et d'appeler la police. Et cette fois c'est bon c'est fini, vous pouvez décrisper vos mains.

Paule Bocullaite tire une réflexion intéressante de cet épisode: "Il semblerait que la méthode de Bartas consisterait à complètement ravager une personne et ensuite à la filmer. De cette manière il arrive à filmer des choses vraiment intéressantes, mais le prix à payer est très élevé."  Ici on est même tentés de dire beaucoup trop élevé, il y a un gouffre moral entre transformer des vies brisées en art et briser des vies pour l'art, quelque soit la qualité des oeuvres produites. Ironie de l'époque, en effet Sharunas Bartas était attendu à la Cinémathèque en janvier prochain et l'institution n'a encore fait aucun commentaire. Après le double scandale des rétrospectives consécutives Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau, l'institution se retrouve à nouveau dans une position délicate.

 

Roman PolanskiAccueil un peu glacial pour Polanski à la Cinémathèque, il y  a quelques semaines

commentaires

David Lynche
24/11/2017 à 11:19

Une fois encore, Ecran large se substitue à l'autorité judiciaire et prononce la culpabilité d'un homme... Y-a-t-il eu plainte ? Si oui, merci de ne relater que les conclusions de l'enquête et la décision du juge. Un témoignage sur réseau social ne vaut rien, allez-vous finir par intégrer cela ?

La vie brisee
23/11/2017 à 18:12

Bartas était seul, ravagé après la mort de sa ex femme et peut être cherche âme soeur mais maladroitmet. Cette scénario ne vous parait il crédible? Hommes ne plus droit à l'erreur ?
Regardez ses fotos. Il ne sourit jamais.

votre commentaire